Tokio Express

Le Tokio Express est un ancien porte-conteneurs, construit et enregistré à Hambourg en 1973 pour Hapag-Lloyd. En 1984, il a été rebaptisé Scandutch Edo avant d'être acquis par Pol Gulf International en 1993 et restauré sous son nom d'origine. En 1997, il a été acquis par Westwind International et en 1999, par Falani, avant d'être mis à la casse en 2000.
Le Tokio Express a été frappé, le , au large des Cornouailles, par une vague scélérate qui lui a fait perdre une partie de sa cargaison, dont un conteneur chargé de 4,8 millions de pièces Lego principalement sur le thème de la mer. Depuis cet accident, connu sous le nom de Lego Spill (déversement de Lego), des pièces de Lego continuent à s'échouer sur les plages de Cornouailles après les tempêtes.
Historique et description
[modifier | modifier le code]Le Tokio Express était l'un des quatre porte-conteneurs de la classe Trio construits pour Hapag-Lloyd par Blohm + Voss au début des années 1970. Il s'agissait de navires de 3 000 EVP, longs de 287,71 mètres et larges de 32,31 mètres[1]. Le premier d'entre eux était le Hamburg Express, il a été suivi du Bremen Express, du Tokio Express et enfin du Hongkong Express[2].
Les navires étaient à l'origine propulsés par des moteurs à deux hélices. Au cours des années 1980, ils ont tous subi un carénage qui comprenait la conversion à la propulsion à une seule vis, tout en conservant l'une des turbines[3],[4].
Après avoir changé plusieurs fois de mains au fur et à mesure que Hapag-Lloyd modernisait sa flotte, le Tokio Express a finalement été mis au rebut en 2000. Le nom, avec l'orthographe anglaise, a depuis été réutilisé pour un porte-conteneurs de taille similaire mais beaucoup plus moderne, lancé en 2000.
Accident de 1997
[modifier | modifier le code]Alors qu'il faisait route au départ de Rotterdam vers New York le , le Tokio Express a été frappé par une vague scélérate à environ 20 miles (32 km) au large de Land's End. Il s'incline de 60 degrés dans un sens, puis de 40 degrés dans l'autre, perdant 62 conteneurs par-dessus bord[5],[6]. Il fait ensuite escale à Southampton pour des réparations après l'accident[7].
Le lendemain de l'accident, le Western Morning News (en) rapporte que 17 grands conteneurs du Tokio Express dérivent en mer en direction du cap Lizard. Plusieurs d'entre eux contiennent des produits chimiques dangereux et de la colle de résine, et les conteneurs présentent un risque d'explosion au contact de l'air. Un remorqueur des garde-côtes de Falmouth est dépêché pour longer l'amas de débris et avertir les navires et les embarcations de pêche du risque encouru. Les habitants et les promeneurs sont avertis de ne pas tenter d'ouvrir ces conteneurs de 12 mètres de long, même s'ils s'échouent sur les plages. Les jours suivant, des capsules de méthacrylate de méthyle sont découvertes sur les plages des Cornouailles, notamment celle de Loe Bar (en), qui sépare le lac de la mer, et le long de la péninsule de Lizard, amenant une opération de nettoyage par les garde-côtes et des organismes habilités[8].
Déversement de Lego
[modifier | modifier le code]Au moment de l'accident, les craintes sont concentrées sur le déversement potentiel de produits chimiques. Mais l'un des conteneurs perdus contient 4,8 millions de pièces Lego produites par l'usine de Billund, au Danemark, et destinées à être assemblées et conditionnées en boîtes en Amérique du Nord à destination du marché américain[9]. Aucun rapport public n'étant établi, cette cargaison n'est pas mentionnée dans les médias et l'incident reste longtemps méconnu[8]. Tombé en mer, le conteneur se rompt cependant peu après et quelque 3 000 000 pièces suffisamment légères flottent et s'échouent sur les côtes alentour[6].
Par coïncidence, une grande partie des pièces de cette cargaison de Lego sont destinées à composer des boîtes sur le thème des aventures en mer[10],[6], dans des séries telles que Lego Pirates et Lego Aquazone (en), mais aussi Fright Knights, Western… Parmi les pièces figuraient notamment 418 000 palmes, 353 264 petites fleurs, 97 500 bouteilles de plongée, 33 941 dragons, 26 600 gilets de sauvetage, 13 000 fusils harpons et 4 200 pieuvres[6]. L'accident est connu sous le nom de Lego spill (en) (déversement de Lego)[5].
Depuis l'accident, des habitants de Cornouailles trouvent des pieuvres, des dragons, des palmes de plongeurs et des herbes de mer de cette série de jouets en plastique échoués sur le rivage[11],[6]. À la fin des années 1990, des enfants remplissaient des seaux avec les dragons trouvés sur les plages et les revendaient. Après 17 ans des trouvailles aussi nombreuses sont devenues beaucoup plus rares[6], mais 25 ans après l'accident, des pièces continuent à s'échouer sur les plages[12].
En octobre 2025, soit 28 ans après l'accident du Tokio Express, des Lego de cette cargaison continuent d'être retrouvés sur les plages[13].
Selon l'océanographe américain Curtis Ebbesmeyer (en) qui étudie les courants marins, 12 ans sont nécessaires à des débris pour traverser l'océan Arctique et arriver en Alaska[5], et 3 ans pour parvenir en Floride, mais, 17 ans après l'accident, rien ne prouve qu'une pièce Lego de ce lot a traversé l'océan, bien que ce soit très probable[6].
Projet « Lego Lost At Sea »
[modifier | modifier le code]En 1997, lors de ses vacances avec ses enfants à Bigbury Bay, dans le sud du Devon, Tracey Williams trouve une pièce de Lego échouée sur la plage. Elle provient du conteneur perdu par le Tokio Express heurté par une vague scélérate au large des Cornouailles. Treize ans plus tard, en 2010, elle déménage en Cornouailles et découvre avec stupéfaction, lors de sa première promenade sur la plage, que des Lego de cette cargaison continuent d'être retrouvés sur le rivage. Elle crée alors la page Facebook Lego Lost At Sea (« Lego perdu en mer ») pour recenser les observations, répertorier les découvertes et entrer en contact avec d'autres chercheurs de plage[6]. Suite à un reportage de la BBC en juillet 2014, le nombre de ses abonnés passe de 400 à plus de 55 000 en quelques jours[13].
En 2022, elle publie un livre intitulé Adrift: The Curious Tale of the Lego Lost at Sea[14].
En 2023, le projet Lego Lost At Sea initié par Tracey Williams remporte le prix du Rescue Project of the Year (« Projet de sauvetage de l'année ») aux Archaeology Awards de la revue Current Archaelogy. Le projet est présenté dans un article Archaeology adrift? A curious tale of Lego lost at sea (« L'archéologie à la dérive ? Une histoire curieuse de Lego perdus en mer ») et une exposition au Royal Cornwall Museum[8].
Environnement
[modifier | modifier le code]Ces petites pièces représentent un danger mortel pour les oiseaux de mer, comme pour les poissons, qui peuvent s'étouffer en les avalant[6],[10].
Une étude comparative entre des Lego de même type fabriqués en acrylonitrile butadiène styrène (ABS) et des échantillons de briques échouées sur les plages du sud-ouest de l'Angleterre ramassées lors d'opérations de nettoyage des plages, a été entreprise par des chercheurs de l'université de Plymouth[15] et publiée en juillet 2020 dans la revue Environmental Pollution. Elle a permis d'évaluer quantitativement et qualitativement à l'aide de diverses techniques, dont l'analyse par fluorescence X (XRF), les modifications physiques et chimiques provoquées par l'exposition de ces plastiques au milieu marin sur des périodes longues. La durée de vie de ce type et cette épaisseur de plastique est estimée entre 100 et 1300 ans environ selon la composition précise des additifs et les modalités d'altération mécaniques et chimiques[16].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Tokio Express » (voir la liste des auteurs).
- ↑ « Tokio Express », sur marinetraffic.com (consulté le ).
- ↑ Fairplay International Shipping Weekly, vol. 276, 1980, p. 9, consulté le 17 février 2023.
- ↑ Shipbuilding & Marine Engineering International, Whitehall Press, 1982, p. 87
- ↑ Shipcare & Maritime Management, Intec Press, 1983, p. 16.
- (en) Joseph Gallivan, « Life's a beach to comb », sur independent.co.uk, (consulté le ).
- (en) Mario Cacciottolo, « The Cornish beaches where Lego keeps washing up », BBC News Magazine, sur bbc.com, (consulté le ).
- ↑ (en) « Tokio Express », sur seapixonline.com (consulté le ).
- (en-US) Zahra Ahmed, « The Story of Lego Shipwreck with 5 Million Pieces of Lego Lost at Sea », sur Marine Insight, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Current Archaeology, « Archaeology adrift? A curious tale of Lego lost at sea | The Past », sur the-past.com, (consulté le )
- « Près de 5 millions de Lego perdus en mer: l'incroyable chasse aux trésors britannique », sur La Libre Belgique, (consulté le ).
- ↑ Lea, « Depuis 17 ans, des Lego s'échouent sur les plages de Grande-Bretagne », sur metrotime.be, (consulté le )
- ↑ (en) Mindy Weisberger, « 5 million shipwrecked Legos still washing up 25 years after falling overboard », sur livescience.com, (consulté le ).
- (en-GB) « The lost Lego still washing up after 28 years », sur www.bbc.com, (consulté le )
- ↑ (en) Tracey Williams, Curtis Ebbesmeyer (en) (avec) et Mario Cacciottolo (avec), Adrift: The Curious Tale of the Lego Lost at Sea, Unicorn, , 144 p. (ISBN 978-1913491192, présentation en ligne).
- ↑ (en) Angela Andaloro, « Why Are Thousands of Lego Pieces Washing Up on Beaches? The Answer Lies in a 1997 Cargo Ship Spill (Exclusive) », sur People, (consulté le )
- ↑ Andrew Turner, Rob Arnold et Tracey Williams, « Weathering and persistence of plastic in the marine environment: Lessons from LEGO », Environmental Pollution, vol. 262, , p. 114299 (ISSN 0269-7491, DOI 10.1016/j.envpol.2020.114299, lire en ligne, consulté le )