Villa Lilith
La Villa Lilith est un ancien lieu culturel situé au 18, rue Hippolyte Flandrin à Lyon.
Histoire
[modifier | modifier le code]Le 7 novembre 1975, Bernard Pivot invite dans Apostrophes l'autrice féministe Kate Millett à présenter La Politique du mâle et l'invite à s'exprimer sur son implication dans le mouvement homosexuel[1]. Cette émission a un grand effet dans le courant féministe français, et une troupe lyonnaise, Lilith Folies, composée de Jeanne-Martine Vacher et Edith Guedj, se monte pour adapter en théâtre l'autobiographie de Milett, En vol[1]. Le spectacle, qui aborde ouvertement le lesbianisme, remporte un grand succès dans les communautés gays et lesbiennes en France, heureuses de voir enfin leurs vies représentées[1].
À la suite du succès de ce spectacle, la troupe décide d'ouvrir une salle de spectacle dédié aux créations artistiques de femmes au 18, rue Hippolyte Flandrin à Lyon[1].
La Villa Lilith ouvre fin octobre 1981[2]. Elle s'inscrit dans une logique globale d'ouverture de lieux de production culturel féministes au cours des années 1970, marquée par la création de librairies[3], mais aussi de financement publics initiés par Michelle Coquillat, conseillère aux affaires culturelles au ministère des Droits des femmes mis en place à la suite de l'élection de François Mitterrand[1]. Le nom du lieu est une référence au mythe de Lilith[1].
De nombreuses artistes, telles que Françoise Maimone et Catherine Marnas, passent par la villa Lilith[1].
Positionnement
[modifier | modifier le code]Si les fondatrices ne revendiquent pas le lieu comme un espace féministe et lesbien, la chercheuse Lorraine Wiss considère que la villa Lilith a joué un rôle de passerelle entre les mouvements des femmes, la culture lesbienne et le théâtre[1]. Cette absence de revendication fait que le lieu n'est pas présenté comme lesbien par Lesbia, mais comme un lieu s'adressant à « [celles] qui ne [se disent] pas homosexuelles, ni lesbiennes, mais simplement femmes et qui [ne cherchent] pas de façon acharnée votre âme sœur, mais tout simplement à [s'] informer »[4].
Outre des pièces de théâtre, le lieu sert de bibliothèque, de studio d'enregistrement et de lieu d'exposition[1],[5].
Références
[modifier | modifier le code]- Lorraine Wiss, « Chapitre 11. Lilith Folies et la Villa Lilith:Une scène lesbienne et féministe à Lyon dans les années 1970-1980 ? », dans Lesbiennes, pédés, arrêtons de raser les murs, La Dispute, , 227–245 p. (lire en ligne)
- ↑ « Théâtre : la Villa Lilith, un lieu pour la création des femmes », La Voix du lyonnais, 29 octobre 1981
- ↑ Sociologie des féministes des années 1970 : analyse localisée, incidences biographiques et transmission familiale d’un engagement pour la cause des femmes en France, Camille Masclet, 2017, doctorat de sociologie de l'université Paris 8
- ↑ Carole Beauchamp, Rubriques « Correspondantes », Lesbia, n° 19, juillet 1984, p. 22.
- ↑ Marie-Claire, octobre 1981
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Lorraine Wiss, Scènes féministes : histoire des dramaturgies des luttes des femmes dans les années 1970 en France, thèse en études théâtrales sous la direction d’Olivier Neveux, université Lyon 2, 2020