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Pierre Meylan

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Pierre Meylan
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Pierre Meylan, né le 22 octobre 1908 à Lucens et mort le 7 mai 1974 à Morges, est un musicologue, critique musical, écrivain, traducteur, éditeur, musicien et enseignant vaudois.

Pierre Meylan naît le 22 octobre 1908 à Lucens dans le canton de Vaud. Il est le fils d’Albert Meylan, premier instituteur des classes primaires supérieures du canton de Vaud, par ailleurs violoniste, chef de chœurs et d’harmonies ainsi que de l’orchestre amateur de Pully, et de Henriette Combremont, institutrice passionnée de chant. En 1927, Meylan obtient un baccalauréat scientifique (sciences-langues) à Lausanne, puis, l’année suivante, le diplôme de perfectionnement de piano à l'Institut de Ribaupierre, dans la classe de Boris Roubakine, lui-même élève de Paul Dukas et de Nadia Boulanger. Il part pour l’Allemagne en 1929, où il étudie les lettres à Halle et Leipzig, ville où il travaille jusqu’en 1931 comme traducteur et interprète à l’Institut académique de traduction. De retour à Lausanne, il obtient, en 1932, une licence ès lettres en français, allemand, histoire et philosophie, suivie, en 1933, d’une licence en sciences sociales. Cette double formation latine et germanique est représentative de la pensée de Meylan, ancrée dans les deux cultures, et inscrit l’homme au rang des intellectuels suisses ayant assuré le rôle de passeur entre l’une et l’autre.

Pierre Meylan enseigne durant près de trente ans le français, l'allemand, l'histoire et l'histoire de l'art au Collège de Vevey (où il rencontre sa future épouse, Louisa, en 1938) puis à l'École supérieure de commerce de Lausanne. En marge de son enseignement, il publie de nombreux essais et articles, principalement sur les rapports entre littérature et musique. Il s’engage particulièrement en faveur du développement de la vie musicale suisse – et plus spécialement la Suisse romande – au travers de son intense activité musicographique. Ses articles couvrent de nombreux sujets : histoire, création, concerts et édition, enseignement de la musique dans les écoles ou encore promotion de la musicologie. Le cas échéant, Meylan n’hésite pas à aborder la question financière, appelant à un plus grand soutien étatique à la culture et attirant l’attention de ses lectrices et de ses lecteurs sur la situation des musiciennes et musiciens, ainsi que sur celles des professeures et professeurs de musique (« Enquête sur les conditions sociales des compositeurs suisses », Feuilles musicales, 1959/10). Dès 1935, il signe des articles de critique musicale pour la plupart des grands quotidiens helvétiques : Neue Zürcher Zeitung, Basler Nachrichten, Tribune de Genève, Gazette de Lausanne (et son supplément, La Gazette littéraire) dès 1946, Courrier de Vevey, Nouvelle Revue de Lausanne (chronique théâtrale), Le Confédéré (Le disque du mois) et se charge de la chronique radiophonique de l’hebdomadaire Curieux dès sa parution, en 1936. Il use également sa plume pour de nombreuses revues spécialisées en Suisse et à l'étranger. Il est ainsi le fondateur du journal satirique La Lanterne, édité à Vevey dès janvier 1936, où il écrit sous son nom et sous le pseudonyme « L’oreille », ainsi que du Courrier musical, revue trimestrielle des Sociétés chorales et instrumentale de la Suisse romande, dont le premier numéro paraît en 1937. Dès 1948, sa signature apparait également dans Études de lettres[1], revue de la Faculté des Lettres de l’Université de Lausanne. La même année, il rédige l’article « Introduction à la musique contemporaine » pour le premier numéro de Pour l’Art[2], la revue fondée par l’écrivain et critique d’art suisse René Berger. En France, la Revue musicale de Paris et la Revue internationale de musique publie quelques-uns de ses textes (« Delacroix et les musiciens romantiques » en 1949, « Le Golgotha de Frank Martin », en 1950). En 1948, Meylan fait partie des fondateurs des Feuilles musicales, qu’il dirige dès 1953 et jusqu’à sa mort, s’assurant de la qualité du contenu, notamment en faisant appel à des contributeurs suisses et étrangers de haute tenue, qu’ils soient compositeurs, chefs d’orchestre, solistes ou musicologues parmi lesquels Frank Martin, Francis Poulenc, André-François Marescotti, Aloÿs Fornerod, Ernest Ansermet, Igor Markevitch, Victor Desarzens, Alfred Cortot, Jacques Chailley, Norbert Dufourcq, Emmanuel Buenzod, René Dumesnil, Bernard Gavoty ou Aloys Mooser, pour n’en citer que quelques-uns. La revue romande s’impose rapidement comme un titre qui compte dans le champ musical francophone, assez pour que Frank Martin et Francis Poulenc composent chacun une pièce à l’occasion de son dixième anniversaire. En 1963, le périodique prend le nom de Revue musicale de Suisse romande[3], qu’il porte encore aujourd’hui.

À l’aube des années 1950, le champ éditorial suisse connaît un ralentissement qui tranche avec le dynamisme des années précédentes, engendré par l’afflux d’autrices et d’auteurs français privés de publication dans leur pays pendant la guerre. Ayant de la peine à trouver des éditeurs pour ses nombreux projets de livres, Meylan décide de fonder les Éditions du Cervin. La maison publiera 15 titres au total, dont Les Écrivains et la musique II (1951), Une Amitié célèbre, C.-F. Ramuz-Igor Stravinsky (1961), René Morax et Arthur Honegger au Théâtre du Jorat (1965) ou René Morax et son temps (1973), tous de Meylan lui-même, mais également Anecdotes et Souvenirs de Richard Strauss (1951), Ravel d’après Ravel de Vlado Perlemuter et Hélène Jourdan-Morhange (1953) ou encore Musique du Vingtième siècle, de Constantin Regamey (1966).

Pierre Meylan collabore également à plusieurs dictionnaires de musique comme le Dictionnaire des musiciens suisses (Atlantis Verlag Zürich, 1964), le Larousse de la musique (sous les initiales P. Ml.) ou le Grove Dictionary of Music and Musicians, avec la notice « Suisse » ainsi que celles consacrées à différentes villes romandes (Genève, Lausanne, Neuchâtel, Montreux) et personnalités musicales suisses comme les compositeurs Pierre Maurice, Jean Binet, Gustave Doret, Henri Gagnebin ou encore Constantin Regamey. Pierre Meylan y a aujourd’hui sa propre notice. Dès 1937, et en plus de cette intense activité rédactionnelle, Meylan intervient régulièrement sur les ondes en marge de concerts ou aux commandes d’émissions musicales dont celles portant sur Albert Roussel, Henri Duparc et Igor Stravinsky notamment. Son nom apparaît également dans les programmes radiophoniques en tant que traducteur en français de plusieurs livrets d’opéra dont Raskolnikoff et La Botte rouge (Der rote Stiefel), d’Heinrich Sutermeister.

En 1963, la France lui décerne le grade de Chevalier dans l’Ordre des Palmes académiques pour ses recherches sur la musique et la littérature française. Il prend sa retraite six ans plus tard, en 1969. Peu de temps avant sa mort, survenue le 7 mai 1974, Meylan et sa femme créent la Fondation Pierre et Louisa Meylan, visant à encourager la recherche musicologique et musicographique en Suisse romande. Le Prix Meylan est initié en 1975. Attribué chaque année impaire, il récompense « une ou plusieurs personnalités suisses ou vivant en Suisse, ayant par leurs écrits apporté une contribution importante à la vie musicale romande »[4]. Meylan a fait don de sa bibliothèque riche de plus de 500 volumes à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne. C’est sur cette base qu’y est créé le fonds Pierre Meylan, en 1979[5]. La même année, la Revue musicale de Suisse romande lui consacre un numéro spécial avec des articles de personnalités musicales suisses romandes auxquels s’ajoute une liste des publications de Pierre Meylan. Établie par Louisa Meylan, elle compte près de 450 entrées, articles et ouvrages confondus.

Fondation et Prix Meylan

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Le Prix Meylan est décerné toutes les années impaires depuis 1975. Porté par la Fondation Pierre et Louisa Meylan (présidée entre autres par Jean-Jacques Rapin et, depuis 2005, par Antonin Scherrer), il compte parmi ses lauréates et lauréats quelques institutions et associations, et s'est ouvert en 2011 aux auteurs et personnalités issus des domaines de la danse, du théâtre et de la gestion culturelle.

Liste des lauréates et lauréats

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  • 1975 Jacques Burdet
  • 1977 André-Louis Burkhalter dit Romain Goldron
  • 1979 Étienne Barillier
  • 1981 Jacques Urbain
  • 1983 Jacques Viret
  • 1985 Henri Cornaz
  • 1987 Jean-Claude Piguet
  • 1989 Jean-Jacques Eigeldinger
  • 1991 Henri Sutermeister et Jean-Louis Matthey
  • 1993 Pierre Michot et Jacques-Michel Pittier
  • 1995 Henry Weissenbach
  • 1997 Jean-Jacques Langendorf et Michel-Édouard Slatkine
  • 1999 Étienne Barilier et René Zahnd
  • 2001 André Charlet, Michel Corboz, Robert Mermoud et Jacques Pache
  • 2003 André Wyss et Antonin Scherrer
  • 2005 Jean-Jacques Langerdorf
  • 2007 Philippe Albèra et Philippe Junod
  • 2009 Bibliothèque du Conservatoire de Genève et Bibliothèque de la Haute école de musique et Conservatoire de Lausanne
  • 2011 Jean-Pierre Pastori et Jacques Tchamkerten
  • 2013 Brenno Boccadoro et Alain Corbellari. Œuvres Complètes de Charles-Albert Cingria – volume de musicologie
  • 2015 Constance Frei et Jean-Jacques Eigeldinger
  • 2017 Vincent Arlettaz et Olivier Robert
  • 2019 Georges Starobinski et Didier Schnorhk
  • 2021 Delphine Vincent et Étienne Darbellay
  • 2023 Laurent Aubert et l’association Harmonia Helvetica
  • 2025 Patrick Peikert

Sélection d’ouvrages de Pierre Meylan

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  • Les Écrivains et la musique I (Lausanne, La Concorde, 1944)
  • Les Écrivains et la musique II (Lausanne, Editions du Cervin, 1951)
  • Une Amitié célèbre : C.-F. Ramuz-Igor Stravinsky (Lausanne, Editions du Cervin, 1962)
  • René Morax et Arthur Honegger au Théâtre du Jorat (Morges, Editions du Cervin, 1965)
  • Arthur Honegger: humanitäre Botschaft der Musik (Frauenfeld, Huber Verlag, 1970)

Notes et références

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Bibliographie

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Liens externes

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