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Rasoi

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Rasoi

Réalisation Mario Martone
Scénario Mario Martone
Toni Servillo
Enzo Moscato
Acteurs principaux Toni Servillo
Enzo Moscato
Sociétés de production Teatri Uniti (it)
Pays de production Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Durée 55 minutes
Sortie 1993

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Rasoi est un moyen-métrage dramatique italien réalisé par Mario Martone et sorti en 1993.

Il s'agit d'une adaptation de la pièce de théâtre homonyme écrite par Enzo Moscato en 1991, qui met en vedette Toni Servillo et Moscato lui-même.

Rasoi est une œuvre hybride entre théâtre filmé et récit cinématographique, qui porte un regard à la fois lyrique et féroce sur la ville de Naples. Ce film se déploie comme une série de monologues, de chants populaires et de scènes allégoriques qui composent une sorte de rapsodie dramatique où la ville devient personnage central — à la fois muse et traîtresse, sublime et dégradée.

Le film s’ouvre sur l’auteur-narrateur assis devant un rideau de théâtre. Il annonce symboliquement sa propre mort : ce geste inaugural place d’emblée l’œuvre sous le signe de la fin, de la rupture et de la mémoire. À travers une première chanson, il introduit le scugnizzo (le gamin des rues), figure emblématique de la Naples populaire, qui livre une critique acerbe de la ville moderne, qu’il décrit comme un cloaque où toutes les révolutions semblent avoir été avalées et effacées.

Ce vase clos devient un théâtre de voix et d'individus hétéroclites. Un vagabond aveugle narre des pactes passés entre envahisseurs — d’abord les Espagnols puis les Français — et trois prostituées, parabole de compromis politiques et sociaux.

Des figures emblématiques de l’histoire et de la culture napolitaine surgissent ensuite. Maria Carolina, reine historique, intervient pour conseiller le détachement, le fatalisme et l’abandon comme moyens de survie existentielle. Par contraste, d’autres récits évoquent des atrocités sociales concrètes : la statue de la Vierge elle-même cite la terrible histoire de Palummiello, un jeune garçon agressé sur la plage de Procida, miracle marial qui apporte une voix sacrée à une violence profondément humaine.

Entre ces épisodes — parfois grotesques, parfois tragiques — surgissent des scènes plus contemporaines : un guappo (un caïd) prononce une invective furieuse contre la pègre moderne, accusée d’avoir transformé la jeunesse en une horde humaine violente et droguée. Cette figure finit par tomber, littéralement abattue, tandis que le scugnizzo réapparaît, annonçant l’aube qui s’élève sur une ville toujours en déclin.

La structure du film est volontairement fragmentaire : des voix se superposent, des récits historiques dialoguent avec des monologues contemporains, et chaque personnage — du roi obscène au cuisinier sarcastique — incarne une facette des dialectiques sociales, politiques et culturelles de Naples. Le film est à la fois une méditation sur la dégradation urbaine et sociétale et une célébration de la langue, de la musique et de l’énergie chaotique de la ville.

Par sa forme et son contenu, Rasoi refuse le réalisme traditionnel du cinéma Italien pour adopter une poésie dramatique crue : il confronte le spectateur à la misère, à la violence et à l’ironie d’une cité qui, malgré ses beautés, porte en elle une histoire d’oppression et de résilience. À travers des voix qui chantent, crient, prophétisent ou se lamentent, le film fait entendre l’âme fragmentée de Naples — un corpus sans cesse tiraillé entre histoire, mythe et brutalité contemporaine.

Fiche technique

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Distribution

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Notes et références

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  1. (it) « Rasoi », sur archiviodelcinemaitaliano.it (consulté le )

Liens externes

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