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Odet de Coligny

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Odet de Coligny
Image illustrative de l’article Odet de Coligny
Portrait par Jean Clouet (vers 1555), Chantilly, musée Condé.
Biographie
Naissance
Châtillon-Coligny
Père Gaspard Ier de Coligny
Mère Louise de Montmorency
Excommunication
Décès (à 53 ans)
Southampton
Cardinal de l'Église catholique
Créé
cardinal
Titre cardinalice Cardinal-diacre de Saints-Serge et Bacchus (1533-1563)
Cardinal-diacre de S. Adriano al Foro (1563)
Évêque de l'Église catholique
Ordination épiscopale jamais sacré
Évêque de Beauvais
Archevêque de Toulouse

Signature de Odet de Coligny

(en) Notice sur catholic-hierarchy.org

Odet de Coligny, dit le « cardinal de Châtillon », né le et mort le à Southampton (Angleterre), est un homme d'Église français de la Renaissance, d'abord catholique, puis converti en 1562 au protestantisme calviniste, comme ses frères Gaspard (1519-1572), amiral de France, et François (1521-1569), deux des plus importants chefs militaires protestants des premières guerres de religion.

Archevêque de Toulouse dès 1533, puis évêque de Beauvais en 1535, il est excommunié par le pape à la suite de sa conversion et se marie en 1564, continuant cependant à occuper son siège épiscopal jusqu'en 1568.

Familier de la cour, le cardinal de Châtillon sert à plusieurs reprises de porte-parole et d'intermédiaire des protestants auprès du pouvoir royal, c'est-à-dire principalement la reine mère Catherine de Médicis, régente sous le règne de Charles IX.

En 1568, après avoir participé à la deuxième guerre de Religion, Odet de Coligny se réfugie en Angleterre, où il meurt trois ans plus tard, dans des conditions suspectes : un de ses serviteurs est soupçonné de l'avoir empoisonné.

C'est sans doute l'exemple le plus célèbre de prélat français de la Renaissance ayant embrassé la religion réformée. On peut aussi citer le cas de Jacques du Broullat, archevêque d'Arles.

Origines familiales et formation

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Il est le fils de Gaspard Ier de Coligny, premier maréchal de France de la maison de Coligny, et de son épouse Louise de Montmorency, sœur du connétable de France Anne de Montmorency. Il a deux frères cadets, Gaspard et François.

Louise de Coligny demande à l'humaniste Nicolas Bérauld (vers 1473-vers 1550) d’être le précepteur d'Odet[1].

Carrière ecclésiastique catholique

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Il occupe très tôt de hautes dignités, conformes à l'importance de la famille de Coligny-Châtillon et surtout d'Anne de Montmorency auprès du roi de France François Ier.

Archevêque de Toulouse (1533)

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En 1533, le pape Clément VII décide de créer quatre cardinaux en France pour fêter le mariage de sa nièce Catherine de Médicis avec le fils cadet de François Ier, Henri. François Ier offre l'un des chapeaux de cardinaux à Anne de Montmorency pour un membre de sa famille : c'est Odet qui est choisi par son oncle. Il est canoniquement créé cardinal par Clément VII à Marseille le , alors qu'il n'est âgé que de 16 ans. L'année suivante, il est nommé archevêque de Toulouse () et prieur de plusieurs abbayes. Toutefois, il n'est ni sacré évêque, ni même ordonné prêtre.

Évêque de Beauvais (à partir de 1535)

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Le , il devient évêque de Beauvais, l'une des plus anciennes pairies ecclésiastiques du royaume. Il lutte alors contre les progrès du calvinisme dans son diocèse, notamment en organisant des processions.

En 1537, il est nommé abbé commendataire de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais, de l'abbaye de Ferrières en 1557, de l'Abbaye de Grandchamp et de l'abbaye de Quincy et Vézelay en 1560.

Il participe au conclave de 1549-1550, qui élit le pape Jules III, au premier conclave d'avril 1555 qui élit le pape Marcel II, puis au conclave de mai 1555 qui élit Paul IV. Il ne participe pas au conclave de 1559 qui élit le pape Pie IV.

Celui-ci nomme Odet Grand Inquisiteur de France, mesure rendue caduque par l’arrêt du parlement de Paris qui s'oppose à l'Inquisition[2].

Il est aussi responsable de la bibliothèque du conseil privé du roi.

Mécène et courtisan

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Odet de Coligny.

Il donne de grandes fêtes à Paris et dans sa résidence de Bresles, dont il embellit le bâtiment et les jardins, qu'affectionne Catherine de Médicis. En 1555, la ville de Beauvais est en émoi car le cardinal reçoit le roi Henri II de France et la cour. Odet de Coligny l'accueille à Bresles et accompagne le cortège royal lorsque celui-ci part à la chasse.

Le poète français Pierre de Ronsard dédie au cardinal son recueil Les Hymnes (1555), et en particulier trois poèmes : L'Hercule Chrestien, Le Temple de Messeigneurs le Connestable et des Chastillons, et Prière à la Fortune[3].

François Rabelais dédicace le Quart Livre (1552) à Mon Seigneur Odet: « Car par vostre exhortation tant honorable m’avez donné & couraige & invention : & sans vous m’estoit le cueur failly, & restoit tarie la fontaine de mes espritz animaulx ».

Le prélat protestant

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Conversion (1562)

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Isabelle de Hauteville
Gaspard de Coligny (1519-1572).
François d'Andelot (1521-1569).

Odet aide la nouvelle communauté réformée de Beauvais, installée dans la paroisse Saint-Gilles et qui se développe dans le faubourg Saint-Jacques[4].

À la fin de septembre 1560, l'attitude de Châtillon à la messe de la Saint-Michel est réprouvée par le nonce. Au mois d', on l'a entendu déclarer que « depuis sept cents ans on n'a plus connu l'Évangile ». À cause de ces paroles « bestiales », ajoute le nonce, on devrait le citer à comparaître en personne à Rome[5].

La tradition historiographique veut qu'il se soit converti à la Réforme en avril 1561 au château de Merlemont[4].

En septembre 1561, Il participe au colloque de Poissy organisé par Catherine de Médicis, où il fait un grand accueil à la délégation protestante dirigée par Théodore de Bèze et s'oppose à l'évêque Pierre d'Albret trop intransigeant[6]. Le , le nonce Santa-Croce écrit que Châtillon se déguise pour aller écouter Théodore de Bèze.

Le , le pape l'excommunie et lui retire son cardinalat et son diocèse de Beauvais. Il refuse toutefois d'abandonner le siège épiscopal de Beauvais.

Mariage (secret) avec Isabelle de Hauteville (1564)

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Le , il épouse secrètement au château de Merlemont,[7] Isabelle/Élisabeth de Hauteville, Mademoiselle de Loyre ou Loré (du nom de sa mère Marguerite de Loré, épouse de son père Samson de Hauteville du Boulay et petite-nièce d'Ambroise de Loré ; cf. le portrait d'Isabelle par Clouet ; elle teste en 1615), demoiselle d'honneur de Marguerite de Savoie, en présence de ses frères, les chefs protestants l'Amiral de Coligny et François d’Andelot. Le couple vivait déjà ensemble depuis 1561 dans la résidence de Bresles[8].

Brantôme décrit Isabelle de Loré comme « une fort belle et honnête damoiselle »[9]. Cet événement inhabituel (le mariage d'un prélat) est source d'amusement pour beaucoup, qui appellent Isabelle, « Madame la Cardinale »[10].

Ronsard rompt toute relation avec Odet lorsque la conversion de celui-ci à la Réforme est rendue publique. Il exprime tout son chagrin et sa fidélité de cœur envers Odet : « Luy qui est si gaillard, si doux, & si courtois »' dans la Continuation du Discours des Misères de ce temps (1563).

« Las! que je suis marry que cil qui fut mon maistre,

Despestre du filet, ne se peut recognoistre,
Je n’ayme son erreur, mais hayr je ne puis
Un si digne Prelat dont serviteur je suis,
Qui benin m’a seruy (quand fortune prospere
Les tenoit pres des Roys) de seigneur & de pere.
Dieu preserve son chef de malheur & d’ennuy,
Et le bon heur du ciel puisse tomber sur luy. »

Dans la "Remonstrance au Peuple de France" (1563), Ronsard continue à lui rappeler son affection :

« Je cognois un seigneur, las! qui les va suivant,

(Duquel jusque à la mort je demourray servant)
Je scay que le Soleil ne voit ça bas personne
Qui ait le cueur si bon, la nature si bonne,
Plus amy de vertu, & tel je l’ay trouvé
L’ayant en mon besoing mille fois esprouvé:
En larmes & souspirs, Seigneur Dieu je te prie
De conserver son bien, son honneur, & sa vie. »

Deuxième guerre de Religion (septembre 1567-mars 1568) et départ pour l'Angleterre

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Bataille de Saint-Denis (1567).
Les trois frères Châtillon : Odet, Gaspard de Coligny et François d'Andelot.

Son adhésion au parti huguenot devient officielle durant l'été 1567[7], c'est-à-dire peu avant le début de la deuxième guerre de Religion (septembre 1567). Le , Odet participe avec ses frères à la bataille de Saint-Denis du côté protestant. Le connétable de France, leur oncle maternel Anne de Montmorency, et 16 000 catholiques tombent sur les forces du prince de Condé, Louis, qui ne comptent que 3 500 huguenots. Les protestants contiennent les catholiques et blessent mortellement Montmorency avant de rejoindre les mercenaires allemands envoyés par Frédéric III.

Il négocie et signe le traité de Longjumeau ().

Redoutant que les troupes du roi marchent sur Beauvais pour le capturer, il quitte sa résidence de Bresles, se déguise en matelot, gagne le port de Sainte-Marie-du-Mont en Normandie selon les uns, Le Tréport selon les autres, et réussit de justesse à partir en Angleterre.

Exil en Angleterre (1568-1571)

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Arrivé à Londres, il cherche et obtient le soutien de la reine Élisabeth Ire[11].

Le , le parlement de Paris le déclare rebelle et le condamne pour crime de lèse-majesté.

Mort et funérailles (1571)

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Il meurt à Southampton autour du , alors qu'il partait rejoindre son frère Gaspard à La Rochelle. La nouvelle de sa mort n'arrive à Londres que le [12].

Il aurait été empoisonné par un valet de chambre, qui est condamné à mort à La Rochelle.[pas clair] Selon Jacques-Auguste de Thou, ce valet lui aurait donné une pomme empoisonnée[13],[14].

Odet est inhumé dans la chapelle de la Trinité (Trinity Chapel) de la cathédrale de Canterbury, dans l'attente du transfert de ses restes en France, mais ils s'y trouvent toujours aujourd'hui[15].

Sa veuve Isabelle réclame son héritage, mais sa demande est déboutée par un arrêt du parlement de Paris de 1604.

  • Correspondance d'Odet de Coligny, cardinal de Châtillon (1537-1568), recueillie et publiée par M. Léon Marlet, Première Partie, Documents publiés par la Société historique et archéologique du Gâtinais, Paris, Librairie Alphonse Picard, 1885.

Bibliographie

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  • (en) Ernest G. Atkinson, « The Cardinal of Châtillon in England, 1568-1571 », in Proceedings of the Huguenot Society of London, III, 1888-1891, p. 172-285.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Matthieu Deldicque (dir.), Visages des guerres de religion, Dijon, Editions Faton, Domaine de Chantilly, , 95 p. (ISBN 978-2-87844-338-7).
  • Merlin Thomas, « Odet de Châtillon et la prétendue disgrâce de Jean du Bellay en 1549 », in François Rabelais, Genève, Droz, 1953, p. 253-262.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marguerite Christol, « Odet de Coligny, cardinal de Châtillon », in Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, CVII, 1961, p. 1-12.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Nicolas Breton, « Le "sfumato-confessionnel" du cardinal de Châtillon en 1560-1561 : une relecture du parcours politique, intellectuel et spirituel d'Odet de Coligny », in Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, CLX, 2014, p. 565-587. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Iconographie

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Articles connexes

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Liens externes

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Notes et références

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  1. Marie-François André, « La nouvelle image humaniste des aristocrates français au début du XVIe siècle : Nicolas Bérauld et les trois frères Coligny », Camenae, no 10,‎ (lire en ligne).
  2. (en) Salvador Miranda, « COLIGNY DE CHÂTILLON, Odet de », sur The Cardinals of the Holy Roman Church.
  3. Germaine Lafeuille, Cinq hymnes de Ronsard, Librairie Droz, , p. 61-63.
  4. a et b Les évêques du diocèse de saint Lucien (an 230) à aujourd'hui sur oise.catholique.fr. Diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis.
  5. Sebastiano Gualterio à Charles Borromée, 3 décembre 1560, cité dans Nicolas Breton, « Le Smutao-confessionnel du cardinal de Châtillon en 1560-1561 : une relecture du parcours politique, intellectuel et spirituel d'Odet de Coligny », BSHPF, t. 160,‎ , p. 566.
  6. (es) José Goñi Gaztambide, « Pedro Labrit de Navarra, Obispo de Comminges », Príncipe de Viana, no 190,‎ (ISSN 0032-8472).
  7. a et b Deldicque 2023, p. 14.
  8. Jean Guillaume, Architecture, jardin, paysage. L'environnement du château et de la villa aux XVe et XVIe siècles. Actes du colloque tenu à Tours du 1er au 4 juin 1992, Paris, Picard, .
  9. Pierre de Bourdeille, Seigneur de Brantôme, Mémoires contenant les vies des hommes illustres et grands..., vol. 1, p. 352
  10. Prince Louis Joseph de Bourbon de Condé, Mémoires servant d’éclaircissement et de preuves à l'histoire de M. De Thou, contenant ce qui s'est passé de plus mémorable en Europe, vol. 2, Rollin, , p. 11.
  11. P.-J.-S. Dufey, Coligny, histoire française, t. 3, , p. 305.
  12. Jules Delaborde, Gaspard de Coligny, t. 3, Paris, Sandoz et Fischbacher, , p. 298
  13. Augustin Courbe, Histoire de Monsieur De Thou : des choses arrivées de son temps, , p. 565.
  14. (en) Jonathan Duncan, The Religious Wars of France, from the Accession of Henry II. to the Peace of Vervins, , p. 103.
  15. (en) Odet de Coligny. Canterbury Historical and Archaeological Society.