Paul Charpentier
| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
Paul Charpentier |
| Nationalité |
Française |
| Formation | |
| Activité |
Industrie pharmaceutique |
| A travaillé pour | |
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| Distinction |
Proposé en 1957 au Prix Nobel de chimie |
Paul Charpentier, né le à Paris 6e, mort le 19 février 1973 à Créteil, est un chimiste français de l'industrie pharmaceutique, connu principalement pour avoir synthétisé en 1950, au sein des établissements Rhône-Poulenc, la chlorpromazine (Largactil®), premier antipsychotique de l'histoire, qui a ouvert la voie à la psychopharmacologie moderne et à la prise en charge médicamenteuse des troubles psychiatriques.
Biographie
[modifier | modifier le code]Fils de Léon Emile Charpentier (employé de commerce, qui deviendra plus tard industriel, chevalier de la Légion d'honneur) et de Marie Laure Herrgott, sans profession, Paul Charpentier obtient en 1902 le diplôme d'ingénieur-chimiste de l'École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris (18e promotion)[1],[2].
Mobilisé d'usine durant la Première Guerre mondiale, il se marie le 3 juin 1916, à Paris 7e, avec Alice Virenque, née dans cet arrondissement le 14 janvier 1890, sans profession[3].
Le 19 février 1973, alors domicilié à Choisy-le-Roi, il meurt dans sa 92ème année à Créteil.
Travaux scientifiques
[modifier | modifier le code]Employé par les Établissements Poulenc frères dès le début du 20e siècle, il devient l'un des proches collaborateurs de Ernest Fourneau et met en place la première fabrication industrielle de l'amyléine — premier anesthésique local de synthèse, commercialisé sous le nom de stovaïne — synthétisée par celui-ci en 1904[4],[5].
A partir de 1912, il assiste Camille Poulenc dans le démarrage de la nouvelle usine de l'entreprise à Vitry-Sur-Seine[6].
Puis, conjointement avec Ernest Fourneau et en lien avec le laboratoire de chimie thérapeutique de l'Institut Pasteur, il participe à la mise au point des premiers arsénobenzols français pour le traitement de la syphilis[5].
Dans les années 1940, Paul Charpentier synthétise plusieurs dérivés de la phénothiazine, dont l’antihistaminique de première génération 3015 RP (fenethazine), puis, sur cette base, le 3277 RP (prométhazine), un neuroleptique à propriété antihistaminique commercialisé en France sous le nom de Phenergan[7].
En 1948, le chirurgien Henri Laborit met en évidence les effets sédatifs et hypnotiques de la prométhazine en chirurgie, incitant l’équipe de Rhône‑Poulenc à explorer l’amplification de ces effets secondaires, plutôt que de les supprimer[8].
En décembre 1950, Paul Charpentier, reprenant le 3276 RP (dérivé de ses travaux antipaludéens, écarté dans un premier temps) ramifie la chaîne latérale sur une chlorophénothiazine pour obtenir le 4560 RP, ou chlorpromazine.
La molécule est transmise en interne à la pharmacologue Simone Courvoisier, dont les expérimentations sur des modèles animaux révèlent une réduction marquée et inédite de la réactivité comportementale. Ces résultats ouvrent la voie à des essais cliniques menés par le chirurgien Henri Laborit, puis par les psychiatres Jean Delay et Pierre Deniker, à l’hôpital Sainte-Anne, lesquels confirmeront l’efficacité du composé dans le traitement des psychoses. De nombreuses sources documentent les circonstances du développement de la chlorpromazine ainsi que la découverte progressive de ses effets et de ses indications, mettant en lumière le caractère collectif et interdisciplinaire de cette avancée, fruit de la collaboration entre chimistes, pharmacologues, médecins et pharmaciens[9],[10],[11],[7],[8].
Héritage scientifique
[modifier | modifier le code]Entre 1943 et 1956, plus de quarante brevets désignent Paul Charpentier comme inventeur au sein de Rhône-Poulenc, notamment sur les phénothiazines et composés apparentés[12].
Commercialisée dès 1952 sous le nom de Largactil, la chlorpromazine a inauguré la classe des neuroleptiques (antipsychotiques) et transformé la prise en charge des psychoses à partir des années 1950, marquant un tournant dans l’histoire de la psychiatrie[13].
Distinction
[modifier | modifier le code]Paul Charpentier a été proposé pour le Prix Nobel de chimie en 1957[14].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Acte de naissance aux Archives de Paris », Cf. Actes d'état-civil, 6e arrondissement, actes de naissance, cote V4E 3233 : Acte 3186 du 18/12/1881 - Naissance Paul Charpentier le 15/12/1881 - (consulté le )
- ↑ Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, « Liste des anciens élèves »
[PDF], sur espci.fr, Paris (consulté le ), p. 310
- ↑ « Acte de mariage aux Archives de Paris », Cf. Actes d'état-civil, 7e arrondissement, actes de mariage, cote 7M 199 : Acte 267, Charpentier et Virenque, du 03/06/1916 (consulté le )
- ↑ Philippe Jaussaud (Il est à noter que la fabrication industrielle de l’amyléine fut au départ aventureuse : Fourneau et Charpentier, menant des opérations préparatoires à partir d’une forte quantité de magnésium (24 kilos) en dépit des conseils de prudence de Victor Grignard lui-même — découvreur en 1900 des Réactions et Réactifs de Grignard — provoquèrent une forte explosion qui détruisit le laboratoire. Il n’y eut par chance aucune victime), « Histoire de la chimie, Grignard et le Traité : Les pharmaciens auteurs du Traité », L'Actualité chimique, Paris, Société chimique de France, no 284, , p. 47-48 "Le pharmacien de l’Institut Pasteur", (lire en ligne
[PDF], consulté le )
- Debue-Barazer, « Les implications scientifiques et industrielles du succès de la Stovaïne », Gesnerus, Suisse, Société d’histoire de la médecine et des sciences naturelles (SSHMSN), no 64, , p. 24-53, p. 48 (lire en ligne
[PDF], consulté le )
- ↑ Paul Antikow, « Biographie de Camille Poulenc (1864 – 1942) : Extraits résumés de l'ouvrage en quatre fascicules sur l'histoire des Établissements POULENC par L. LOMÜLLER »
[PDF], ARARP (Association Rassemblant des Anciens du groupe Rhône-Poulenc) (consulté le ), p. 5
- P. Huard (Compte-rendu de l’ouvrage de Judith P. Swazey), « Chlorpromazine in Psychiatry. A study of Therapeutic », Revue d’histoire des sciences, Paris, Centre International de Synthèse et CNRS, vol. Tome 30, no 2, , p. 189-190 (lire en ligne
, consulté le )
- (en) Viviane Quirke, « Targeting the American Market for Medecines, ca. 1950s-1970s : ICI and Rhône-Poulenc Compared » [« Cibler le marché américain des médicaments vers les années 1950-1970 : Comparaison entre ICI (Imperial Chemical Industries) et Rhône-Poulenc »], Bulletin of the history of medicine, Baltimore (Maryland), Johns Hopkins University, vol. 88, no 4, , p. 683-684 (lire en ligne
[PDF], consulté le )
- ↑ (en) « Paul Charpentier, Henri-Marie Laborit, Simone Courvoisier, Jean Delay, and Pierre Deniker », sur Science History Institute (consulté le )
- ↑ Kornreich. C, « Que connaît-on vraiment en psychiatrie : les psychotropes - Partie 1 », Revue médicale de Bruxelles, vol. 43-6, , p. 603 (lire en ligne
[PDF], consulté le )
- ↑ Smaïl A. Bouaziz, « La biologisation des troubles mentaux, Clinique, théorie, thérapeutique »
[PDF] (Thèse de doctorat en philosophie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), Paris, (consulté le ), p. 115 et suiv.
- ↑ (en) « Brevets Paul Charpentier, Rhône-Poulenc »
, sur patents.google.com (consulté le )
- ↑ « La chlorpromazine », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
- ↑ (en) Nobel Prize organisation, « Nomination pour le prix Nobel de chimie 1957 »
, sur nobelprize.org
Liens externes
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