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Yucho Chow

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Yucho Chow
Yucho Chow (avant 1915)
Naissance

Kalping, Guangdong, Chine
Décès
(à 73 ans)
Vancouver (Colombie britannique)
Nationalités
Activité
Phoptographe

Yucho Chow (en chinois: 周耀初; pinyin: Zhōu Yàochū), né le et décédé le , est un photographe d’origine chinoise établi à Vancouver où il tient un studio de photographie de 1906 à 1949. Il est le premier photographe d’origine chinoise dans cette ville et l’un des plus prolifiques de cette période. Pendant ses quarante-deux ans de carrière couvrant une période particulièrement difficile pour certaines minorités ethniques, il accueille tous ceux qui se présentent à son studio : Noirs, Chinois, Sikhs, Indous, autochtones ou immigrants d’Europe de l'Est. Ses portraits illustrent à la fois la diversité ethnique des nouveaux arrivants, la précarité de leurs conditions de vie, ainsi que la puissance des liens qui les unissaient à la famille dont ils étaient fréquemment séparés[1].

Yucho Chow naquit le 3 juin 1876 à Hoy Ping (aujourd’hui Kaiping) dans la province de Guangdong en Chine[2],[3]. Laissant derrière lui sa femme et deux enfants, il immigra au Canada en février 1902 après avoir payé la taxe d’entrée de 100 $, somme considérable à l’époque qui frappait tout nouvel arrivant en provenance de Chine[N 1]. Selon sa famille il aurait alors travaillé comme aide domestique tout en s’initiant à la photographie auprès d’un photographe local[3]. Quatre ans plus tard, il avait mis suffisamment d’argent de côté pour ouvrir son propre studio photographique[2].

Celui-ci attira rapidement non seulement les membres de la communauté chinoise, mais également d’autres minorités ethniques marginalisées : Asiatiques du sud, Africains, Européens de l’Est, métis et autochtones[4]. Le slogan qu’il fit reproduire à la fois sur ses cartes de visite et sur la devanture de son studio était : « En tout temps : n’importe qui, n'importe quand, n'importe où »[5]. Comme c’était la mode à l’époque, il produisait souvent ses portraits en format carte-postale[6]. Chow choisissait avec soin la toile de fond et les accessoires qui mettaient le mieux en valeur ses clients et donnaient une impression de succès[7]. En 1935, son studio fut considérablement endommagé par un incendie. Par la suite il devait le remonter en remplaçant les décors « opulence européenne » pour des décors « art déco »[8].

Pendant plus de quatre décennies, Chow devait photographier des gens de tous âges et de toutes conditions, depuis les nouveau-nés jusque aux défunts dont les portraits funéraires étaient envoyés à leurs familles en Asie ou en Europe et servaient souvent de certificats informels de décès[5]. Ses portraits nous présentent des artistes, des politiciens, des familles, des enfants aussi bien que des soldats. Travaillant aussi hors de son studio, il mit en images les moments importants de diverses communautés : célébrations diverses, graduations scolaires, évènements familiaux et visites de personnages importants. Il se rendait fréquemment à la gare de chemin de fer pour photographier les nouveaux arrivants en provenance d’Europe[5]. Divers portraits parvenus jusqu’à nous illustrent le large éventail de ses clients. En 1917, il photographia la procession funèbre de l’activiste sikh Mewa Singh[9]. En 1927, il fit une photo-montage de l’association de bienfaisance Hoy Ping[10]. Il devait photographier l’une des dernières visites de Sun Yat Sen à Vancouver[11]. Sa photographie du jeune danseur de claquettes Howard Fair parut dans le Vancouver Sun en 1938[12]. Le même journal devait publier en 1943 sa photo du parachutiste Richard Keye Mar[13].

Avec les années, plusieurs enfants de Chow vinrent travailler avec lui dans son studio qui se déplaça à quatre endroits différents du quartier chinois. Sa première assistante fut sa fille ainée, Mabel Chow (1900-1940). Le studio étant ouvert vingt-quatre heures par jour, Mabel devait travailler de longues heures, faisant toutes les tâches de la manipulation du lourd trépied au développement des négatifs. Dans les premières années, elle servit aussi fréquemment de modèle à son père alors qu’il perfectionnait l’art du portrait[14].

Dans les années 1930, une autre de ses filles, Jessie Chow, devait se joindre à eux après avoir appris comment peindre à la main les images photographiques[15]. Si au début elle se contentait de peindre quelques détails, comme des fleurs ou des cravates, elle en vint rapidement à colorer l’ensemble des portraits[16].

Yucho Chow devait mourir d’une crise cardiaque en novembre 1949. Ses fils, Peter et Philip Chow reprirent alors le studio et continuèrent son œuvre jusqu’en 1986[17]. Lorsqu’ils prirent leur retraite et fermèrent le studio tous les négatifs, documentant près de huit décennies, furent dispersés de telle sorte qu’encore aujourd’hui, une bonne partie de l’œuvre de Yucho Chow demeure cachée dans des albums de famille[18],[1].

Le recherchiste culturel Naveen Gill a pu dire à juste titre de Chow : « Sans lui, il est fort probable que nous n’aurions pratiquement aucune photo de la première communauté d’Asie du sud.[19] ».

Ses photographies traduisent en images les difficultés à la fois matérielles et sociales de communautés marginalisées ainsi que le fort sentiment familial qui les y rattachaient. Une grande partie des clients de Chow venaient de Chine, d’Asie du Sud ou des pays d’Europe de l’Est et étaient soit célibataires, soit avaient dû laisser leurs familles derrière eux. Nombre d’entre eux avaient probablement travaillé à la construction dans l’Ouest du chemin de fer transcanadien. Les photos de Chow permettaient de réunifier ces familles que séparait la Loi de l'immigration chinoise de 1923 qui interdit toute immigration en provenance de ce pays pendant vingt-quatre ans. L’une de ces photos par exemple permet de voir un homme et son fils en superposition sur la photo d’une femme et d’un autre enfant, probablement prise en Chine[1].

On le voit également dans le portrait que Chow prit en 1940 du couple Grant accompagné de trois de leurs enfants, Gordon, Larry et Helen. Leur mère, Agnes Grant, était issue de la Première Nation Musquean, alors que leur père, Hong Tim Hing, était chinois. La famille ne pouvait vivre ensemble en vertu de la loi sur les Indiens. Les mariages interraciaux étaient peu fréquents à l’époque et considérés avec mépris. Toutefois, nous possédons plusieurs exemples de telles unions dans les archives de Chow : Italiens, Croates, Allemands, Juifs, Roumains, Japonais, Sikh, Indous et autres nationalités d’Asie du sud[1].

L’héritage de Yucho Chow fut progressivement reconstitué grâce au patient travail de Catherine Clement. Historienne spécialisée dans les communautés ethniques, celle-ci travaillait en 2011 sur un projet concernant les Canadiens d’origine chinoise au cours de la Seconde Guerre mondiale lorsqu’elle découvrit plusieurs photos portant l’estampille de Chow sur des photos trouvées dans des albums de famille. Elle entreprit de rassembler celles-ci. Il lui fallut dix ans, « une photo à la fois, une famille à la fois, une histoire à la fois » pour former un corpus qui fit l’objet en 2019 d’une exposition et d’un livre intitulés Chinatown Through a Wide Lens : The Hidden Photographs of Yuchho Chow[1],[20]. L’exposition regroupait 80 photographies et se tint au Chinese Canadian Museum[21]. Le livre comprenant 344 pages et illustrait comment Catherine Clement fit la découverte d’un studio qui ouvrait ses portes aux gens de tous les horizons de la société,[22]. En 2021, elle fit don des quelque 600 photographies qu’elle avait rassemblées aux archives de la ville de Vancouver. Des artefacts des studios de Chow de même que quelques portraits font maintenant partie de la collection permanente du Musée de Vancouver[23].

Notes et références

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  1. Cette taxe spéciale qui frappait tout nouvel arrivant Chinois désirant s’installer au Canada avait pour but de décourager ces ressortissants de s’installer au Canada après l’achèvement du chemin de fer Canadian Pacific Railway. Elle fut abolie en 1923.

Références

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  1. a b c d et e (en) Jenny Peng, « Yucho Chow », sur The Canadian Encyclopedia, (consulté le ).
  2. a et b Griffin 27 avril 2019.
  3. a et b Clement 2019, p. 29.
  4. Clement 2019, p. 10.
  5. a b et c Clement 2019, p. 33.
  6. (en) Margaret Waddington, Biographies of B.C. Postcard Photographers, Vancouver, Vancouver Postcard Club, 60 p. (lire en ligne), p. 11
  7. Clement 2019, p. 34.
  8. Clement 2019, p. 42.
  9. Cheung 29 décembre 2020.
  10. Clement 2019, p. 110.
  11. Clement 2019, p. 100.
  12. (en) « In ‘Frolics’ », The Vancouver Sun,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  13. (en) « Victoria Chinese is Parachute Fighter », The Vancouver Sun,‎ , p. 13 (lire en ligne)
  14. Clement 2019, p. 38.
  15. Clement 2019, p. 41.
  16. Cheung 16 mai 2019.
  17. Clement 2019, p. 325, 330.
  18. Clement 2019, p. 9.
  19. Xu 12 mai 2019.
  20. (en) « Chinatown Through A Wide Lens », sur Chinese Canadian Historical Society of British Columbia, (consulté le ).
  21. Griffin 3 mai 2019.
  22. (en) « Chinatown Through a Wide Lens : The Hidden Photographs of Yuchho Chow », sur Yucho Chow, (consulté le )
  23. (en) « Museum of Vancouver / Collection », sur Museum of Vancouver (consulté le )

Bibliographie

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  • (en) Sarah Bassnet et Sarah Parsons, Photography in Canada, 1839 - 1989: An Illustrated History., Toronto, Art Canada Institute, (ISBN 978-1-4871-0309-5).
  • (en) Christopher Cheung, « Yucho Chow's Vancouver », The Tyee,‎ (lire en ligne).
  • (en) Christopher Cheung, « How Yucho Chow's Photos Reframed Vancouver History », The Tyee,‎ (lire en ligne).
  • (en) Catherine B. Clement, Chinatown Through a Wide Lens: The Hidden Photographs of Yucho Chow, Vancouver, Chinese Canadian Historical Society of British Columbia, (ISBN 978-0-9936593-3-1).
  • (en) Kevin Griffin, « Lost photographs of Yucho Chow reveal historical diversity of Vancouver », The Vancouver Sun,‎ (lire en ligne).
  • (en) Kevin Griffin, « 'Silent' Yucho Chow photograph has a story again after being identified by family », The Vancouver Sun,‎ (lire en ligne).
  • (en) Joanne, « Lee-Young », The Vancouver Sun,‎ (lire en ligne).
  • (en) Andrea Kunard et Carol Payne, The Cultural Work of Photography in Canada, McGill-Queen’s University Press, (ISBN 978-0-7735-8572-0).
  • (en) Jenny Peng, « Yucho Chow », sur The Canadian Encyclopedia, (consulté le ).
  • (en) Xiao Xu, « Chinatown Through a Wide Lens: The hidden photographs of Yucho Chow tell the stories of ignored Canadians », The Globe and Mail,‎ (lire en ligne).

Articles connexes

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Liens externes

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  • (en) « Yucho Chow Collection », sur South Asian Canadian Digital Archives, (consulté le ).