Akrotiri et Dhekelia
| Akrotiri et Dhekelia Akrotiri and Dhekelia (en) | |
Armoiries. |
Drapeau. |
Carte de localisation d'Akrotiri et Dhekelia. | |
| Administration | |
|---|---|
| Statut politique | Base militaire souveraine sous contrôle du Royaume-Uni |
| Capitale | Cantonnement d'Episkopi |
| Gouvernement - Administrateur |
Peter J. M. Squires (en) |
| Démographie | |
| Gentilé | Akrotirien, Dhécélien |
| Population | 18 195 hab.[1] (2020 (est)) |
| Densité | 72 hab./km2 |
| Langue(s) | Anglais |
| Géographie | |
| Coordonnées | 34° 35′ nord, 32° 59′ est |
| Superficie | 254 km2 [2] |
| Divers | |
| Monnaie | Euro |
| Fuseau horaire | UTC +2 |
| Sources | |
| a. Dont environ 7 000 Chypriotes et 7 500 militaires britanniques et leurs familles | |
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Akrotiri et Dhekelia[3] (en anglais : Akrotiri and Dhekelia et Sovereign Base Areas of Akrotiri and Dhekelia[3], en grec moderne : Ακρωτήρι και Δεκέλεια / Akrotíri ke Dhekélia, en turc : Akrotiri ve Dhekelia) sont le dernier exemple de bases militaires souveraines (Sovereign Base Areas) britanniques sur l'île de Chypre. Akrotiri fait partie de la Western Sovereign Base Area (WSBA) tandis que Dhekelia fait partie de l’Eastern Sovereign Base Area (ESBA).
Les forces britanniques de Chypre sont stationnées à Chypre dans ces deux bases depuis l'indépendance de l'ancienne colonie. On y trouve la seule base de la Royal Air Force (RAF) actuellement en Méditerranée (RAF Akrotiri, code AITA : AKT), qui est la plus grande base de la Royal Air Force hors Royaume-Uni[4]. En plus de la garnison, le Royaume-Uni contribue aux forces de l'ONU à Chypre. Au total, il y a environ 3 500 fonctionnaires britanniques résidant à Chypre[4].
Géographie
[modifier | modifier le code]Akrotiri et Dhekelia couvrent 256 km2, environ 3 % de la surface de l'île, soit un territoire plus grand que l'île de Malte[4],[5]. Dans ces deux territoires, on trouve une base militaire britannique, ainsi que du terrain agricole et du terrain résidentiel. Ces deux bases ont un accès direct à la mer Méditerranée :

- Akrotiri se trouve dans le sud de l’île de Chypre, près de la ville de Limassol (ou Lemesos). Elle n’a de frontière qu’avec la république de Chypre, qui contrôle une grosse moitié sud de l’île. D'une superficie de 75,5 km2[6], elle abrite le quartier général des forces britanniques sur l'île (B.F.C., British Force Cyprus) à Episkopi et la base aérienne RAF Akrotiri, celle-ci servant de point d'appui et de ravitaillement[4]. Au nord de cette base, elle dispose d'un petit lac, le lac salé de Limassol (ou « lac salé d'Akrotiri ») qui fournit une zone d'hivernage accueillant jusqu'à 30 000 flamants roses et est une halte importante pour les grues, les échassiers migrants et les oiseaux de proie. On y retrouve de nombreux sites historiques, tels que les vestiges d'un complexe ecclésiastique de la première partie du VIIe siècle[7] ou le site antique de Kourion. Le monastère saint-Nicolas-des-chats est situé au sein de ce territoire.

- Dhekelia se trouve dans le sud-est, près de Larnaca. D'une superficie de 81 km2[4], elle partage une frontière avec une zone tampon sous administration de l'ONU entre les deux républiques, et une frontière avec la zone sous administration de la zone turque de Chypre du Nord (qui enclave le secteur d’Ayios Nikolaos dépendant de la base britannique de Dhekelia, à laquelle elle est reliée par un corridor prolongeant la zone tampon des Nations unies au travers de la zone turque). De plus, Dhekelia possède sur son territoire quatre enclaves sous souveraineté chypriote formées par les villages de Xylotýmvou et d'Ormidhia, ainsi que par les deux parties de la centrale électrique de Dhekelia.
Lorsque les frontières des deux bases avaient été définies, le Royaume-Uni avait évité d'occuper des zones de population ; cependant, des territoires civils se sont retrouvés enclavés malgré tout, bien que théoriquement sous administration de la république de Chypre. De plus, le tracé de ces frontières encerclait des zones agricoles utilisées par les habitants des deux communautés. Des manifestations importantes ont eu lieu à Chypre (comprenant notamment des habitants et des personnes privées de leurs terres qui ont fui la zone occupée depuis l'invasion turque), réclamant la restitution à Chypre et sa pleine souveraineté sur les zones militaires encore occupées par le Royaume-Uni à Akrotiri et surtout à Dhekelia dans sa partie Sud, ainsi que le paiement des annuités de retard non payées par le Royaume-Uni.
Histoire
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Les bases de Akrotiri et Dhekelia sont créées dans le processus d'indépendance de la Chypre vis-à-vis du Royaume-Uni[8],[5]. Dès 1957, le Royaume-Uni envisage de garder des bases militaires sur l'île après l'indépendance[5]. Dans les accords de Londres signés le , donnant la structure de base de l'indépendance chypriote, deux représentants chypriotes, le Royaume-Uni, la Grèce et la Turquie conviennent de la conservation de bases militaires britanniques et de leur statut[8],[5],[9]. Le contenu des accords est repris verbatim dans la constitution chypriote[8]. A l'indépendance de la Chypre, le , les bases britanniques sont formées[5].
Lors de l'invasion de Chypre par les troupes turques, celles-ci ont pris garde à ne pas franchir la frontière des bases britanniques, afin d'éviter l'entrée en guerre contre le Royaume-Uni. Néanmoins, celui-ci a participé avec le mandat de l'ONU à l'établissement d'une zone tampon sous administration de l'ONU entre la partie nord occupée (et autoproclamée depuis « république turque de Chypre du Nord », non reconnue internationalement sauf par la Turquie) et le reste de la république de Chypre.
Quand les troupes turques ont envahi le Nord de l'île, les Britanniques ont laissé les populations réfugiées traverser les bases, et leur ont apporté assistance. Cependant un litige oppose toujours le Royaume-Uni à Chypre sur le règlement d'une indemnité pour l'occupation des deux bases militaires. Le Royaume-Uni a payé ces indemnités durant quatre ans seulement, jusqu'à l'occupation du Nord, considérant que le loyer serait inéquitable s'il revenait à la seule république de Chypre, sans profiter aussi à la zone occupée du Nord (même s'il ne la reconnaît pas comme un État), et que le Royaume-Uni participe déjà d'une façon importante à la protection de la république de Chypre dans la surveillance de la zone tampon entre les deux parties du territoire. Selon la république de Chypre, les arriérés de loyers impayés se monteraient à plusieurs millions d'euros[10].
Dans le cadre du conflit américano-israélo-iranien de 2026, les et , la base d'Akrotiri a été ciblée par trois missiles de fabrication iranienne et tirés par le Hezbollah, allié de l'Iran[11],[12]. Un seul d'entre eux a pu atteindre sa destination, les deux autres ayant été interceptés[11],[12].
Statut
[modifier | modifier le code]En 2002, le Royaume-Uni a signé un accord avec la république de Chypre afin de garantir que le premier s'interdise toute exploitation autre que militaire des deux bases, et placer les terres agricoles sous l'autorité de la seconde. De plus, les lois chypriotes, bien que ne s'appliquant pas directement à Akrotiri et Dhekelia, sont adaptées de la façon la plus proche possible, sauf pour ce qui concerne la souveraineté existante du Royaume-Uni sur ces deux zones où vivent des populations civiles. Ces lois, différentes des lois britanniques, s'appliquent largement au personnel militaire ainsi qu'aux résidents de nationalité britannique.
Ces zones sont aussi les seuls territoires d'outre-mer britanniques où le droit à la pleine citoyenneté britannique, en vigueur depuis une loi de 2002, ne s'applique pas automatiquement à ses résidents. Les populations chypriotes vivant ou travaillant sur les bases militaires britanniques conservent leur citoyenneté chypriote, et un large droit de passage est accordé à ces populations enclavées dans les bases, afin de faire valoir leurs droits ailleurs dans la République chypriote (toutefois, la traversée des bases militaires entre les deux parties de la république de Chypre est maintenant contrôlée de la même façon que sur la zone tampon sous administration de l'ONU, afin d'éviter toute infiltration et reprise du conflit par des éléments armés d'un camp ou de l'autre).
Pour des raisons juridiques, ces deux zones n'ont jamais fait partie de l'Union européenne. Cela a été confirmé explicitement en 2003 dans les articles 1 des protocoles 3 et 10 du traité d'accession de Chypre[13],[14]. Puis, cette disposition est incluse dans le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, avec ce qui est depuis son article 355 alinéa 5[15]. Avec le Brexit s'est posée la question de ces bases militaires. En effet, la politique agricole commune concernait les terres agricoles contenues à l'intérieur de ces bases. De plus Chypre aurait pu être obligé de mettre en place des douanes entre les bases et le territoire national[16]. Dans l'accord de retrait du Royaume-Uni, il a donc été signé des dispositions conservant celles existantes avant la sortie du Royaume-Uni[17].
Les deux bases utilisent indifféremment les timbres britanniques ou ceux de la république de Chypre (ou Chypre du sud).
Débat sur l'existence des bases
[modifier | modifier le code]L'existence de ces bases est controversée[18]. Le parlement chypriote a adopté plusieurs résolutions en 2007 et 2012 sur ces dernières[18],[5]. Les droits britanniques sur Chypre issus des accords de Londres y sont qualifiés de « vestige colonial »[18],[5]. Et l'opération des bases britanniques y est qualifié de « violation des droits fondamentaux des chypriotes » et « une mutilation de l'intégrité et de la souveraineté de la Chypre »[18],[5]. En 2006, le président du parlement chypriote a lors d'une interview qualifié les bases de colonies[18].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) « The World Factbook — Central Intelligence Agency », sur www.cia.gov.
- ↑ « Chypre : la base britannique d’Akrotiri, un site géostratégique majeur en Méditerrané orientale » [archive du ], sur cnes.fr (consulté le )
- (fr) Commission nationale de toponymie, conseil national de l'information géographique, Pays, territoires et villes du monde juillet 2021, , 34 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 27
- Laurent Carroué, « Chypre : la base britannique d’Akrotiri, un site géostratégique majeur en Méditerrané orientale » [archive du ]
, sur cnes.fr (consulté le )
- (en) Nasia Hadjigeorgiou, « Decolonizing Cyprus 60 Years after Independence: An Assessment of the Legality of the Sovereign Base Areas », European Journal of International Law, vol. 33, no 4, , p. 1125–1152 (ISSN 0938-5428 et 1464-3596, DOI 10.1093/ejil/chac062, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) UK Overseas Territories Conservation Forum
- ↑ (en) Eleni PROCOPIOU, « New evidence for the early Byzantine ecclesiastical architecture of Cyprus », dans Marietta Horster, Doria Nicolaou, Sabine Rogge, Church Building in Cyprus (Fourth to Seventh Centuries): A Mirror of Intercultural Contacts in the Eastern Mediterranean, Münster, Waxmann Verlag, , 300 p. (ISBN 978-3-8309-3791-3 et 978-3-8309-8791-8, lire en ligne), 84-89
- (en) Elias Vlanton, « The 1959 Cyprus Agreement: Oracle of Disaster, », Journal of the Hellenic Diaspora, vol. 11, no 4, , p. 5-31 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Déclaration du gouvernement du Royaume-Uni, 11 février 1959 - Digithèque MJP
- ↑ (en) Michele Kambas, « Cyprus MPs tell Britain: pay us for military bases », sur reuters.com, (consulté le )
- Cyrielle Cabot, « Guerre au Moyen-Orient : en frappant Chypre, "l'Iran veut impliquer l'Europe" »
, sur France 24, (consulté le )
- Kenza Soares El Sayed, « Attaque iranienne contre une base militaire à Chypre : la guerre aux portes de l'Europe ? »
, sur L'Express, (consulté le )
- ↑ (en) Act concerning the conditions of accession of the Czech Republic, the Republic of Estonia, the Republic of Cyprus, the Republic of Latvia, the Republic of Lithuania, the Republic of Hungary, the Republic of Malta, the Republic of Poland, the Republic of Slovenia and the Slovak Republic and the adjustments to the Treaties on which the European Union is founded - Protocol No 3 on the sovereign base areas of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland in Cyprus, (lire en ligne)
- ↑ (en) Act concerning the conditions of accession of the Czech Republic, the Republic of Estonia, the Republic of Cyprus, the Republic of Latvia, the Republic of Lithuania, the Republic of Hungary, the Republic of Malta, the Republic of Poland, the Republic of Slovenia and the Slovak Republic and the adjustments to the Treaties on which the European Union is founded - Protocol No 10 on Cyprus, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Consolidated version of the Treaty on the Functioning of the European Union - PART SEVEN: GENERAL AND FINAL PROVISIONS - Article 355 (ex Article 299(2), first subparagraph, and Article 299(3) to (6) TEC) », sur Official Journal 115 , 09/05/2008 P. 0197 - 0198; (consulté le )
- ↑ « Documents considered by the Committee on 4 September 2019 - European Scrutiny Committee - House of Commons », sur publications.parliament.uk (consulté le )
- ↑ (en) « Agreement on the withdrawal of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland from the European Union and the European Atomic Energy Community » [archive du ], sur www.legislation.gov.uk (consulté le )
- (en) Yussef Al Tamimi et Andreas Piperides, « Third State obligations in the ICJ Advisory Opinion », Verfassungsblog, (ISSN 2366-7044, DOI 10.59704/576960e83e125451, lire en ligne
, consulté le )