Tochares
Les Tochares[1],[2],[3],[4],[5] (prononcé /tɔ.kaʁ/ ; francisation traditionnelle du latin Tocharī, lui-même issu de l'exonyme grec ancien Τόχαροι Tókharoi ; exonyme sanskrit : तुखाराः Tukhārāḥ [au singulier : तुखार Tukhāra] ; exonyme persan classique : تخارها Tukhār-hā [au singulier : تخار Tukhār]), parfois écrit Tokhares, étaient un peuple de Bactriane, une région historique d’Asie centrale correspondant approximativement au nord de l’Afghanistan et à certaines parties de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan.
Les Tochares furent parfois considérés comme une branche des peuples turciques[6], mais ils sont aujourd’hui généralement reconnus comme ayant fait partie des Yuezhi[7], un groupe de tribus de langue indo-européenne mentionné par les sources chinoises. Les Tochares s'installèrent dans les régions orientales de la Bactriane au Ier siècle avant notre ère[8].
Nom
[modifier | modifier le code]Tocharī est l’exonyme latin, dérivé de l'exonyme grec ancien Τόχαροι (Tókharoi), tandis que तुखार (Tukhāra) est la racine de l’exonyme sanskrit, et تخار (Tukhār) ou طخار (Ṭukhār) est le singulier de l'exonyme persan classique.
Le mot طخاران (Ṭukhārān), qui apparaît dans le nom de ce qui semble être un quartier de Merv mentionné par Yaqut al-Hamawi, pourrait être un pluriel persan classique de طخار (Ṭukhār), formé à l’aide du suffixe ـان (-ān)[9].
Interprétations du nom
[modifier | modifier le code]Bien que la plupart des chercheurs identifient aujourd’hui les Tochares mentionnés dans les sources gréco-romaines à une branche des Yuezhi qui s'installa en Bactriane au Ier siècle avant notre ère, des interprétations alternatives ont été proposées. Igor V. Piankov a soutenu que « Tochares » n’était à l’origine pas un ethnonyme, mais une désignation socio-politique se référant à la composante sédentaire d’une société dominée par un élément nomade[10]. Selon cette hypothèse, les peuples voisins auraient perçu ce terme comme le nom d’un peuple distinct et l’auraient appliqué à tort à l’ensemble du groupe (sédentaire et nomade). Piankov suggère que ce glissement sémantique a contribué aux difficultés historiographiques ultérieures concernant les relations entre les Tochares, les Yuezhi et les Kouchans, ainsi qu’à l’application plus tardive du nom aux populations du bassin du Tarim[11].
Histoire
[modifier | modifier le code]Les Tochares sont mentionnés dans la Géographie de Strabon (8.11.2) ainsi que par Pline l'Ancien et dans Rerum gestarum d'Ammien Marcellin (23.6.57).
À l'époque de Procope, les Tochares semblent être temporairement tombés dans l'oubli, ce qui expliquerait pourquoi Procope parle des Ephthalites, ou Huns blancs, sans faire référence aux Tochares[12].
Cependant, dans les sources médiévales, le nom de Tokharestan supplanta celui de Bactriane, ce qui semble indiquer que les Tochares, plus nombreux mais moins énergiques, avaient progressivement supplanté les Ephthalites[12],[13].
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Bruzen La Martinière, Le grand dictionnaire géographique et critique, vol. 2, (lire en ligne), « BACTRIA, ou Bactriana, en François la Bactriane », p. 13
- ↑ Complément du Dictionnaire de l’Académie française, (lire en ligne), p. 1013 :
« TOCHARE. adj. et s. des 2 g. (géogr. anc.) Nom d’un peuple de la Bactriane. »
- ↑ Arthur de Gobineau, Histoire des Perses d’après les auteurs orientaux, (lire en ligne), p. 503 :
« Les Tochares, sous un chef qui n’est connu que par les renseignements chinois sous le nom de Khieou-tsieou-hi, se substituèrent à la dynastie saka, [...] »
- ↑ Œuvres d’Ammien Marcellin, (lire en ligne), p. 206 :
« La Bactriane a des dépendances nombreuses, dont le district des Tochares est la plus importante. »
- ↑ Comptes rendus des séances, (lire en ligne), p. 759 :
« Dans l’énumération des quatre peuples nomades que l’on trouve chez Strabon, c’est vraisemblablement sous le nom de Tochares qu’apparaissent ces Yüeh-chih. On s’expliquerait mal en effet que la Bactriane se soit appelée dès le IVe siècle de n.è. dans les sources chinoises et indiennes « Tocharestan » ou « pays des Tochares » si elle ne devait pas ce nom à ses principaux envahisseurs, les Yüeh-chi des annales chinoises, ancêtres de la dynastie kushane [...] »
- ↑ Crawford 1957, p. 137 : « Meanwhile Bactria submitted to the Tochari of Western writers (Sanskrit, Tukhāra). They have been sometimes supposed to have been a branch of the Turkish tribes, while the Hiung-nu have been seen as Mongols, the forerunners of the Hūnas and Chionites. It was a section of the Tocharians who later followed the Greeks across the Hindu-kush and created the great Kushan empire in North India. »
- ↑ Knobloch 1972, p. 20 : « This time the nomads were the Yue-che (Yüe-czi), who, according to one authority (Tolstov), could be the same as the Greater Getae or Massagetae. It was probably a group of tribes, undoubtedly of Indo-European origin, one of which were the Tokhars who gave their name to Bactria (Tokharistan). »
- ↑ Huseini 2024, p. 37-38.
- ↑ Revue de l'Orient chrétien, vol. 15, (lire en ligne), p. 359 :
« Tokharastan est un nom géographique formé par l'adjonction du suffixe -sthāna au nom du peuple des Takhara ou Toukhourou, dont il faut probablement reconnaitre une forme plurale dans طخاران Takharan qui suivant Yakout (III, 518), est probablement un quartier de Merv. »
- ↑ Piankov 2010, p. 103.
- ↑ Piankov 2010, p. 104–105.
- Kingsmill 1878, p. 300 : « By the time of Procopius, the Tochâri seem for a time to have escaped from memory; hence he speaks of the Ephthalitæ or White Huns apparently without mentioning the Tochâri. »
- ↑ Sherabad Oasis, (lire en ligne), p. 372
Sources
[modifier | modifier le code]- (en) Osbert Guy Stanhope Crawford, Antiquity, vol. 31–32, (lire en ligne)
- (en) S. R. Huseini, Framing the conquest: Bactrian local rulers and Arab muslim domination of Bactria (31–128 AH/651–746 CE) (thèse), University of Leiden, (lire en ligne)
- (en) Thos. W. Kingsmill, « The Migrations and Early History of the White Huns; principally from Chinese Sources », Journal of the Royal Asiatic Society, (lire en ligne)
- (en) Edgar Knobloch, Beyond the Oxus: Archaeology, Art & Architecture of Central Asia, (lire en ligne)
- Igor V. Piankov, « The Tochari – Who Are They? », Anabasis, vol. 1, (lire en ligne)