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Roger Blin

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Roger Blin
Nom de naissance Roger Paul Jules Blin
Naissance
Neuilly-sur-Seine, Hauts-de-Seine
Nationalité Française
Décès (à 76 ans)
Évecquemont, Yvelines
Profession Metteur en scène, acteur

Roger Blin est un acteur et metteur en scène français, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Évecquemont dans les Yvelines.

Homme de théâtre et de cinéma, il a monté de nombreuses pièces de Samuel Beckett, a fait découvrir Jean Genet au public français, et a tourné dans plus de 70 films.

Fils de Paul Alexis Jules Blin, médecin, et de son épouse Marthe Deguy, Roger Paul Jules Blin voit le jour le à Neuilly-sur-Seine dans le département de la Seine[1]. Après des études au collège Sainte-Croix de la ville, où il fait ses premiers pas sur scène en jouant un garçon tailleur dans Le Bourgeois gentilhomme de Molière, il suit des études supérieures à la Sorbonne qui le mènent jusqu'à une licence de lettres. C’est lors de cette période qu’il collabore à La Revue du cinéma comme critique de cinéma.

Les années Groupe Octobre et comme acteur

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Il fait quelques années plus tard la connaissance d’Antonin Artaud, qui le fait débuter au théâtre, au travers du Groupe Octobre. Dès lors, il fait la connaissance de Jacques Prévert, et travaille également avec Jean-Louis Barrault[2]. Après les émeutes "fascistes" de 1934, Artaud lui demande d’être son assistant pour Les Cenci, en lui offrant dans la pièce le rôle d’un sourd-muet. Cette participation aux pièces du Groupe Octobre se conclura par sa participation à leurs derniers spectacles, jusqu’à la dissolution de ce dernier en 1938. Pendant dix ans, il joue au théâtre, en partageant notamment la scène avec Maria Casarès et Gérard Philipe dans Les Épiphanies d'Henri Pichette en 1947, ainsi que dans plusieurs films, notamment dans Le Temps des cerises de Jean-Paul Dreyfus. Il intervient comme formateur dans le groupe Éducation par le jeu dramatique (EPJD) de 1948 à 1952 et y il anime des ateliers de théâtre[3].

Mises en scène : Samuel Beckett, Jean Genêt, théâtre politique

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À partir de 1949, Roger Blin dirige le théâtre de la Gaîté-Montparnasse, en tant que gérant. Tout en continuant les apparitions au cinéma, c’est en ces lieux qu’il fera ses trois premières mises en scène : La Lune dans le fleuve jaune de Denis Johnston, créé le  ; La Sonate des spectres d’Auguste Strindberg le et Le bourreau s’impatiente de Jean Silvant, créé le . La même année, il fait la rencontre de Suzanne Dechevaux-Dumesnil, future épouse de Samuel Beckett, qui confiera à Blin deux manuscrits de son compagnon : Eleutheria et En attendant Godot[2].

La rencontre avec le théâtre de Jean Genet a lieu à partir de 1959 avec Les Nègres que Blin crée avec une troupe d’acteurs noirs, Les Griots, et se poursuit en 1966 avec Les Paravents, pièce créée au Théâtre de l'Odéon[4]. Les représentations de la pièce donnent lieu à de violentes manifestations du groupuscule d'extrême droite Occident et d'anciens combattants d'Afrique du Nord et d'Indochine, et à des contre-manifestations animées par l’Union nationale des étudiants de France et des groupes d’étudiants d’extrême gauche. Le député du Morbihan Christian Bonnet réclame lors d'une intervention à l’Assemblée nationale la suppression de la subvention de l'État accordée au Théâtre de l'Odéon, ce qui est refusé par le ministre des Affaires culturelles André Malraux[5],[6].

Roger Blin, qui a signé en 1960 le Manifeste des 121, déclaration sur le « droit à l'insoumission » dans le contexte de la guerre d'Algérie, crée plusieurs pièces à caractère politique[6]. En 1968, il met en scène en Suisse au Théâtre de Lausanne avec la troupe du Théâtre de Carouge Les Charognards, une pièce de Robert Weingarten sur la guerre du Vietnam[7]. En 1976 il monte au Théâtre de la Cité internationale à Paris Boesman et Lena, pièce du dramaturge sud-africain Athol Fugard qui dénonce les conséquences de l'apartheid sur les sous-prolétaires noirs[8]. La pièce Minamata and Co. d'Osamu Takhahashi, créée au Théâtre de la Commune à Aubervilliers en 1978, porte sur une catastrophe écologique au Japon, le déversement de déchets de mercure dans la mer qui avait empoisonné plusieurs dizaines de personnes[9]

Plaque funéraire de Roger Blin au cimetière du Père-Lachaise (columbarium ; case n°536).

Dessinateur

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Dessinateur secret, Roger Blin a réalisé de très nombreuses œuvres sur papier[10],[11],[12]. Le Festival d'Avignon a rendu hommage à cet aspect de son travail en 1983 avec une importante exposition conçue par Alin Avila et Michèle Meunier à la Chapelle des Célestins.

Mort et hommages

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Roger Blin meurt le à l'âge de 76 ans[13]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (87e division, case no 536)[14].

La salle dite Petit-Odéon au Théâtre de l'Odéon à Paris, à l'origine un petit foyer ouvert sur le grand foyer du théâtre et transformé par la compagnie Renaud-Barrault en petit laboratoire de théâtre (un « laboratoire pour textes inédits, un théâtre intime pour création d'oeuvres nouvelles » selon Jean-Louis Barrault), est nommée Salle Roger-Blin ; elle prend en 2009 le nom de Salon Roger-Blin[15].

En 2002, l'actrice Hermine Karagheuz, qui a été la dernière compagne de Roger Blin, publie un livre à sa mémoire Roger Blin. Une dette d'amour[16].

Théâtre
Pièces radiophoniques

Metteur en scène

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reprise en 1968, Théâtre Alpha 347, Paris[26].
reprise en anglais en 1960 au Théâtre de la Renaissance, Paris, puis en anglais au Royal Court Theatre à Londres en 1961 avec des comédiens anglais.
puis Maison de la culture de Thonon et du Chablais, Thonon-les-Bains.
reprise en 1979 au Théâtre national de Chaillot, Paris[8].

Filmographie

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Co-réalisateur et co-scénariste

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le film ressort en 1980 dans une version achevée, la voix de Roger Blin y est conservée[38].

Télévision

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Discographie

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Roger Blin a enregistré dans les années 1960 un disque audio où il lit des nouvelles de Kafka, notamment Odradek et Le Pont, lecture que sa diction rend inoubliable.

Récompenses et distinctions

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Notes et références

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  1. Archives des Hauts-de-Seine, commune de Neuilly-sur-Seine, acte de naissance no 113, année 1907 (vue 50/225) (avec mention marginale de décès)
  2. a b c et d René Farabet 2008.
  3. Mathilde Dumontet 2018, p. 63-64, 228.
  4. Nicole Zand, « Entretien avec Roger Blin à propos des Paravents de Jean Genêt : "C'est une tragédie avec le langage du burlesque" », le Monde,‎ (lire en ligne).
  5. « La bataille des Paravents », le Monde,‎ (lire en ligne).
  6. a et b Olivier Neveux 2008.
  7. a et b Nicole Zand, « Les Charognards, de Robert Weingarten, présentés à Lausanne », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. a et b Michel Cournot, « " Boesman et Léna à Chaillot », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  9. Michel Cournot, « Minamata and Co. », le Monde,‎ (lire en ligne).
  10. Geneviève Breerette, « Les dessins de Roger Blin », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  11. « Roger Blin. Œuvres », sur Centre Pompidou.
  12. « Fonds Blin », sur www.nicolasblin.com.
  13. Nicole Zand, « Roger Blin. Le "découvreur" de Beckett et de Genet », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  14. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, , 867 p. (ISBN 978-2-914611-48-0), p. 127
  15. « Le Salon Roger-Blin », sur Théâtre de l'Odéon.
  16. Jean-Pierre Thibaudat, « Le prince Roger Blin salué par sa dame de coeur », Libération,‎ (lire en ligne).
  17. « Numance (Numancia) », sur scapin.aml-cfwb.be.
  18. « Les Possédés ».
  19. « Artaud Antonin – Pour en finir avec le jugement de dieu », sur Bibliothèque numérique romande.
  20. « Cycle Samuel Beckett proposé par Blandine Masson et Juliette Heymann », sur France Culture (consulté le ).
  21. « Samuel Beckett par Roger Blin » [vidéo], sur ina.fr, (consulté le ).
  22. « La Grande et la Petite Manœuvre aux Noctambules », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  23. Henry Magnan, « Roger Blin monte La Parodie d'Arthur Adamov », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  24. Claude Sarraute, « Marée basse, première pièce de Jean Duvignaud aux Noctambules », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  25. Claude Sarraute, « Samuel Beckett et Roger Blin disputent une Fin de partie », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  26. Nicole Zand, « Roger Blin reprend Fin de partie onze ans après sa création », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  27. Bertrand Poirot-Delpech, « Les Nègres, de Jean Genêt », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  28. Bertrand Poirot-Delpech, « Divines paroles, de Valle-Inclan », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  29. Colette Godard, « Cycle Beckett au Théâtre Récamier », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  30. Louis Dandrel, « Les vaches tristes de Dubillard », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  31. Bertrand Poirot-Delpech, « Macbeth vu par Roger Blin », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  32. Colette Godard, « En attendant Godot, à l'Odéon », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  33. Mathilde La Bardonnie, « Ai-je dit que je suis bossu ? de François Billetdoux », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  34. Agence Marée-Breyer, « 6 photographies couleurs du spectacle Le président », sur Gallica.
  35. Michel Cournot, « Triptyque de Max Frisch, à l'Odéon. La mort sous plusieurs angles », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  36. Mathilde La Bardonnie, « Théâtre. Rue noire à l'Épée-de-Bois. Ballade irlandaise », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  37. « Vagabonds imaginaires », sur EncycloCiné.
  38. Jean-Pierre Pagliano, Paul Grimault, Paris, Dreamland, (ISBN 2-910027-00-7), p. 65.
  39. C. F., « Le Petit Claus et le Grand Claus », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  40. G. P., « Drame. Mesure pour mesure », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  41. Colette Godard, « Théâtre : Roger Blin », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Bibliographie

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  • Odette Aslan, Roger Blin, qui êtes-vous ?, Paris, la Manufacture, coll. « Qui êtes-vous ? », , 358 p. (ISBN 2-7377-0226-7).
  • Mathilde Dumontet, La refiguration de l’humain sur scène : Roger Blin ou l’art de l’entre-deux. Étude des mises en scène par Roger Blin des pièces de Samuel Beckett et de Jean Genet (1953-1968) (thèse de doctorat en études théâtrales), Rennes, Université Rennes 2, , 2 vol. (419, 98 f.) (lire en ligne).
  • René Farabet, « Blin Roger », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 193-194.
  • Jean Genet, Lettres à Roger Blin, Paris, Gallimard, , 68 p. (ISBN 2-07-022726-X).
  • Sven Åke Heed, Roger Blin : metteur en scène de l'avant-garde (1949-1959), Circé, 1996, 153 p. (ISBN 2842420225 et 9782842420222)
  • Hermine Karagheuz (ill. Roger Blin), Roger Blin : une dette d'amour, Paris, Séguier Archimbaud, coll. « Carré récit », , 76 p. (ISBN 2-84049-316-0)
    Réédition aux éditions Ypsilon en 2021.
  • Olivier Neveux, « Blin Roger, Paul, Jules », dans Le Maitron, (lire en ligne Accès libre).
  • Geneviève Poujol (dir.) et Madeleine Romer (dir.), « Roger Blin », dans Dictionnaire de l'action culturelle et de l'éducation populaire, Paris, L'Harmattan, , p. 48.
  • Roger Blin, souvenirs et propos : recueillis par Lynda Bellity Peskine, Paris, Gallimard, , 330 p. (ISBN 2-07-070608-7).
  • (en) Mark Taylor-Batty, Roger Blin : collaborations and methodologies, Oxford, P. Lang, coll. « Stage and screen studies » (no 6), , 274 p. (ISBN 978-3-03910502-1).

Articles connexes

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Liens externes

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