Pierre Suard
| Président-directeur général Alcatel Alsthom (d) | |
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Pierre Henri André Suard |
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Pierre Suard, né le à Lons-le-Saunier, et mort le à Épagny Metz-Tessy (Haute-Savoie), est un ingénieur, haut fonctionnaire français et dirigeant de sociétés nationales.
Formation
[modifier | modifier le code]Pierre Suard a une formation d'ingénieur à l'École polytechnique et à l'école d'application École nationale des ponts et chaussées. Il est Polytechnicien (X54) et membre du corps des ponts et chaussées,
Carrière
[modifier | modifier le code]Pierre Suard commence sa carrière dans l'administration. Il travaille au service des Affaires économiques au ministère des Travaux publics de 1960 à 1963 ; il est ingénieur en chef puis directeur de l’exploitation de l’Aéroport de Paris (1963-1967) ; puis chargé de mission au cabinet du ministre de l’Économie et des Finances, Michel Debré (1967-1968).
Il entre en 1973 à la Compagnie générale d'électricité (CGE). Après avoir été PDG de la filiale Les Câbles de Lyon qu'il porta en trois années de la 5e à la 1re place mondiale. En 1986, il succède à Georges Pébereau comme PDG du groupe CGE, troisième groupe industriel français de l’époque. Cette nomination est décidée par le ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation, Édouard Balladur, pour mener la privatisation de la CGE, qui devient Alcatel-Alsthom en 1991 (puis Alcatel en 1998).
C'est sous son impulsion que seront développés les premiers centraux téléphoniques numériques, que l'activité des câbles de fibres optiques sera développée et que les filiales européennes de la société américaine International Telephone and Telegraph (ITT) dans les télécommunications seront rachetées en 1988. Le groupe Alcatel NV qu'il crée devient n° 2 mondial des équipementiers de télécommunications. Il aura transformé une compagnie française, surtout renommée pour ses bonnes relations avec l'administration, en une société internationale en suivant une logique industrielle[1].
Le groupe CGE sous sa direction poursuit sa diversification, et tente de renforcer sa présence dans l'industrie nucléaire en prenant le contrôle (pour un temps) de Framatome[2].
En 1993, Alcatel-Alsthom obtient le contrat du TGV en Corée, s'impose comme numéro un mondial du câble et des télécoms et s'intéresse aux médias, en contrôlant notamment Le Point et L'Express.
De 1986 à 1993, Alcatel-Alsthom a doublé son chiffre d'affaires et multiplié par sept son bénéfice net. C'était le premier groupe industriel français, qui employait plus de 200 000 personnes, leader mondial dans ses principales activités (télécoms, matériels électriques, nucléaire, ferroviaires). Le groupe Alcatel-Alsthom a réalisé en 1994 un chiffre d'affaires hors taxes de 167,66 milliards de francs. Le chiffre d'affaires de l'activité de télécommunications constitue près de 45 % du chiffre d'affaires du groupe, la déréglementation dans le secteur des télécommunications introduit une nouvelle compétition dans le secteur. Le groupe fait face à un recul de son bénéfice à 3,6 milliards de francs[3],[4],[5].
En 1995, il démissionne de la présidence Alcatel-Alsthom sous la pression des informations judiciaires ouvertes contre l'entreprise et son PDG[6].
La presse retrace les grandes lignes de la carrière de Pierre Suard à l'occasion de l'annonce de sa mort survenue le 27 novembre 2025[7],[8].
Poursuites judiciaires
[modifier | modifier le code]Abus de biens sociaux
[modifier | modifier le code]Le , Jean-Marie d'Huy, juge d'instruction auprès du tribunal de grande instance d'Évry, met Pierre Suard en examen pour un potentiel « abus de biens sociaux » pour avoir, craignant d'être pris pour cible par les terroristes d'Action directe, fait installer par des filiales de construction de son groupe pour 3 millions de francs de systèmes de sécurité dans ses logements successifs[9].
Concernant les dépenses de sécurité à ses domiciles, la défense de Pierre Suard indique que ces dépenses ont été engagées à la demande du ministre de l'intérieur de 1986, à la suite de l'assassinat de George Besse et d'attentats contre d'autres dirigeants[9].
Le , Pierre Suard est condamné pour abus de biens sociaux en première instance à trois ans de prison avec sursis et à deux millions de francs d’amende par le tribunal correctionnel d'Évry[10].
En mars 1999, Pierre Suard est condamné en appel à deux ans de prison avec sursis et 300 000 euros d'amende pour recel d'abus de biens sociaux. Il était reproché à Suard d'avoir fait financer, en 1992 et 1993, par des sociétés du groupe des travaux de sécurité pour un montant supérieur à 3 millions de francs à son domicile privé de Neuilly (Hauts-de-Seine) et en 1986, 1987 et 1988, à ses domiciles de Boulogne et de Menthon-Saint-Bernard (Haute-Savoie)[11],[12],[13].
Surfacturation au détriment de France Télécom
[modifier | modifier le code]Le sur les accusations de Denis Gazeau, ancien cadre d’Alcatel[14] licencié pour « incompétence », le juge met en examen Pierre Suard pour « recel d’escroquerie » dans une affaire de « surfacturation » d'Alcatel CIT pour un montant de 675 millions de francs[15] au détriment de France Télécom, son principal client[9]. Il le place sous contrôle judiciaire, ce qui lui interdit de continuer à diriger le groupe Alcatel-Alsthom.
Pierre Suard est obligé de quitter la direction du groupe. Serge Tchuruk lui succède en juin 1995[16],[17]. Après un audit, Serge Tchuruk annonce les premières pertes de l'histoire d'Alcatel-Alsthom : 1,2 milliard de francs au premier semestre 1995, 12 milliards de francs de provisions pour charges de restructurations et la même somme pour des dépréciations d'actifs. Finalement, le groupe finit l'année avec un déficit de 25,6 milliards de francs[18]. Pierre Suard l'accusera de l'avoir poussé vers la porte et d'avoir précipité la prise en compte de certaines provisions pour déconsidérer sa gestion, et obtenir par la suite des résultats comptables artificiellement améliorés[19].
Fin , il bénéficie d'un non-lieu devant le tribunal d’Évry sur des faits de surfacturations d'Alcatel CIT commis au préjudice France Télécom[15],[12],[20]. Plusieurs anciens responsables de l'entreprise Alcatel CIT sont condamnés dans l'affaire des surfacturations à France Télécom tout au long d'un processus judiciaire qui dure jusqu'en 2008.
Publications
[modifier | modifier le code]Pierre Suard a publié en L'envol saboté d'Alcatel-Alsthom aux éditions France-Empire[21].
Pierre Suard a publié, en , En toute impunité, la scandaleuse destruction d’Alcatel Alsthom, (ISBN 9782748044829), à la Société des Écrivains.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Les dates clé [Alcatel NV] », sur Les Échos.fr, (consulté le ).
- ↑ « Nucléaire et privatisation La CGE prend le contrôle de Framatome un des maillons essentiels de la filière nucléaire française »
, sur LeMonde.fr, (consulté le ).
- ↑ Pierre Suard, « Alcatel-Lucent : l'épilogue d'une longue agonie industrielle », sur Les Échos.fr, (consulté le ).
- ↑ « Alcatel-Alsthom: chiffre d'affaires en hausse de 7 % en 94 », sur Les Échos.fr, (consulté le ).
- ↑ Caroline Monnot, « Le bénéfice d'Alcatel-Alsthom a fondu de moitié en 1994 La chambre d'accusation statuera sur le recours de Pierre Suard le 14 avril », sur LeMonde.fr, (consulté le ).
- ↑ Régis Marti, « Alcatel Alsthom: la justice force Pierre Suard à se démettre », sur LesEchos.fr, (consulté le ).
- ↑ Michel Bezat, « Pierre Suard, ancien PDG d’Alcatel Alsthom, est mort »
, Le Monde, (consulté le )
- ↑
- Philippe Escande, « Le leader mondial des télécoms confronté à la multiplication des affaires », sur lesechos.fr, (consulté le )
- ↑ Virginie Robert, « Pierre Suard condamné à trois ans de prison avec sursis pour abus de biens sociaux », sur lesechos.fr, (consulté le )
- ↑ Jean-Michel Dumay, « La condamnation de Pierre Suard est confirmée en appel », sur LeMonde.fr, (consulté le )
- Jacques Follorou, « Après 12 ans d'instruction, l'ex-PDG d'Alcatel Alsthom, Pierre Suard, bénéficie d'un non-lieu », Le Monde.fr, (consulté le )
- ↑ Blandine Hennion, « Suard condamné en appel. L'ancien PDG d'Alcatel devra payer des dommages et intérêts- », sur Libération.fr,
- ↑ Pierre Agudo, Pierre Suard interrogé sur les origines de son somptueux patrimoine, dans L'Humanité du 15 mars 1995
- « Non-lieu pour l'ex-PDG d'Alcatel Pierre Suard », sur Challenges, (consulté le )
- ↑ Philippe Escande, « Serge Tchuruk, futur patron d'Alcatel Alsthom », sur lesechos.fr, (consulté le )
- ↑ Régis Marti, « Serge Tchuruk réorganise Alcatel Alsthom par métiers », sur lesechos.fr, (consulté le )
- ↑ Nathalie Brafman, « l'ultime pari de M. Tchuruk », sur LeMonde.fr, (consulté le )
- ↑ Jean-Marc Plantade, « Affaire Alcatel Pierre Suard : « Un énorme gâchis ! » », sur LeParisien.fr, (consulté le )
- ↑ « Un non-lieu pour l'ex-PDG d'Alcatel Pierre Suard », sur nouvelobs.com, (consulté le )
- ↑ Hugues A. Garin, « L’envol saboté d’Alcatel Alsthom »
, sur lajauneetlarouge.com, (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Alcatel-Alsthom
- Alcatel
- Framatome
- Les Câbles de Lyon
- Telettra
- Alcatel Submarine Networks
- Affaire des surfacturations à France Télécom
Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Pierre Suard, site officiel
- Alstom : aux origines d'un déclin - Les Echos 12 mai 2014
- L'ex-PDG se libère en écrivant - Challenges 29 octobre 2009
- Injustices de la justice - Le Figaro 16 juin 2006
- L'ex-président d'Alcatel blanchi - Le Parisien 8 septembre 2004
- Point de Vue : le cas Suard - La Tribune 2 mai 1995