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Tasse

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Tasse à 2 anses sur petit pied, avec couvercle.
Tasse à chocolat, Porcelaine chinoise et argent, XVIIe siècle.
18 tasses et sous-tasses de styles différents, superposées en groupe de deux, sur 3 rangées.
Des tasses : des formes, matières et styles différents.

Une tasse est un petit récipient individuel, à fond plat ou sur pied bas, muni d'une seule anse latérale généralement verticale, permettant de boire une boisson chaude (café, thé, chocolat, lait, flat white, infusions, tisanes, etc.). Souvent en faïence ou en porcelaine, plutôt cylindrique pour le café et évasée pour le thé, elle est généralement accompagnée d'une soucoupe assortie, dite sous-tasse[1].

Tasse et sous-tasse peuvent faire partie du service de table qui comporte généralement un pot à lait et un sucrier outre la cafetière, la théière, la chocolatière. Ce sont aussi des pièces du déjeuner.

En fonction du liquide que l'on boit, le nom ou de la tasse se précise : tasse à café, à thé, à chocolat, à lait. Certaines tasses sont aussi nommées en fonction de leur dimension ou de leur forme[1].

Étymologie et langage courant

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« Tasse » est issu de l’occitan tassa ou de l’italien tazza, emprunts à l'arabe ṭāsa طاس, lui-même du persan ṭās طاس « tasse, bol »[2]. Le mot est introduit en français à la faveur de l'importation de poteries orientales, notamment en provenance de Tyr ; rare avant le XIVe siècle, il désigne une coupe à boire[3].

Par métonymie, le terme désigne le contenu de la tasse à partir de 1547 : la tasse de thé pouvant être servie dans une tasse destinée à une autre boisson. Dans le langage populaire, découle de la tasse, par comparaison, l'expression Ouvrir des yeux comme des tasses. Si boire une tasse avec quelqu'un correspond à prendre un verre (de boisson) en compagnie, boire la/une tasse indique qu'on avaler de l'eau lorsqu'on se baigne ou encore qu'on perd de l'argent, qu'on échoue ; ; la grande tasse désignant la mer, boire à/dans la grande tasse signifie se noyer[4]. Alain Rey précise que boire la tasse a remplacé la locution présente déjà en 1794 boire à la grande tasse (manquer de se noyer)[5].

En argot, tasse désigne l'urinoir « probablement par extension du sens populaire de pot de chambre, d'où la locution prendre une tasse « aller uriner » »[5].

Le préférence pour un type de boisson a donné la locution familière ce n'est pas ma (ta/sa/leur) tasse de thé pour ce n'est pas ce qui m/t/l/les 'intéresse[6].

Les objets de fouille démontrent que des tasses à anse ont existé, dans plusieurs continents, certaines remontant à la haute Antiquité :

Il est cependant fréquent de lire que les premières tasses datent de l'invention de la porcelaine au début de la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.), leur usage passant par la Perse puis dans le monde arabe avant d'arriver en Europe — « Cet objet spécialisé est, sans conteste, d’origine chinoise. La tasse est fille de la consommation de thé[7] » —, que la porcelaine chinoise, fort chère, est partiellement remplacée par la faïence, d'autant que l'habitude de boire du café s'y répand et que celui-ci est servi quasiment bouillant ce qui oblige à placer le contenant, alors sans anse, dans un appareillage pour éviter de se bruler les doigts[7] et qu'au XVIIIe siècle européen, les fabricants de céramique intègrent une anse à la tasse[7].

Usages de la tasse et de la soucoupe

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Une femme utilise une tasse pour remplir des pots.
Autre usage de la tasse, Frederick Daniel Hardy, 1864.

L'usage essentiel de la tasse facilite essentiellement la prise de la boisson qu'on y verse pour l'avaler. Un usage accessoire a transformé la tasse en un récipient doseur dans les foyers domestiques car il est plus simple de l'utiliser, sachant qu'il faut tel nombre de tasses de farine, de sucre, etc. par rapport à un certain nombre d'œufs par exemple, que d'utiliser une balance dont le foyer ne dispose peut-être pas. Également mesure de la ration du matelot européen, la tasse devient une unité de mesure officielle dans les pays anglo-saxons, et y reçoit son symbole « c pour cup ».

Un homme émacié portant un grand turban rose foncé, tient en main un soucoupe plein de thé.
Boire le thé en soucoupe, Rajasthan, 2011.

La soucoupe est destinée à stabiliser la tasse, à recueillir le liquide qui déborderait de celle-ci et à poser la cuiller sans risquer de salir nappe ou meuble. Certaines personnes l'utilisent différemment : pour y faire brûler de l'eau-de-vie, ou comme récipient pour leur boisson. En attestent Louis-Nicolas Bescherelle[8], et Pierre Larousse citant Gilles Ménage, grammairien fréquentant la haute société française du XVIIe siècle, qui a décrit un homme insolent (au sens de in solens, non habituel, contraire à l'usage), d'une classe sociale différente : « Un homme insolent, c'est l'abbé X…, qui, soupant hier chez madame Cornuel, attacha sa serviette à un bouton de sa soutane au lieu de la déployer sur ses genoux, demanda de la soupe au lieu de potage, du bouilli au lieu de bœuf, coupa son pain en menus morceaux au lieu de le rompre comme tout le monde, versa son café dans la soucoupe au lieu de le boire dans la tasse, etc., etc. »[9].

Matières des tasses

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Outre la porcelaine et la faïence, la tasse se décline dans d'autres matières : terre cuite émaillée, grès, étain, verre, fer-blanc, acier inoxydable, plastique.

Variété des modèles et des dénominations

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En fonction du liquide que l'on boit, le nom de la tasse se précise : tasse à café, à thé, à chocolat, à lait. Certaines tasses sont aussi nommées en fonction de leur dimension ou de leur forme[1].

Tasse sans anse

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Les tasses sans anses ont continué d'exister jusqu'au XXIe siècle, soit simple petit bol, soit petite jatte comme la copète wallonne[10], soit récipient posé dans un zarf (ou zarph) en forme de coquetier sur pied, ou placé dans un porte-tasse sans pied. Catherine Arminjon et Nicole Blondel indiquent aussi l'existence de tasse de chasse, tasse de soldat, tasse de poche, récipients assez bas, ronds ou ovales, sans anses[1]. La tasse de voyageur ne comporte pas d'anse, à proprement parler mais parfois une petite poignée.

Tasse trembleuse

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à g. tasse à 2 andses et couvercle posée dans le support de céramique ajourée fixé au centre de la soucoupe ; à dr. tasse à une anse et couvercle enfoncée dans le haut creux du centre de la soucoupe.
Les deux systèmes de trembleuses.

La trembleuse, bien ancrée dans sa soucoupe, semble avoir été principalement utilisée pour boire le chocolat, liquide qu'il fallait remuer[1].

Deux systèmes rivalisent :

  • soit la soucoupe présente un haut support de céramique en son centre où l'on pose la tasse (à g. de l'illustration) ;
  • soit le centre de la soucoupe comporte un creux dans lequel vient s'emboiter le dessous de la tasse (à dr. de l'illustration) .

L'origine de ces tasses est espagnole.

Tasse de malade

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Tasse avec goulot en forme de tête de canard, porcelaine blanche.
Canard en forme de canard, XIXe siècle.

La tasse utilisée pour abreuver les malades alités diffère en forme et en nom. Elle est munie d'une anse pour la préhension par le soignant et d'un long bec verseur à glisser entre les lèvres du malade pour éviter le débordement du liquide. L'analogie du bec verseur et du bec de l'oiseau aquatique palmipède fait nommer « canard » cette sorte de biberon[11]. Le canard était généralement en faïence jusqu'à la fin du XXe siècle où ce matériau a été remplacé par du plastique.

Tasse à moustache

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Vue plongeante sur une tasse dont l'ouverture est limitée par une barrette de porcelaine horizontale où se pose la moustache.
Tasse à moustache pour droitier.

Vers la fin du XIXe siècle est créé un modèle de tasse à destination des personnes qui portent la moustache. Un rebord à l'intérieur du récipient empêche le liquide d’atteindre la pilosité du buveur[12]. Les tasse à moustache pour gauchers sont appréciées des collectionneurs.

Tasse chique

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Cette appellation marque la tasse à café de la plus petite espèce[1], d'une très faible capacité, appelée parfois aussi demi-tasse ou tasse à moka car on y servait le café moka de Mokha. Elle sert surtout depuis le XXe siècle à servir l'expresso et le ristretto.

Tasse litron

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Tasse cylindrique et sa sous-tasse, dessin noir sur fond blanc.
Une tasse litron.

À l'opposé de la tasse chique, la tasse litron se présente comme un cylindre en céramique à fond plat, de 6 à 17 cm de haut, qui peut être couvert ou non et posséder une anse ou pas. Cette tasse est souvent assortie à une soucoupe à fond plat avec de haut bords obliques[1].

Devant sa soucoupe, une tasse blanche et or, à couvercle, montre des gens travaillant au bord de l'eau.
Tasse à la reine (à bouillon), 1832, scène Les tanneurs en deuil d'après un tableau d'Adolph Schroedter.

Ce nom a été donné par la manufacture de Vincennes vers 1752 à une tasse créée par l'orfèvre Jean-Claude Duplessis (en référence au latin litra qui exprime une unité de mesure)[13].

Tasse à la reine

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Un rien moins haute (environ 15 cm.), la tasse à la reine ressemble à la tasse litron par son volume cylindrique. Faite de porcelaine ou de faïence, accompagnée de sa soucoupe assortie, elle comporte souvent un couvercle et un ou deux anses latérales verticales. Ses surnoms indiquent son usage : tasse à lait, tasse à bouillon[1].

Ce format cylindrique avec présence d'une ou plusieurs anses rappelle la chope, la moque plus petite, le mether et le tyg, mais l'usage en diffère car ces récipients ne sont normalement utilisés que pour le service de boissons froides.

Une sorte de chope dite mug en anglais, cependant, utilisée sans sous-tasse, servait à boire, en Amérique du Nord uniquement, des liquides chauds. Mug, devenu dans la francophonie un anglicisme lexical, a définitivement remplacé la dénomination tasse à la reine à la fin du XXe siècle.

Tasse et filtre superposé en céramique brune avec sous-tasse et couvercle jaune
Tasse-filtre en céramique, Pays-Bas, 1962-1975.
Dessin d'une tasse avec sa sous-tasse au centre d'un appareillage en fil de fer métallique qui supporte au-dessus d'elle un cône renversé où se trouve un filtre à café qui s'égoutte doucement.
Filtre pour tasse à café, 1868.

Tasse-filtre

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Au XIXe siècle apparait la tasse-filtre, composée d'un ensemble tasse, filtre superposé, couvercle et sous-tasse en porcelaine ou faïence, plus stable que le système d'appareillage précédemment utilisé pour préparer une portion individuelle de café ou de tisane[1].

Elle est encore en usage à la fin du XXe siècle.

Tasse qui n'en est pas

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Trois coupelles : une avec anse, une avec poucier, une avec une courte poignée ouvragée.
Tastevins en métal argenté, avec poucier à g.

Tastevin (de taster/tâter donc gouter le vin) ou tâte-vin ou encore goute-vin est le nom du petit récipient bas et circulaire de 9 à 10 cm de diamètre, en argent ou métal argenté, parfois en céramique, verre ou bois, muni d'une anse ou d'un anneau vertical ou horizontal qui sert à gouter ou mirer le vin ou le cidre. L'anse verticale peut être surmontée d'un petit disque pour l'appui du pouce.

C'est par glissement sémantique que le tastevin est devenu tasse à vin dans le langage courant alors que l'objet n'est pas une tasse puisqu'il ne contient qu'un liquide froid[14].

Du XVIIIe siècle au début du XXe siècle, les fabricants de tasses en porcelaine ont créé des décors raffinés sur de très nombreux thèmes. Exemples :

Dans la culture

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Le thème de la tasse a été utilisé dans divers domaines des arts et de la vie courante, par exemple :

À l'angle d'un bâtiment, la rembarde des balcons des étages est en forme de demi-tasse.
Des balcons à Tokyo.

La tasse chinoise est interprétée par un contralto dans L'Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel (1919-1925).

Anne Renée interprète la chanson Il est là, mon enfant / Sur le bord de ma tasse de café en mars 1974.

Architecture

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Les cinq étages du bâtiment Niimi Tableware de Tokyo comportent chacun un balcon, bleu aux 1er et 5e étages, blanc aux 2e et 4e, rouge au 3e en forme de tasse et sous-tasse.

Le Déjeuner en fourrure de Meret Oppenheim, créé en 1936, est constitué d'une tasse et de sa sous-tasse.

Se détachant sur un fond sombre, 3 éléments distincts attirent le regard : à gauche des citons sur un plateau, au centre un panier en osier avec des oranges et des fleurs, à dr. un plateau avec une rose et une haute tasse à deux anses.
Zurbarán : nature morte avec tasse.

Dès le XVIIe siècle, la tasse est un élément des compositions picturales et intervient souvent dans le nom de l'œuvre :

Une femme en longue robe, tablier et coiffe, portant une haute hotte sur le dos se repose en buvant un café.
Une botteresse, hotteuse liégeoise.
Vu de dos, un bonhomme, coiffé d'une tasse qui déborde de café, gambade joyeusement face à un incendie.
Le Coffee Man, parodie des super-héros.

Littérature

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Il en va de même pour

Bande dessinée

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La tasse constitue la coiffure du héros de Too Much Coffee Man, de Shannon Wheeler, (ca 1990).

Extrait du Voyage de Gulliver.

Cinéma et vidéo

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La tasse joue son rôle dans

La « tasse d'or », trophée du « Festival international de café-théâtre » créé par Jean-Pierre Carriau à Cannes en 1979, a été attribuée d'abord à Philippe Caubère puis à, notamment, François Rollin, Jean-Jacques Vanier, Dany Boon. Ce festival est devenu en 1994 « Performance d'acteur »[15].

des adultes et des enfants sont assis dans de grandes tasses blanches avec décor bleu, rose ou turquoise.
Avant que le plateau du manège ne bascule.

Attractions et jeux

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La tasse donne son nom au Chien tasse de thé.

Notes et références

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  1. a b c d e f g h et i Arminjon et Blondel 1984, p. 192-197.
  2. « tasse : Étymologie de tasse », sur Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le )
  3. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, (ISBN 978-2-85036-563-8, OCLC 40539179, lire en ligne)
  4. « Entrée Tasse », Page du portail lexical, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales, (consulté le )
  5. a et b Rey 2006, p. 3766.
  6. .cf. CNRTL.
  7. a b et c Christian Grataloup 2020, p. 37-41.
  8. Louis-Nicolas Bescherelle, Dictionnaire national : ou Dictionnaire universel de la langue française (…), t. II, Paris, Garnier Frères, , p. 1349.
  9. Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, t. 1, Paris, Librairie classique Larousse et Boyer, , p. LXI (préface).
  10. Jean Haust, Dictionnaire liégeois, t. 2, Liège, Vaillant-Carmanne, , 736 p., p. 163.
  11. CNRTL, entrée canard en ligne.
  12. « Les tasses dites « à moustache » », sur sarreguemines-passions.fr (version du sur Internet Archive).
  13. Antoinette Faÿ-Hallé, De l'immense au minuscule. La virtuosité en céramique, Réunion des musées nationaux, , p. 10.
  14. Arminjon et Blondel 1984, p. 186.
  15. Michèle Bourcet, « Performance d’acteur : l’autre festival de Cannes fête ses 40 ans », Télérama, Paris, Groupe le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

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  • Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, t. 2, F-Pr, Paris, Le Robert, , 2910 p. (ISBN 2-84902-249-7), p. 2198.
  • Christian Grataloup, « Boire quotidiennement la tasse », La Géographie, no 1576,‎ , p. 37-41 (lire en ligne, consulté le ).
  • Catherine Arminjon et Nicole Blondel, Principes d'analyse scientifique : Objets civils domestiques. Vocabulaire, Paris, Ministère de la culture, Imprimerie nationale, , 444 p., p. 192-197.

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Articles connexes

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Liens externes

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