Raoul IV Taisson
| Sénéchal de Normandie |
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Letice de Saint-Sauveur (d) |
Raoul IV Taisson ou Tesson, mort en 1213/1214, est un important seigneur normand. Membre de la famille Tesson, il hérite de son père Jourdain Taisson la seigneurie de Thury et de sa mère Léticie de Saint-Sauveur la baronnie de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Il participe à la troisième croisade aux côtés de son seigneur le roi d'Angleterre et duc de Normandie Richard Cœur de Lion. Il est nommé sénéchal de Normandie par Jean sans Terre mais rallie le roi de France Philippe II Auguste quand celui-ci conquiert la Normandie. À sa mort, son héritage est partagé entre ses filles.
Biographie
[modifier | modifier le code]Famille
[modifier | modifier le code]Raoul IV Taisson est le fils aîné de Jourdain Taisson et de Léticie de Saint-Sauveur[1],[2],[3], mariés au plus tard en 1145. Vers 1180, Léticie reçoit la baronnie de Saint-Sauveur, qu'elle apporte à la famille Taisson, en tant qu'héritière de son oncle Roger II le Vicomte, vicomte de Saint-Sauveur[4],[5],[6]. Jourdain Taisson, mort en 1178[7],[3], fait partie de l'entourage du roi d'Angleterre et duc de Normandie Henri II Plantagenêt[8]. Léticie lui survit quelques années[9].
Raoul IV Taisson, fils aîné, a deux frères, Roger, mort au plus tard en 1231, Jourdain, cité en 1188, et deux sœurs, Mathilde, qui épouse vers 1198 Guillaume de Soliers et Cécile, qui épouse Foulques III Painel[1],[3]. Raoul IV Taisson est condamné à payer une forte amende de 200 livres pour avoir conclu le mariage de Mathilde et de Guillaume de Soliers sans l'accord du duc de Normandie[10].
Un seigneur puissant
[modifier | modifier le code]Seigneur de Thury et de Saint-Sauveur[11],[12],[13], Raoul IV Taisson est un feudataire normand de premier rang. Il dirige quarante-cinq chevaliers et doit un service de quinze chevaliers[2],[13]. En héritant, par sa mère, de l'honneur de Saint-Sauveur, il hérite aussi du titre de vicomte, qui lui est attaché et qui correspondait à l'origine, à la fin du Xe siècle, à la vicomté du Cotentin. Raoul utilise ce titre de vicomte[14]. L'honneur de Saint-Sauveur n'est pas un bloc d'un seul tenant, mais un ensemble de dix-sept fiefs, dont trois châteaux, dispersés dans le Cotentin. Son siège, Saint-Sauveur-le-Vicomte, est au centre de ce territoire[15].
Il se croise en 1188[11] et fonde la même année le prieuré de La Colombe[1]. Il siège à l'Échiquier de Normandie en 1190 et figure ensuite dans l'entourage de Richard Cœur de Lion[16]. Il part à la troisième croisade avec Richard Cœur de Lion et participe au siège de Saint-Jean-d'Acre en 1191[17],[18]. Il est ainsi cité dans l'Estoire de la guerre sainte parmi les chevaliers qui assiègent Saint-Jean-d'Acre :
« E mes sire Raof Teissons
I vint, n'est dreit que lui leissoms[19],[17]. »
Raoul Taisson épouse Mathilde de La Lande-Patry[20],[3], fille de Guillaume Patric. Après la mort de son père et de son frère aîné en 1174 puis de son frère cadet Enguerrand vers 1190, Mathilde de La Lande-Patry devient l'héritière des biens familiaux, avec sa sœur Jeanne, mariée à Jean de Préaux[6].
Entre septembre et , Raoul Taisson conclut une concorde avec un autre seigneur, Guillaume de Roullours, devant le tribunal royal de l'Échiquier à Caen. Il obtient de Guillaume de Roullours qu'il lui redonne le village de Chênedollé[21]. Cette concorde est enregistrée dans un des seuls actes chirographes conservés en Normandie[22].
En [23], Jean sans Terre nomme Raoul Taisson sénéchal de Normandie[16],[11],[23],[13]. Il s'agit bien d'une nomination personnelle, cet office n'étant pas héréditaire en Normandie[24]. Raoul Taisson remplace dans cette charge un seigneur beaucoup moins puissant. Pour Jean sans Terre, la nomination de Raoul Taisson est un moyen de s'assurer du soutien de l'aristocratie normande[12],[25]. Pourtant, après la conquête de la Normandie par le roi de France Philippe II Auguste en 1204, Raoul Taisson, dont la plus grande partie des domaines se situe en Normandie, se rallie au nouveau pouvoir et Jean sans Terre lui confisque ses terres en Angleterre, des manoirs dans le Kent et le Nottinghamshire [26],[11],[27],[28].
Raoul Taisson meurt à la fin de l'année 1213 ou au début de 1214[16],[11],[3]. Sa veuve Mathilde se remarie avec le chevalier Guillaume de Milly[16].
Postérité et partage
[modifier | modifier le code]Raoul Taisson et Mathilde de La Lande-Patry ont quatre enfants[3] et laissent après eux trois filles, qui se partagent l'héritage de leurs parents[20] :
- Guillaume, mort avant 1213[3] ;
- Pétronille[3] ou Pernelle[20],[2], l'aînée, morte le [3], héritière des fiefs de Percy et de Haineville[20], épouse Guillaume Painel (mort en ) ; leur fils Raoul prend le nom de son grand-père maternel et devient Raoul V Taisson[20],[29],[30] ;
- Jeanne hérite du fief de Thury[20],[3] qu'elle apporte à la famille de Bricquebec par son mariage[20] avec Robert IV Bertran[2],[3] ;
- Mathilde[20],[3], morte en 1242[3], épouse Richard d'Harcourt (mort en 1236/1242)[20],[2],[3], qui devient seigneur de Saint-Sauveur après Raoul IV Taisson[20],[5].
Ce partage en trois lots est issu d'un arrêt de la cour de l'Échiquier de Falaise, à Pâques 1214, après une contestation du partage par Foulques Painel, au nom de son fils Guillaume[31],[32]. Cette décision est rendue en présence de quatre évêques, huit baillis royaux et vingt-et-un autres laïcs[33]. Chaque part est tenue directement du roi, et non de l'aîné de la famille[34]. Le conflit continue encore quelques années[35].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Delisle 1867, p. 36.
- Billoré 2014, p. 390.
- ↑ Delisle 1867, p. 31.
- Delacampagne 1982, p. 181.
- Billoré 2014, p. 88.
- ↑ Delisle 1867, p. 34.
- ↑ Delisle 1867, p. 32-34.
- ↑ Delisle 1867, p. 34-35.
- ↑ Billoré 2014, p. 208.
- Vielliard 2002, p. 49.
- Maïté Billoré, « La noblesse normande dans l’entourage de Richard Ier », dans Martin Aurell (dir.), La cour Plantagenêt (1154-1204) : Actes du Colloque tenu à Thouars du 30 avril au 2 mai 1999, Poitiers, Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, coll. « Civilisation médiévale » (no 8), , 380 p. (lire en ligne), p. 151–166.
- Billoré 2014, p. 222.
- ↑ Delacampagne 1982, p. 178.
- ↑ Delacampagne 1982, p. 181-182.
- Delisle 1867, p. 38.
- Vielliard 2002, p. 30.
- ↑ (en) Nick Hopkinson, « Ultra mare in servicio domini regis: English barons and the defence of Normandy, 1194–1204 », Historical Research, vol. 94, no 264, , p. 213–234 (ISSN 0950-3471, DOI 10.1093/hisres/htab010, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Ambroise, L'Estoire de la Guerre sainte : Histoire en vers de la troisième croisade (1190-1192), éditée par Gaston Paris, Paris, Imprimerie nationale, coll. « Collection de documents inédits sur l'histoire de France », (lire en ligne), p. 126.
- Delisle 1867, p. 39.
- ↑ Power 2010, p. 357.
- ↑ Power 2010, p. 359.
- Power 2010, p. 350.
- ↑ Billoré 2014, p. 221.
- ↑ Billoré 2014, p. 246.
- ↑ Delisle 1867, p. 37-38.
- ↑ (en) Tony K. Moore, « The Loss of Normandy and the Invention of "Terre Normannorum," 1204 », The English Historical Review, vol. 125, no 516, , p. 1071–1109 (ISSN 0013-8266, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Billoré 2014, p. 293.
- ↑ Billoré 2014, p. 38.
- ↑ Billoré 2014, p. 89-90.
- ↑ Billoré 2014, p. 324.
- ↑ Billoré 2014, p. 325.
- ↑ Billoré 2014, p. 90.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Maïté Billoré, De gré ou de force : L'aristocratie normande et ses ducs (1150-1259), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 443 p. (ISBN 978-2-7535-5959-2, DOI 10.4000/books.pur.49253, lire en ligne).
- Florence Delacampagne, « Seigneurs, fiefs et mottes du Cotentin (Xe – XIIe siècle). Étude historique et topographique », Archéologie médiévale, vol. 12, no 1, , p. 175–207 (DOI 10.3406/arcme.1982.1086, lire en ligne, consulté le ).
- Léopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, suivie de pièces justificatives, Valognes-Paris-Caen, Martin-Auguste Durand-Legost-Clérisse, , 710 p. (lire en ligne).
- .
- Daniel Power, « En quête de sécurité juridique dans la Normandie angevine : concorde finale et inscription au rouleau », Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 168, no 2, , p. 327–371 (DOI 10.3406/bec.2010.464056, lire en ligne, consulté le ).
- Françoise Vielliard, « Richard Cœur de Lion et son entourage normand : le témoignage de l'Estoire de la guerre sainte », Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 160, no 1, , p. 5–52 (DOI 10.3406/bec.2002.451090, lire en ligne, consulté le ).
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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