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Raoul Didkowski

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Raoul Didkowski
Fonctions
Préfet de l'Isère
-
Directeur
Police nationale
-
Préfet des Pyrénées-Orientales
-
Secrétaire général de la préfecture de Saône-et-Loire (d)
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Secrétaire général de la préfecture de Saône-et-Loire (d)
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Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Albin Émile Raoul DidkowskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Conflit
Distinctions

Albin Émile Raoul Didkowski, né le à Villevieille (département du Gard)[1], mort le à Montpellier (Hérault), est un haut-fonctionnaire de la Troisième République et du régime de Vichy.

Entre 1936 et 1940, il est préfet du département des Pyrénées-Orientales alors confronté à l'exode des réfugiés de la guerre civile espagnole. Entre juin et juillet 1940, il directeur de la Sûreté nationale. Entre 1940 et 1943, il est préfet du département de l'Isère, en zone libre puis en zone d'occupation italienne.

Albin Émile Raoul Didkowski est issu d'une famille émigrée polonaise de confession protestante[2]. Son père Léonce Didkowski, est « maître d'étude » au collège de Lodève (département de l'Hérault) puis professeur de collège à Lunel[3].

Durant la Grande Guerre, Raoul Didkowski est mobilisé au sein du 40e régiment d'infanterie. Entre août 1917 et octobre 1918, il est brièvement conseiller à la préfecture de la Drôme[4]. Son frère, Léonce Didkowski, est mort pour la France le 30 novembre 1914 à Bar-le-Duc des suites de blessures de guerre[5].

De 1920 à 1935, il sert à différents postes de l'administration préfectorale, à Ussel, en Ille-et-Vilaine, dans le Bas-Rhin, à Alger, dans la Saône-et-Loire, atteignant le grade de sous-préfet hors-classe. En 1935 et 1936, il travaille dans les cabinets de divers ministres comme Joseph Paganon, Pierre Mazé et Robert Jardillier[6].

Préfet des Pyrénées-Orientales

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Le , Raoul Didkowski succède à François Taviani comme préfet des Pyrénées-Orientales, département de l'extrême Sud de la France limitrophe de l'Espagne[6].

En Espagne, la guerre civile oppose les républicains aux nationalistes espagnols. Le gouvernement français a pour doctrine le non-interventionnisme, refusant de prendre part à cette guerre. Les Pyrénées-Orientales, proche de la Catalogne républicaine, servent de base arrière à des volontaires des Brigades internationales soutenant les Républicains. Le rôle de Raoul Didkowski est mal connu : selon certains témoins, comme Maurice Jaquier et Jean-Guy Bourrat, Didkowski soutenait secrètement les échanges clandestins de combattants, de réfugiés et d'armes entre la France et l'Espagne, mais son rôle précis est discuté[6].

En , Barcelone tombe aux mains des nationalistes espagnols, qui gagnent définitivement la guerre. S'ensuit un exode massif de centaines de milliers de républicains et de leur famille (Retirada), notamment vers les Pyrénées-Orientales. Tout d'abord réticent, le gouvernement français doit ouvrir la frontière pour accueillir plus de 500 000 réfugiés. Le préfet Didkowski est chargé d'organiser leur accueil et ravitaillement dans des camps de concentration de fortune bâtis à l'occasion[6].

C'est à l'occasion d'une visite de ces camps, le , que Philippe Pétain rencontre Raoul Didkowski. Le Maréchal dira que le préfet a produit sur lui « la meilleure impression »[6].

Préfet de l'Isère

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Le 18 juin 1940, Raoul Didkowski est nommé directeur général de la Sûreté nationale. Le 10 juillet, lors de la prise de pouvoir du maréchal Philippe Pétain, il est démis de cette fonction. Le 8 août 1940, il est nommé préfet de l'Isère avec l'appui de Jean Berthoin.

Selon l'historien Tal Brutmann, la nomination de Raoul Didkowski, qui est considéré comme proche du Front populaire, apparaît comme une rétrogradation[7].

Durant l'Occupation, Berthoin et Didkowski gardent des relations amicales et professionnelles et se rencontrent plusieurs fois par semaine pour régler les problèmes administratifs et politiques. Ces deux hommes rencontrent plusieurs fois Jean Moulin entre le et le . Raoul Didkowski apparaît comme un personnage ambigu. Il est un fonctionnaire zélé pour appliquer la politique de Vichy : arrestations de communistes envoyés à Fort Barraux, rafle des Juifs étrangers le 26 août 1942. Raoul Didkowski est décoré de la Francisque en . Mais d'autre part, durant les neuf mois de l'Occupation italienne de à , il se soumet à l'avis du général d'occupation Maurizio Lazzaro di Castiglioni pour freiner les mesures antisémites et le département devient alors une "terre de refuge" pour plusieurs milliers de Juifs. Par ailleurs, les services de la préfecture délivrent de vraies "fausses cartes" à ceux qui sont en difficultés. À tel point qu'en , des Juifs écrivent "Le préfet fait tout ce qu'il peut pour nous aider". À l'automne 1942, Didkowski était prêt à démissionner mais Berthoin le convainc de rester pour éviter à l'Isère un "préfet de Laval". Le , il démissionne effectivement et se rend à Villevieille (Gard) où il est arrêté par la Gestapo.

Il est déporté le en tant que « personnalité-otage » au château d'Eisenberg[8],[9], en Bohême, où il restera détenu jusqu'en [10].

Après guerre

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Après la guerre, Raoul Didkowski est nommé préfet honoraire le et directeur de cabinet du ministre des Anciens combattants de 1951 à 1953[10].

Distinctions

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Bibliographie

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  • Gérard Bonet, « Didkowski (Albin, Émile, Raoul) », dans Nouveau Dictionnaire de biographies roussillonnaises 1789-2011, vol. 1 Pouvoirs et société, t. 1 (A-L), Perpignan, Publications de l'olivier, , 699 p. (ISBN 9782908866414)
  • Alfred Salinas, L'Etat clientéliste, Editions La Bruyère, 2000 (l'ouvrage est une biographie de Jean Berthoin, l'ancien ministre et sénateur de l'Isère, et décrit notamment les relations de celui-ci avec Raoul Didkowski)
  • [Cabanel 2020] Patrick Cabanel, « Didkowski », dans André Encrevé et Patrick Cabanel (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours : D-G, t. II, Paris, Max Chaleil, (ISBN 978-2-8462-1288-5), p. 175-176.
  • Limore Yagil, Chrétiens et Juifs sous Vichy sauvetage et désobéissance civile, Cerf, 2005 (ISBN 9782204075855) p. 210-216.
  • Limore Yagil, La France terre de refuge et de désobéissance civile: sauvetage des Juifs, 3 tomes, Cerf, 2010-2011
  • Limore Yagil, "Etude des préfets du département de l’Isère et de leur aide aux Juifs1940-1944", Administration, revue de l’administration territoriale de l’Etat, n°240, décembre-janvier 2014, p.106-108.
  • Limore Yagil, « Résistance et sauvetage des Juifs dans l’Isère: 1940-1944 », Guerres Mondiales et Conflits Contemporains, Paris : P.U.F, n° 112, Octobre 2003, p. 51-74.

Articles connexes

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Notes et références

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  1. Archives départementales du Gard, « État civil de Villevieille, registre des naissances de 1863à 1903, vue 139 / 191, 5 E 6203 » Accès libre, sur https://v-earchives.gard.fr (consulté le )
  2. Cabanel 2020.
  3. Archives départementales de l'Hérault, « Registres matricules militaires, bureau de Nîmes, classe 1883, matricules n°1501 à 2000, matricule n°1621 » Accès libre, sur https://v-earchives.gard.fr (consulté le )
  4. Archives départementales du Gard, « Registres matricules militaires, bureau de Nîmes, classe 1912, matricules n°501 à 680, matricule n°630 » Accès libre, sur https://v-earchives.gard.fr (consulté le )
  5. Archives départementales du Gard, « Registres matricules militaires, bureau de Nîmes, classe 1910, matricules n°1001 à 1250, matricule n°1196 » Accès libre, sur https://v-earchives.gard.fr (consulté le )
  6. a b c d et e Bonet 2011
  7. Tal Brutmann, « Au bureau des Affaires juives. L'administration française et l'application de la législation antisémite (1940-1944) » Accès libre, sur https://shs.cairn.info, (consulté le )
  8. Fondation pour la mémoire de la déportation, Banque de données multimédia, I.220
  9. Jean-Claude Barbier, Qu’est-ce qu’un préfet déporté ? : Destins contrastés des préfets de Vichy déportés, CES, UNIV-PARIS1, CNRS, , 43 p. (lire en ligne)
  10. a et b Jean-Claude Duclos et Olivier Ihl, Grenoble en Résistance 1939-1944 parcours urbains, Grenoble, Le Dauphiné libéré, , 130 p.
  11. « BODMR n°24 du 27 novembre 1953 page 1035 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le )

Liens externes

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