Pactole
| Pactole | |
| |
Cours du Patcole | |
| Caractéristiques | |
|---|---|
| Longueur | < 25 km |
| Cours | |
| Source | Sur les pentes du mont Tmole |
| Confluence | Gediz (Herme) |
| · Localisation | Près du site de Sardes |
| · Coordonnées | 38° 20′ 35″ N, 28° 25′ 10″ E |
| Géographie | |
| Pays traversés | |
| Régions traversées | Manisa (Magnésie) |
| Principales localités | Sardes |
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Le Pactole (en grec Πακτωλός, Paktōlós, du lydien Pakta'la-wa, en turc Sart Çayı), est une rivière d'Anatolie, affluent de la rive gauche de l'Herme (en turc Gediz) et prenant sa source sur le mont Tmole. Elle était connue durant l'Antiquité pour charrier des paillettes d'or, si l'on en croit les sources d'époque[1]. Elle se trouvait dans le royaume de Lydie, au cœur de sa région la plus fertile, où affleuraient des veines d'or, très sujette aux secousses telluriques[2]. Son nom turc actuel signifie « rivière de Sardes (Sart ou Şahyar) ».
Autres noms
[modifier | modifier le code]La rivière s'est d'abord appelée Chrysorrhoas[3],[4],[5] (en grec Χρυσορρόας, « qui charrie de l'or »). De façon générale, tous les ruisseaux du mont Tmole étaient riches en sables aurifères, ce qui lui donna le nom analogue de Chrysorrhos[6] (en grec Χρυσόρρος). Bien que fortement lié au lieu, le nom de Crésus (en grec Κροῖσος) semble en revanche avoir une étymologie lydienne[7].
Le Dictionnaire universel d'histoire et de géographie de Marie-Nicolas Bouillet (1798-1864) laisse entendre que le Pactole aurait aussi été appelé en français, à tort ou à raison, Bagoulet[8],[9].
Légende
[modifier | modifier le code]Aux temps ou Midas était le roi de Phrygie, royaume d'Asie Mineure situé entre la Lydie et la Cappadoce, la légende raconte l'aventure arrivée au satyre Silène. Celui-ci, suivant une procession en l'honneur de Dionysos et complètement saoul, s'égara près du palais royal. Midas et ses gardes le retrouvèrent assoupi et le roi lui offrit de rester quelques jours au palais avant de le rendre à Dionysos. Le dieu récompensa le roi en lui accordant un souhait. Midas demanda alors que tout ce qu'il toucherait à l'avenir se transforme en or, sans réaliser que cela l'empêcherait de manger et de boire. Assoiffé et affamé, il supplie le dieu de reprendre son présent. Dionysos lui conseille alors de se laver dans les eaux du Pactole, près de la grande ville de Sardes ; les sables de la rivière se transforment alors en or.
Au VIe siècle av. J.-C., la Lydie avait pour roi le célèbre Crésus. Selon la légende, sa puissance et sa richesse, réputées considérables, lui venaient des sables aurifères de la rivière Pactole et lui valent d'avoir été immortalisé dans l'expression « riche comme Crésus ».

Les ressources du Pactole, auxquelles la Phrygie devait une bonne partie de sa puissance, étaient déjà épuisées avant le Ier siècle selon le témoignage du géographe grec Strabon[10] (57 av. J.-C.-entre 21 et 25 apr. J.-C.).
D'après Plutarque (44-125)[11], la légende raconte que c'est le fils éponyme d'Apollon, Chrysorrhoas, qui donna son nom à la rivière en s'y jetant. Toujours selon lui, la mythologie grecque plus tardive explique que la rivière fut rebaptisé Pactole d’après le fils éponyme d'un dénommé Lolis et de Leucothée. Lors d’une fête en l’honneur d’Aphrodite, celui‑ci ne reconnut pas sa propre sœur, Démodice de Lydie, et la viola. En réalisant ce qu’il avait fait et accablé de chagrin, il se jeta à son tour dans la rivière, qui prit alors son nom. Plutarque raconte une histoire très similaire à propos du Caïque.
Pactole était également le nom du dieu fleuve qui personnifiait le cours d'eau dans la mythologie grecque. Il est le père d'Euryanassa, épouse de Tantale[12].
Bataille du Pactole (395 av. J.-C.)
[modifier | modifier le code]En 395 av. J.-C., une bataille importante oppose les forces de Sparte, menées par le roi Agésilas II, aux troupes achéménides du satrape Tissapherne, dans la plaine de Sardes traversée par le Pactole. Cette confrontation s’inscrit dans la période qui suit la guerre du Péloponnèse, au cours de laquelle Sparte, devenue la principale puissance grecque, cherche à étendre son influence en Asie Mineure au détriment de l’autorité perse.
Après avoir trompé Tissapherne sur ses intentions, Agésilas marche rapidement vers Sardes et surprend l’armée perse. La cavalerie de Tissapherne est vaincue, puis le reste de ses troupes mis en déroute. Cette victoire spartiate entraîne peu après l’exécution de Tissapherne et renforce temporairement l’influence de Sparte en Asie Mineure, avant que les Perses ne financent une coalition grecque qui oblige Agésilas à rentrer en Grèce[13],[14].
En plus de bataille du Pactole[15], elle porte aussi le nom de bataille de Sardes (en).
Usage actuel du terme
[modifier | modifier le code]Le mot pactole est synonyme aujourd'hui d'une amoncèlement d'argent et de richesse, de profit[16]. Il s'agit d'une antonomase lexicalisée et qui a perdu son sens originel.
Le Pactole est le titre d’un film français réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1985, titre à comprendre au sens figuré.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Ainsi Hérodote, I, XCIII : « La Lydie n'offre pas, comme certains autres pays, des merveilles qui méritent place dans l'histoire, sinon les paillettes d'or détachées du Tmolus par les eaux du Pactole. »
- ↑ . L'auteur latin Tacite (55-120) rapporte qu'un tremblement de terre en 17, pendant le règne de Tibère, a détruit la plupart des villes de la région. Voir Tacite, Annales [lire en ligne], Livre II, chapitre XLVII.
- ↑ Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 30 [détail des éditions] [lire en ligne]
- ↑ Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne]. 191
- ↑ Chrysorrhoas a aussi été le nom de la rivière Barada qui arrose Damas en Syrie.
- ↑ Euripide, Les Bacchantes [détail des éditions] [lire en ligne]. 154
- ↑ (en) J. M. Kearns, « A Lydian Etymology for the Name of Croesus », dans Studies in Honor of Jaan Puhvel – Part One: Ancient Languages and Philology, Washington D.C., Dorothy Disterheft, Martin E. Huld, John A. C. Greppin et Edgar C. Polomé, , 23‑28 (ISBN 978-0-941-69454-4)
- ↑ Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, Paris, Hachette et Cie, , 5e éd. (1re éd. 1842) [détail de l’édition] (lire en ligne), « Bagoulet », p. 152L'édition de 1847 (5e édition) comporte l'entrée suivante :
- Bagoulet, petite riv. de la Turquie d'Asie, était autrefois le Pactole.
- ↑
Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, Paris, Hachette et Cie, , 26e éd. (1re éd. 1842), 2054 p. [détail de l’édition] (BNF 30140861, lire en ligne), « Bagoulet » et « Pactole », p. 161 et 1408L'édition de 1878 (26e édition) présente deux entrées contradictoires, entre elles et avec l'édition de 1847 :
- Bagoulet, petite riv. d'Anatolie, dans laquelle on a cru à tort retrouver la [sic] Pactole des anciens.
- Pactole, Pactolus, auj. le Bagoulet ou Riv. de Sart, petite riv. de Lydie, sortait du mont Tmolus, passait à Sardes et tombait dans l'Hermus. Elle charriait beaucoup de paillettes d'or, ce qui la fit appeler Chrysorrhoas [...].
- ↑ Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], Livre XIII, chapitre I, La Troade. §23
- ↑ Plutarque, Œuvres morales [détail des éditions] [lire en ligne], Des noms de fleuves et des montagnes. Le Pactole
- ↑ (fr) « Tantale », sur www.insecula.com (consulté le )
- ↑ Xénophon, Helléniques. Livre III, chapitre IV, §22-25 [lire en ligne]
- ↑ Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne] « Vie d'Agésilas »
- ↑ Nicolas Richer, « Le projet politique évolutif de Xénophon », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 163, no 2, , p. 805‑828 (DOI 10.3406/crai.2019.96881, lire en ligne)
- ↑ Le Petit Larousse illustré, 2011, éditions Larousse.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]- le Gediz (Herme)
- le mont Tmole
- la Lydie
