Roger de Collerye
Roger de Collerye, dit Roger Bontemps (1470?-1540?)[1] fut un prêtre et secrétaire de l'évêque d'Auxerre, ainsi qu'un poète français. Probablement né en 1468 et mort après 1536[2], il est connu notamment pour ses épitres, satyres, rondeaux, ballades et dialogues dépeignant un personnage particulièrement bohème, contribuant à sa légende. L'expression Roger Bontemps présente dans la langue française lui serait attribuée.
Biographie
[modifier | modifier le code]Probablement né à Paris, aux alentours de 1470, il y obtient le grade de bachelier en décret. Il passe ensuite la majorité de sa vie à Auxerre. On dispose de peu de détails précis sur sa vie, et notamment de dates. Tout comme son « nom de guerre » Roger Bontemps l'illustre, cette présentation repose sur une vision sans doute assez romancée. Les historiographes le présentent comme un homme de l'humeur la plus joviale, malgré une vie de bohème assez pauvre[3].
En 1494, il est nommé secrétaire des évêques d'Auxerre, d'abord de Jean III Baillet, puis de François de Dinteville. Il aurait été chassé de son poste en 1530 ou 1531 à la mort de celui-ci par son successeur, l'évêque François II de Dinteville, de haut rang dans la cour de François Ier, ayant sans doute jugé Roger de Collerye « trop vieux d'âge et de littérature[4]».
Il aurait, après avoir dû quitter sa condition de secrétaire, été l'hôte du seigneur de Gurgy, (qu'il nomme «Bacchus » dans ses poèmes) dans une paroisse voisine de Regennes, le château des évêques d'Auxerre, puis de maître Huguet Tuillant où il aurait présidé une société facétieuse dont le ponte prenait le titre d'abbé des fous[5], sous le pseudonyme de Debride-gozier[6].
Il serait plus tard tombé amoureux d'une dénommée Gilleberte de Beaurepaire, pour qui il aurait composé des ballades, des épitres et des rondeaux. Pour lui plaire, il délaisse son style issu de la vieille poésie amoureuse, pour se tourner davantage vers l'école moderne, sans pour autant renoncer complètement à ses anciennes habitudes[7]. Il établit une correspondance avec Marot, probablement en 1532[8], qui était alors un poète reconnu par la cour et comme lui de l'école des vieux poètes français. D'après Charles d'Héricault, cette correspondance lui aurait valu une grande renommée dans le cercle littéraire d'Auxerre et auprès de Gilleberte. On suppose que cette correspondance le motive pour se rendre à Paris « la cité de grand renom » où il ne parvient pourtant pas à s'attirer une quelconque reconnaissance et y mène une vie modeste, où il connaît d'autres amours malheureux, ce qui l'aurait poussé à retourner à Auxerre[7].
Il décide alors de se rendre à Irancy, menant à nouveau, durant son voyage une vie pauvre. Il aurait alors connu plusieurs fois la maladie, ainsi que des problèmes judiciaires en raison de sa pauvreté. Il se serait, avec l'âge, progressivement retourné vers Dieu avant de mourir[7].
Ses œuvres ont probablement été publiées de son vivant, en 1536 à Paris chez la veuve du relieur et libraire Pierre Roffet sous le titre Les Oeuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris[9]. Elles ont été rééditées en 1855 par P.Jannet sous la direction de Charles d'Héricault qui y établit une biographie de la vie de Roger de Collerye[4]. En 1942, Fréderic Lachèvre fait publier chez l'editeur R. Clavreuil une plaquette tirée à 200 exemplaires comprenant 26 pièces et 13 épîtres inédites de Roger de Collerye, retrouvées parmi 40 autres présentes dans l'édition de 1536 dans un volume destiné à son ami et confrère d'église Pierre Grosnet[10]. En 1997, Sylvie Lécuyer lui consacre un volume intitulé Roger de Collerye - Un héritier de Villon [11]. Le Sermon pour une Nopce se lit aussi dans le recueil de sermons joyeux de Jelle Koopmans[12].
Collerye est l'auteur d'un certain nombre de pièces dramatiques (une « satyre », trois dialogues et trois monologues - dont le bien obscène Sermon pour une nopce, pour un prédicateur déguisé en femme), d'épîtres, de complaintes, de rondeaux, de ballades, d'epithetons ou dictions et d'épitaphes. Pierre Grognet le cite parmi les « bons facteurs ».
Edition des œuvres
[modifier | modifier le code]- Les Œuvres de maistre Roger de Collerye, Paris, Pierre Roffet, 1536 [1]
- Œuvres de Roger de Collerye : nouvelle édition, éd. Charles d'Héricault, Paris, P. Jannet, 1855 (« Bibliothèque elzévirienne », 17)[2]
- Frédéric Lachèvre, Roger de Collerye et ses poésies dolentes, grivoises et satiriques, Paris, Clavreuil, 1942 [3]
- Jean-Raymond Gosselin Roger de Collerye, Complainctes, ballades et rondeaux, thèse de doctorat Stanford University, 1969
- Sylvie Lécuyer, Roger de Collerye, un héritier de Villon, Paris, H. Champion, 1997[11]
- Dyalogue pour jeunes enfans.
- Monsieur de Delà et monsieur de Deçà.
- Le Résolu.
- Satyre pour les habitans d’Auxerre.
- Sermon pour une nopce.
- Dyalogue de Messieurs de Mallepaye et de Bâillevant
Postérité
[modifier | modifier le code]L'expression « roger-bontemps » est passée dans la langue française pour désigner une personne de belle humeur, un joyeux drille.
Roger Bontemps, ou la Fête des Foux, vaudeville en un acte, par Henri Dupin et Antoine-Pierre-Charles Favart, créé le 27 mars 1809 au Théâtre du Vaudeville.
En 1814, le poète français Pierre-Jean de Béranger écrit une chanson intitulée « Roger Bontemps ». [4]
Roger Bontemps, marche, pour orchestre, avec piano conducteur (1924) de Vladimir Dyck.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Notice d'auteur BNF : Collerye Roger de (lire en ligne)
- ↑ Maître Antitus, « MONOLOGUE DU RÉSOLU », sur Sotties et Farces, (consulté le )
- ↑ Grand dictionnaire universel du XIXe siècle: français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, etc, Lacour, coll. « Collection Rediviva », (ISBN 978-2-86971-193-8)
- Roger de Collerye, Oeuvres de Roger de Collerye (Nouvelle édition avec une préface et des notes), (lire en ligne)
- ↑ Maître Antitus, « POUR LES HABITANS D’AUXERRE note 147 », sur Sotties et Farces, (consulté le )
- ↑ Maître Antitus, « POUR LES HABITANS D’AUXERRE note 163 », sur Sotties et Farces, (consulté le )
- C.-D. d’Héricault, « Les Poètes bohêmes du XVIe siècle - Roger Bontemps », Nouvelle période, , p. 1145–1178 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Jean-Charles Monferran, « "Chantons Noël" (à propos de la ballade XI de L’Adolescence clémentine) », Babel [En ligne], Hors-série Agrégation | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2019, consulté le 05 mars 2026. URL : http://journals.openedition.org/babel/5669 ; DOI : https://doi.org/10.4000/babel.5669 », sur journals.openedition.org (consulté le )
- ↑ Roger de Collerye, Les Oeuvres de maistre Roger de Collerye homme tres savant natif de Paris. Secrétaire de feu monsieur Dauxerre lesquelles il composa en sa jeunesse. Contenant diverses matières plaines de grant recreatiom [sic] & passetemps, desquelles la declaration est au second feuillet., Paris, Pierre Roffet, (lire en ligne)
- ↑ Roger de Collerye et ses poésies dolentes, grivoises et satiriques : un émule de Coquillart / augmentées d'inédites, publiées avec sa biographie par Frédéric Lachèvre ; et suivies du traité de Pierre Grosnet, De la louange et excellence des bons facteurs (1533), (lire en ligne)
- Sylvie Lécuyer et Roger de Collerye, Roger de Collerye: un héritier de Villon, H. Champion ; Slatkine, coll. « Bibliothèque du XVe siècle », (ISBN 978-2-85203-634-5)
- ↑ Recueil de sermons joyeux, Librairie Droz, (ISBN 978-2-600-02629-1)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- [5] Roger-bontemps dans le Littré
- Maurice Allem, Anthologie poétique française : XVIe siècle, t. I, Paris, Garnier-Flammarion, , 383 p. (Anthologie poétique française, XVIe siècle sur Google Livres)
- Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Roger de Collerye » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (lire sur Wikisource)
- Sylvie Lécuyer, Roger de Collerye. Un héritier de Villon, Paris, Champion, 1997
- Recueil de sermons joyeux. Edition critique par Jelle Koopmans, Genève, Droz, 1988 no. 21 (Sermon pour une nopce)
- Kilien Stengel, Poètes du vin, poètes divins, préface de Jean-Robert Pitte, Paris, collection Ecriture, Éditions de l'Archipel 2012, 280p.
- Le Monologue du Résolu.
- Sermon pour une nopce.
- Satyre pour les habitans d’Ausserre.
- Dyalogue pour jeunes enfans.
- Charles d'Héricault, Les Poètes bohêmes du XVIe siècle - Roger Bontemps, Revue des Deux Mondes, Nouvelle période, tome 15, 1852 (p. 1145-1178)
- Jean-Charles Monferran, « "Chantons Noël" (à propos de la ballade XI de L’Adolescence clémentine) », Babel [En ligne], Hors-série Agrégation | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2019, consulté le 05 mars 2026. URL : http://journals.openedition.org/babel/5669 ; DOI : https://doi.org/10.4000/babel.5669