Quink

Quink, encrage dérivant de la fusion lexicale des vocables anglais « quick » et « ink » (soit « encre rapide »), est une encre spécifiquement formulée pour l’usage avec les stylos-plumes. Sa conception et sa commercialisation initiale reviennent à Parker, qui en effectue la première mise sur le marché en 1931. Depuis cette date, sa production n’a connu aucune interruption, demeurant continuellement disponible.
Contexte
[modifier | modifier le code]En 1928, la Parker Pen Company initie, sous la direction de Kenneth Parker, un programme de recherche destiné à mettre au point une nouvelle formulation d'encre pour stylo-plume. Cette entreprise fait suite au constat que les encres de piètre qualité, dont les compositions n'avaient guère évolué depuis des décennies, constituaient la cause première des phénomènes d'obstruction nuisant à la fiabilité de ces instruments. Les travaux sont d'abord confiés aux laboratoires Miner de Chicago. Puis, en août 1930, la société recrute et intègre directement à ses effectifs l'un des chimistes principaux du projet, Galen Sayler, qu'elle affecte à un modeste laboratoire situé au sein de son siège social, à Janesville dans le Wisconsin[1].
Histoire
[modifier | modifier le code]Le lancement de Quink s’accompagne d’une campagne de promotion d’envergure, qui assure à ce produit une adoption rapide par le public. Selon les annotations consignées dans le journal personnel de Kenneth Parker, sa fabrication débute le 17 mars 1931. Dès le 22 octobre de la même année, des stocks d’une valeur de 89 000 dollars sont écoulés, un chiffre qui excède largement les prévisions initiales et procure un rendement substantiel au regard des 68 000 dollars investis dans sa mise au point[1]. Présentée par son fabricant comme une encre universelle, compatible avec l’ensemble des modèles de stylo-plume, la formule originale fait l’objet d’évolutions mineures au fil du temps et demeure en production.
Francisco Quisumbing
[modifier | modifier le code]Une thèse fort relayée attribue l’invention de l’encre à un ressortissant philippin, Francisco Quisumbing, dont le patronyme constituerait l’étymon du vocable « Quink ». Bien que ce récit bénéficie d'une large audience sur les réseaux numériques, il revêt un caractère éminemment apocryphe en l’absence de tout étayage documentaire probant. La geste hagiographique présente l'intéressé comme un botaniste formé dans l'archipel philippin puis aux États-Unis, sanctionné par un doctorat en taxonomie et morphologie végétale de l’Université de Chicago en 1923. Toutefois, l'appareil biographique demeure lacunaire et sujet à caution. Aucun élément factuel ne permet d'attester une quelconque collaboration entre ce scientifique et la firme Parker.
L'histoire industrielle des Philippines mentionne l'existence de la société Quisumbing Ink Products, entité structurellement indépendante de la firme Parker. Fondée par l'ingénieur chimiste Francisco A. Quisumbing, cette entreprise et son créateur font l'objet d'une convergence biographique notable : les jalons documentés de sa carrière corroborent, dans une large mesure, les éléments constitutifs des récits apocryphes circulant à son sujet. Né en 1893, Quisumbing accomplit son cursus initial à l'université des Philippines, où il se voit décerner un baccalauréat en agriculture en 1914, suivi d'une maîtrise en 1918. Il s'expatrie ensuite aux États-Unis pour intégrer l'université Columbia à New York en qualité de chercheur associé. Ses travaux y sont sanctionnés par l'obtention d'un doctorat en 1921. De retour dans son archipel natal en 1922, il se consacre à l'enseignement de la chimie industrielle au sein de l'université des Philippines, charge qu'il exerce jusqu'en 1934. Parallèlement à ses fonctions académiques, il entreprend de pérenniser ses recherches par la création, en 1923, de la manufacture Quisumbing Ink Products. Son œuvre institutionnelle s'étoffe en 1934 par la fondation de l'École de technologie Quisumbing[1]. Selon les sources bibliographiques de 1960, la production de ses usines jouit alors d'un monopole contractuel, assurant l'approvisionnement exclusif de l'intégralité des services administratifs du gouvernement philippin[1].
Quink a ensuite été fabriqué aux Philippines sous licence de Parker, et les bouteilles ont été étiquetées en conséquence[1].
Caractéristiques
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L'encre Quink doit son adoption à un ensemble de propriétés techniques distinctives, mises en avant par son fabricant : une fluidité élevée, une résistance à l'eau et aux micro-organismes, un séchage rapide et une composition non corrosive. Dès son introduction sur le marché, sa promotion s'appuie sur la présence d'un additif présenté comme « secret », réputé dissoudre les dépôts et prévenir l'obstruction des mécanismes d'écriture. Cet adjuvant fait l'objet d'une commercialisation séparée à partir de 1942 sous l'appellation commerciale « Solv-X »[1].
L’encre Quink est mise au point et commercialisée à l’époque où la gamme Duofold constitue le produit d’exception de la manufacture Parker[1]. Toutefois, son successeur, le stylo Vacumatic[1], fait déjà l’objet de travaux de développement et entre en production de série à partir de 1933. Ce nouveau modèle renferme sa réserve d’encre directement au sein de son fût en celluloïd, une caractéristique technique qui détermine la formulation spécifique du Quink.
Il convient de distinguer l'encre Quink de deux formulations spéciales d'encre, développées exclusivement pour le stylo-plume Parker 51. Ces encres, de nature fortement alcaline et aqueuse, incorporent une proportion significative d'alcool isopropylique. Commercialisée initialement en 1941 sous l'appellation d'encre « 51 », en concomitance avec le lancement du stylo éponyme, cette première formule voit sa composition modifiée en 1947 afin d'en atténuer la corrosivité ; elle est alors rebaptisée « Superchrome ». Le fabricant veille à apposer, sur les capuchons, les étiquettes et les emballages, des mises en garde explicites. Celles-ci stipulent que l'usage de ces encres est réservé au Parker 51 et, ultérieurement, à son modèle dérivé plus économique, le Parker 21, leur emploi dans tout autre instrument étant susceptible de provoquer des dommages.
Préalablement à sa diffusion pérenne en 1941, le stylo-plume Parker 51 fait l’objet de prospections commerciales restreintes dès l'année 1939. Conçu comme un ensemble technologique indissociable de son fluide, l'instrument s'accompagne d'une formulation chimique inédite, diffusée de manière confidentielle sous l'appellation « Double Quink ». L’absence de campagnes promotionnelles destinées au public suggère une distribution purement expérimentale ; de fait, le patronyme de cette encre s'efface au profit de la marque générique lors de l'industrialisation massive du modèle. La rareté des spécimens subsistants confère aujourd'hui à ces flacons un caractère insigne. L'historiographie de la firme souligne cette lacune matérielle : l'ouvrage de référence consacré au Parker 51, rédigé par les époux Shepherd, ne comporte aucune illustration de cet adjuvant, bien que les auteurs aient bénéficié d'un accès exhaustif aux archives institutionnelles et aux collections privées les plus renommées[1].
XXIe siècle
[modifier | modifier le code]Dans le domaine de l'écriture manuscrite, l'encre désignée sous le nom de Parker Quink se caractérise par sa propriété d'inocuité à l'égard des instruments à plume[1]. Cette caractéristique technique implique qu'elle présente un faible potentiel d'obturation des systèmes d'alimentation et une tendance négligeable à la formation de dépôts indésirables.
L'usage du stylo-plume connaît une atrophie graduelle durant la seconde moitié du XXe siècle, concurrencé par l'émergence de nouveaux instruments de scription. Toutefois, le modèle Parker 51 bénéficie d'une rémanence notable auprès d'une communauté de collectionneurs et d'amateurs au début du XXIe siècle. Cette persistance mène la manufacture Parker à procéder, en 2002, à une exhumation commerciale de ce modèle via une édition limitée, déclinée en deux nuances : le noir et le « Vista Blue »[1]. Concomitamment à ce lancement, l'entreprise assure la promotion d'une solution d'ancrage à siccité accélérée, présentée comme le corollaire technique indispensable à l'optimisation des performances du Parker 51.
Sources
[modifier | modifier le code]- Martín-Gil J, Ramos-Sánchez MC, Martín-Gil FJ et José-Yacamán M. Composition chimique d'une encre pour stylo-plume. Journal of Chemical Education, 2006, 83, 1476–78
Liens externes
[modifier | modifier le code]- La page de Glenn sur les stylos : À propos de l'encre pour stylos-plumes : Parker
- discussion sur l'encre Superchrome et autres encres Parker
- Histoire des stylos-plumes : Quink et encre Superchrome
Sources
[modifier | modifier le code]- Geoffrey Parker, David Shepherd, Dan Zazove. "Parker Vacumatic". Surrenden Pens Ltd., Brighton, UK, 2008, pp. 246-48