Vue latérale en perspective de la presse, gravure d'Abraham Bosse illustrant son ouvrage Livret sur la gravure, traitant de l’art de la gravure, notamment : la gravure du cuivre à l’eau, la préparation de l’eau et des milieux de gravure durs et mous… (1689)[a].
Les techniques d'impression existent depuis l'apparition de l'imprimerie sur tissu, au VIe siècle ; si les Japonais et les Chinois semblent avoir été les premiers à trouver des techniques pour reproduire des images, ce n'est qu'au XIVe siècle que des techniques de l'estampe en tant que telles apparaissent en Occident[1].
Généralement inspirées des techniques d'orfèvrerie, avec des procédés tels que le burin, qui ont été utilisés depuis le XIe siècle, et regroupés en deux familles de techniques de gravure — la taille d'épargne et la taille-douce —, auxquelles on ajoute l'impression à plat, les techniques de gravure et d'impression ont sans cesse évolué au fil du temps, grâce à des artistes qui cherchaient les perfectionner ou à innover, de même que les supports (métal, bois, etc.)[1].
Les techniques d'impression en relief sont les plus anciennes du fait que l'impression en relief est « le plus proche parent du dessin et de l'écriture » : en effet, le support d'impression est celui qui porte la couleur, tout comme le crayon et la plume[2]. Leur datation est imprécise ; les plus anciens documents européens connus datent du XIVe siècle : ces gravures sur bois sont cependant si bien exécutées que l'on suppose que la technique est plus ancienne encore[2].
Dans la xylographie, les artistes ont d'abord davantage une fonction d'artisan, qui champlève le dessin fait par un artiste (différent, au début) à même le bois. Cette gravure s'effectuant suivant le sens du fil de la fibre du bois (dans le sens de l'arbre), on l'appelle la gravure au bois de fil[3]. Le graveur est donc confronté à la difficulté de s'adapter aux irrégularités de la contexture de la planche, et le support peut être endommagé pendant la phase de gravure[3]. Le xylographe détoure le dessin avec un canif, avec une petite lame triangulaire taillée en biseau et fixée sur un manche cylindrique en bois. Il taille le bois en V pour créer le creux qui accueille l'encre. Pour ménager les zones blanches, le graveur utilise d'autres outils : la gouge, les fermoirs, les ciseaux et le butavant[4].
L'impression se fait au moyen d'une presse en bois, en fait un simple pressoir adapté. Différents modèles de presse typographique à bras en bois sont expérimentés jusqu'à ce que Charles Stanhope invente en 1795 une presse en fer qui porte son nom est deviendra le nouveau standard[5].
La gravure en bois de bout, qui consiste à graver des planches coupées de façon transverales — « en bois debout » —, n'est utilisée pour la première fois en Angleterre qu'en 1775, quinze ans après son invention en France par le cartier lyonnais Foy[6]. Les outils les plus utilisés sont les burins et les échoppes[7].
La gravure en camaïeu apparaît dès le XVIe siècle sur bois de fil avant de fonctionner également sur bois de bout. Elle consiste à imiter en ton sur ton les bas-reliefs taillés : elle diffère de la gravure sur bois classique par la couleur de l'encrage et par le petit nombre de planches nécessaires en plus de la matrice de base[8].
Pour réaliser des gravures en couleur, il faut graver une planche par couleur fondamentale, qu'il peut aussi superposer lors de l'impression pour en créer d'autres. Les trous faits dans le papier par les picots servent de repères pour que les différentes planches soient superposées correctement[9].
Presse à platine, où le papier est pressé contre la forme imprimante plane par une surface métallique plane : la platine[10]
Machine en blanc, où un cylindre presse le papier sur la forme imprimante plane (ce sont celles qui ont le meilleur rendement)[10]
Rotative, où l'impression est effectuée cylindre contre cylindre, dont l'un est la forme imprimante et l'autre guide et presse le papier sans fin contre le premier (ce sont celles qui sont utilisées pour l'impression des journaux)[10]
Tirage au frotton : il est possible d'imprimer des matrices gravées en relief sans utiliser une presse, par simple frottage[11]
La linogravure est une technique de gravure en taille d'épargne (technique consistant à enlever les blancs ou « réserves » du résultat final, l'encre se posant sur les parties non retirées, donc en relief, le papier pressé sur la plaque conservant l'empreinte de l'encre), proche de la gravure sur bois, et se pratique sur un matériau particulier, le linoleum[12].
La linogravure et la gravure au criblé ne permettant pas des traits suffisamment fins, le métal remplace souvent le bois (par exemple, pour les initiales, les vignettes et les bordures des livres d'heures italiens et français de la fin du XVe siècle[13].
Estampe en couleur de Malo-Renault, méthode par repérage, pointe sèche (1910)La gravure mono-matrice, l'encrage des couleurs se fait directement par zones sur une seule plaque gravée (bois ou métal) en utilisant une poupée, un pochoir peut être utilisé pour délimiter les zones.
La gravure poly-matrice, utilisation plusieurs matrices (généralement 2 à 4 ) gravées en fonction des zones de couleurs prévues et les différentes plaques sont encrées de la couleur définie. Au tirage, le repérage précis est nécessaire pour la bonne superpositions sur le papier et donner le résultat, une estampe en couleur.
Le mixte des deux méthodes, pour limiter le nombre de matrice ( à 2 par exemple), l'encrage à la poupée peut être utilisé sur une partie d'une matrice.
Des abréviations internationales des techniques graphiques sont utilisées principalement dans le milieu des collectionneurs ou dans la littérature spécialisée[14],[15].
La liste a été élaborée pour décrire les techniques utilisées dans l'élaboration d'ex-libris (les techniques ne résultant pas d'un processus de gravure ou d'impression ne sont pas concernées). La première a été établie en 1958 lors du congrès de la Fédération Internationale des Sociétés d'Amateurs d'Exlibris (FISAE) à Barcelone. Elle a été revue est corrigée en 2002 lors du XXIXe congrès, à Frederikshavn (Danemark) et est toujours en vigueur[14],[15].
Notation internationale des techniques de gravure et d'impression
Abréviation
Technique
Techniques en creux originales (L'encre est déposée à partir des rainures de la plaque.)
Techniques à plat / stencil / électroniques originales (L'encre est déposée à partir de la surface plane de la plaque, à travers un pochoir ou un écran, ou par voie électronique.)
↑Référence complète originale : (de) Abraham Bosse et Georg Andreas Böckler, Radier-Büchlein, Handelt von der Etzkunst, Nemlich: Wie man mit Scheidwasser in Kupffer etzen, das Wasser, wie auch den harten und weichen Etzgrund machen solle ..., t. 3, Nuremberg, Christian Sigmund Froberger, (lire en ligne) (réédité en 1977 par Nachdruck Moos (ISBN3-7879-0088-8).
(en + de + fr) Felix Brunner (trad. de l'anglais par Albert Flocon), A Handbook of Graphic Reproduction Processes : Handbuch der Druckgraphik : Manuel de la Gravure, Teufen AR (Suisse), Arthur Niggli Ltd., , 379 p. (ISBN3-7212-0020-9).
Ann D'Arcy Hughes et Hebe Vernon-Morris (trad. de l'anglais par Claire Rascle), Le Grand Livre de la gravure : Techniques d'hier à aujourd'hui, Paris, Editions Pyramyd, , 415 p. (ISBN978-2-35017-187-6).
Beth Grabowski, Bill Fick et Jean-Claude Gérodez (trad. de l'anglais par Jérôme Wicky), Manuel complet de gravure Broché, Paris, Eyrolles, , 240 p. (ISBN978-2-212-12419-4).
(en) Antony Griffiths, Prints and Printmaking : An Introduction to the History and Techniques, Londres, British Museum Press for the Trustees of the British Museum, , 160 p. (ISBN978-0-7141-2608-1).
Aleš Krejča (trad. du tchèque), Les Techniques de la gravure : guide des techniques et de l'histoire de la gravure d'art originale, Paris, Gründ, (ISBN2-7000-2131-2, BNF34746014).
Jörge de Sousa Noronha, L'estampe, de la gravure à l'impression, Fleurus, (ISBN2 215 01635 3).
(en) Gerald W. R. Ward, The Grove Encyclopedia of Materials and Techniques in Art, Oxford, Oxford University Press, , 828 p. (ISBN9780195313918, lire en ligne).