Rouchi
| Rouchi Rouchy, Drochy, Chti | |
| Pays | |
|---|---|
| Région | Flandre wallonne Hainaut Cambrésis Tournaisis |
| Nombre de locuteurs | Incertain |
| Typologie | SVO |
| Écriture | Alphabet latin |
| Classification par famille | |
| Échantillon | |
| Extrait d'un poème en rouchi de la région de Denain[1] : L’aut’ jour, j’rinte à la maison in arvénant d’l’ouvrache. Traduction : L'autre jour, je rentre à la maison en revenant du travail.Je vois mon père arriver, plus triste qu'un chien perdu, Plus constipé qu'une poule qui n'aurait pas pondu. Écoutez, c'est bien simple, je voyais bien qu'il broyait du noir. |
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| Carte | |
Aire de diffusion du Rouchi en orange. | |
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Le rouchi ou rouchy, parfois appelé le flamand roman[réf. nécessaire], est une variété locale du picard en usage dans la région de Valenciennes, jusqu'aux alentours de Saint-Amand, Lille, Tournai, Cambrai et Douai[2].
Il existe des documents anciens écrits dans cette variété dialectale au Moyen Âge : les Serventois et sottes chansons[3] (XIIIe siècle), la Chronique de Flandres[4] (XIVe siècle) mais l'œuvre vedette, de valeur mondiale, est le Mirouer des simples ames anienties et qui seulement demourent en vouloir et desir d’amour (Miroir des âmes simples et anéanties) de Marguerite Porête (années 1290)[5].
Définition
[modifier | modifier le code]« Quant à l'orthographe rochi, elle est conséquente avec la prononciation valenciennoise, où l'on dit drochi, origine du mot ; ce n'est qu'à la campagne qu'on prononce drouchi, qui signifie en cet endroit, d'où par aphérèse on a fait rouchi, et cette prononciation a prévalu[6]. »
Selon Gabriel Hécart, Rouchi, désigne « le parler d'ici ».
Le rouchi est classé en tant que variété du picard, malgré de nombreuses différences avec les autres parlers picards. Ainsi, dans le Glossaire étymologique et comparatif du patois picard, ancien et moderne de 1851, le rouchi y est dissocié du picard et du wallon, et y est décrit comme étant parlé à Valenciennes, Saint-Amand, Bouchain, Bavay, Maubeuge, Avesnes, Cambrai, Douai et Lille. Dans le Dictionnaire Rouchi-Français de 1834, le rouchi y est présenté comme le parlé de Valenciennes, Saint-Amand, Lille, du Tournaisis, Bouchain, Cambrai, Douai et Quiévrain[2].
Selon Charles Guerlin de Guer, le rouchi est un compromis entre les parlers wallons et picards du sud comme l'artésien[7].

En l'an ki fu de l'Incarnation Nostre Signeur...
BNF, ms. français 2633, f. 7v, XIIIe siècle.
On retrouve, dans le rouchi, des traces des langues allemande et flamande dont quelques expressions ont obtenu parmi nous le droit de bourgeoisie ayant été apportées, les premières par les causes indiquées les secondes par des Croisés, par des Templiers et par les nombreux pèlerins qui ont visité le tombeau du Christ à différentes époques[8].
Phonologie
[modifier | modifier le code]Le Rouchi se démarque des autres parlers picard par le passage du tch à k (un tchien devient un kien)[9], ou par la transformation du w transformé en o dans les terminaisons à l'imparfait comme pour le verbe avoir[2] (avoér devient avos). A l'intérieur d'un mot, la diphtongue française oy, se fractionne en rouchi en une voyelle o (loyer devient loïer)[9].
Lorsque le c se prononce comme k, on le trouve en rouchi comme en latin, alors que le français a palatalisé en ch[10] :
| Latin | Rouchi | Français |
|---|---|---|
| cantare | canter | chanter |
| cantellus | cantiau | chanteau |
| carbo | carbon | charbon |
| catus | cat | chat |
| cathedra | cayère | chaise |
| cadot | ||
| vacca | vaque | vache |
Ce k a pu aussi être gardé du francique (klinka, clinque, clenche)[10].
Variétés
[modifier | modifier le code]Le rouchi ne forme pas un dialecte totalement homogène. Il présente de nombreux parlers spécifiques :
- le kimberlot ou camberlot, variété rouchi du Cambrésis[11] qui se rapproche du picard du sud[2] ;
- le gommegnion, parler de Gommegnies[12] ;
- le tournaisien, variété du Tournaisis[13] ;
- le pecquois, dialecte de transition entre le rouchi et les variétés circum-lilloises, proche des parlers de Tournai, Roubaix et Mouscron[14] .
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Jean-Luc Menet, « L’accidint »
- Gabriel Hécart, Dictionnaire Rouchi-Français de 1834 (lire en ligne)
- ↑ Gabriel Hécart 1834
- ↑ Jean Alexandre Buchon 1861, p. 601
- ↑ « Marguerite Porète, pour l’amour de Dieu et contre la fureur de l’Inquisition », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Frédéric de Reiffenberg 1829-1831, p. 377
- ↑ Charles Guerlin de Guer, Les écrivains patoisants du Nord de la France (lire en ligne), p3
- ↑ Gabriel Hécart, Dictionnaire Rouchi-Français de 1834, p16
- Jean Dauby, Le livre du "rouchi", parler picard de Valenciennes (lire en ligne)
- Jean Dauby, Le livre du "rouchi", parler picard de Valenciennes, p26
- ↑ Jacques Chaurand, Le dialecte, langage de la parodie : l'Alside de Jean-Noël Carion (lire en ligne)
- ↑ Gilles Deregnaucourt, « Parlers et traditions du Nord, I,1980 », Revue du Nord, vol. 63, no 251, , p. 1100–1102 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Louis BONNET, Le Dictionnaire tournaisien
- ↑ « Commune de Pecq »
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Gabriel-Antoine-Joseph Hécart (Éditeur scientifique), Serventois et sottes chansons : couronnés à Valenciennes, tirés des manuscrits de la Bibliothèque du Roi (3e éd. rev. et corr. sur le manuscrit, et augmentée d'un dialogue en dialecte rouchi du XVIe siècle), Paris, J.-Albert Mercklein, (BNF 35805388)
- Gabriel-Antoine-Joseph Hécart, Dictionnaire rouchi-français (Reprod. de la 3e éd. de : Valenciennes : Lemaitre, 1834 (XVI-496-8 p.)), Paris, France-expansion, coll. « Archives de la linguistique française » (no 196), , 6 microfiches de 98 images ; 105 x 148 mm (BNF 35154071)
Dictionnaire rouchi-français sur Gallica - Jean Dauby et Musée de Picardie (Amiens) (Éditeur scientifique), Lexique rouchi-français : Suivi de : Au long d'un an, poèmes en dialecte rouchi, Amiens, Musée de Picardie, coll. « Société de linguistique picardie » (no 7), , Gr. in-8° (25 cm), 121 p. (ISSN 0583-8355, BNF 32974991)
- Jean Dauby et Musée de Picardie (Amiens) (Éditeur scientifique), Le Livre du rouchi, parler picard de Valenciennes, Amiens, Musée de Picardie, coll. « Société de linguistique picardie » (no 17), , 417 p. : ill. ; 24 cm (ISSN 0583-8355, BNF 34648664)
- Jean Dauby et Musée de Picardie (Amiens) (Éditeur scientifique), Complément au Livre du rouchi, parler picard de Valenciennes, Amiens, Musée de Picardie, coll. « Société de linguistique picardie » (no 25), , 78 p. (ISSN 0583-8355, BNF 34749163)
- (en) Olivier Chatelain, Valeur et identite de la langue Picarde et de son dialecte Rouchi (Thèse), Louisiana, M.A. University of Southwestern, (OCLC 42056245)
- Frédéric Auguste Ferdinand Thomas de Reiffenberg (Éditeur scientifique), Nouvelles archives historiques des Pays-Bas : n° 1, juillet 1829, Bruxelles, 1829-1831, 3 vol. in-8° (BNF 31191510)
Nouvelles archives historiques des Pays-Bas sur Google Livres - Jean Alexandre Buchon (Éditeur scientifique), Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire de France : avec notices littéraires, Paris, bureau du "Panthéon littéraire", , 1 vol. (XLVII-704 p.) ; gr. in-8 (BNF 30172601)
Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire de France - Chronique inédite de Flandres sur Gallica
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Picard-rouchi, le site de l'association Georges Fidit de Valenciennes », sur www.picardrouchi.com (consulté le ).
- « Cours de rouchi », sur miely.pagesperso-orange.fr (consulté le ).
- « Lexique du bâtiment et de la maison en rouchi, par Jean Dauby », sur www.pierreseche.com (consulté le ) Tiré d’Études et recherches sur Saint-Amand-les-Eaux et sa région, n° 9, 1987, p. 1-9.