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Positions Target

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Les positions Target, ou soldes Target, sont des comptes spéciaux affectés aux membres du Système européen de banques centrales (SEBC), qui enregistrent les soldes des paiements transfrontaliers en euros qui transitent par chaque banque centrale dans le cadre du système de transferts express automatisés transeuropéens à règlement brut en temps réel (Target).

Principe et fonctionnement

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Les positions Target sont une conséquence du caractère décentralisé de la monnaie européenne. Toutes les banques centrales de la zone euro sont susceptibles d'émettre de la liquidité (billets et dépôts en banque centrale), que ce soit en accordant un prêt à une banque commerciale ou en achetant des titres ou d'autres actifs, dans le cadre d'une politique monétaire décidée en commun. À l'émission, cette liquidité apparaît au passif du bilan de la banque centrale en contrepartie de l'actif acquis (prêt ou titre), mais elle peut ensuite circuler librement dans d'autres juridiction de la zone euro. Les positions Target sont la contrepartie comptable de la différence qui en résulte entre la liquidité émise et la liquidité effectivement présente au passif[1].

Un solde Target peut être positif (compte créditeur) ou négatif (compte débiteur), sans limitation de montant. La position de chaque banque centrale nationale (BCN) a pour contrepartie une position opposée à la Banque centrale européenne (BCE) : la somme algébrique des soldes des BCN et de la BCE est donc nulle par construction.

Ainsi, de même que chaque banque détient un compte auprès de la banque centrale nationale, qui joue le rôle de « banque des banques » dans sa juridiction, chaque BCN détient un compte auprès de la BCE, qui sert ainsi de « banque des banques des banques ». Une position Target positive est alors l'équivalent comptable d'un dépôt à la BCE ; une position négative peut être interprétée comme un emprunt à la BCE, ou comme un dépôt de la BCE auprès de la BCN concernée.

L'illustration classique de mouvement des positions Target est celui d'un paiement transfrontalier à l'intérieur de la zone euro.

Plus généralement, les positions Target évoluent chaque fois qu'un paiement en euros, effectué au travers du système Target, passe par un flux entre une banque centrale A (débitrice) et autre une banque centrale B (créditrice). Un tel paiement peut être initié par[1] :

  • la banque centrale A elle-même ;
  • ou l'une des institutions détenant un compte à la banque centrale A (en particulier les banques du pays A) ;
  • ou toute personne physique ou morale détenant un compte dans une ces banques.

De même, le bénéficiaire final du paiement peut être :

  • la banque centrale B elle-même ;
  • ou l'une des institutions détenant un compte à la banque centrale B (en particulier les banques du pays B) ;
  • ou toute personne physique ou morale détenant un compte dans une ces banques.

Il n'y a pas équivalence stricte entre paiement transfrontalier et mouvement des soldes Target. Ainsi, un virement en euros émis par une société britannique au bénéfice d'une autre société britannique peut avoir un effet sur les soldes Target, dès lors que les comptes de ces deux sociétés sont tenus par des banques de pays différents en zone euro, soit directement, soit par l'intermédiaire de banques correspondantes.

Lien avec la balance commerciale

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En comptabilité nationale, le solde Target de la banque centrale est un élément de la position extérieure du pays. Ses variations sont comptabilisées en balance des paiements comme un élément du compte financier, dans la section des autres investissements[2]. Par équilibre de la balance comptable, les mouvements du solde Target sont donc égaux à la somme des mouvements du compte de transactions courantes et du compte de capital, diminuée des autres mouvements du compte financier, aux erreurs et omissions près. Une hausse du solde Target peut ainsi correspondre :

  • soit à un excédent de transactions courantes (par exemple une exportation),
  • soit à un excédent du compte de capital (par exemple une subvention percue de l'extérieur),
  • soit au crédit d'un autre élément du compte financier (par exemple la vente d'un titre de capital à un investisseur étranger).

Le solde Target n'est pas affecté si l'un de ces éléments sert de contrepartie à un autre, par exemple si une exportation (crédit du compte de transactions courantes) est réglée en devises déposées dans une banque étrangère (débit du compte financier). Une banque centrale nationale peut présenter un solde Target négatif alors que le pays est exportateur net, par exemple si les résidents achètent des actifs financiers étrangers pour un montant plus élevé que la valeur de l'excédent de biens et services exportés[1].

Taux d'intérêt

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Les positions Target étant des créances entre les banques centrales nationales et la BCE, elles portent intérêt, à un taux de référence égal au taux de la facilité principale de refinancement jusqu'en 2024[3], et au taux de la facilité de dépôt depuis le 1er janvier 2025[4] .

Ces intérêts sont remis en commun tous les ans entre les banques centrales nationales, en même temps que les intérêts générés par les autres actifs et passifs relevant de la politique monétaire de la monnaie unique, dans le cadre du partage du revenu monétaire. Cette opération consiste à répartir le revenu issu de la politique monétaire commune entre les membres de l'Eurosystème au prorata de leur clé de répartition au capital de la BCE, indépendamment de la façon dont il a été généré. Elle conduit ainsi à annuler en grande partie les intérêts perçus ou payés sur les soldes Target, dans la mesure où ces soldes financent des actifs ou passifs dont les intérêts sont partagés. Un mécanisme d'équilibrage comptable permet à l'inverse d'attribuer à chaque banque centrale nationale le coût de financement de ses opérations menées en-dehors de la politique monétaire, dont le revenu n'est pas partagé[5].

Évolution des soldes

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Très faibles jusqu'en 2007, les soldes Target ont commencé à enregistrer des mouvements importants au moment de la crise financière mondiale de 2007-2008, ont pris de l'ampleur avec la crise de la dette, atteignant 1000 milliards d'euros en cumul de valeurs positives à l'été 2012[6], et se sont durablement installés au-dessus de cette valeur à partir de 2016. L'essentiel de ces mouvements s'explique par les différentes phases de politique monétaire accommodante menée par l'Eurosystème, qui a conduit les banques centrales à émettre des quantités importantes de liquidité. La répartition de ces émissions entre banques centrales ne correspondant pas à la façon dont les liquidités se distribuent spontanément à leur passif, des soldes Target importants se sont constitués en contrepartie[7].

En particulier, les opérations d'achat de titres effectués de façon décentralisée par l'Eurosystème depuis 2015 ont mécaniquement gonflé l'ampleur des soldes[1],[7],[8], en positif pour les banques centrales attirant plus de liquidités que leur participation dans les opérations (principalement les banques centrales allemande et luxembourgeoise), et en négatif pour celles qui en attirent moins (notamment les banques centrales italienne, espagnole et européenne). Le cumul des valeurs positives a culminé au-dessus de 1800 milliards d'euros à l'été 2022[1], après quoi l'arrêt des achats et le remboursement progressif des titres a fait graduellement refluer les soldes — la Banque de France faisant exception du fait d'une baisse plus lente de ses encours[7].

Controverses

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Notes et références

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Articles connexes

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Liens externes

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  • (en) « Base TGB », avec l'historique mensuel des soldes Target depuis 2001 (portail des données de la BCE).