Andarta
| Andarta | |
| Déesse de la mythologie celtique | |
|---|---|
| Caractéristiques | |
| Fonction principale | guerre |
| Période d'origine | Antiquité celte et gauloise |
| Symboles | |
| Animal | ours |
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Andarta est une déesse de la guerre gauloise. Attesté uniquement par des sources de l’époque romaine, le théonyme, gravé sur des inscriptions retrouvées dans le Sud-Est de la France, peut se traduire par Grande Ourse et s’apparente au nom du roi Arthur et à la déesse Artio. Elle est assimilée à la déesse de la Victoire par les Romains. Dans la mythologie celtique, l’ours est l'animal emblématique de la royauté[1].
Nom
[modifier | modifier le code]Le théonyme gaulois Andarta est traditionnellement considéré comme dérivant du gaulois artio, signifiant "ours", avec le préfixe intensifiant and-[2][3][4]. Sur cette base, son nom est interprété comme "la grande ourse" ou "l’ourse puissante"[2][3] ou Ursa Major en latin[4]. Blanca María Prósper trouve cette interprétation non-convaincante sur des bases sémantiques et syntaxiques. Elle interprète le thénonyme comme signifiant "la fortunée, l’aisée" ou "celle qui reste ferme", à partir d’un préfixe proto-indo-européen *h₂ndʰi- (ou *h₁ndo-) combiné avec le radical *-h₂-rtó ('fixé, composé, construit')[5], cf. le sanscrit *ṛta : loi cosmique, ordre, en grec artós accord, en latin junta (ensemble)[6].
Certains universitaires ont supposé qu’elle était l’homologue de la déesse ourse celtique, Artio[3]. Sur des bases étymologiques, le dieu Mercure Artaios a aussi été relié à Andarta, bien que ce dieu ne soit attesté qu’au nord de l’Isère[7].
Attributs
[modifier | modifier le code]Dion Cassius en fait une déesse de la guerre sous le nom Andrasta, dans les Îles Britanniques. Elle aurait été vénérée notamment chez les Icènes, de la reine Boadicée.
Culte
[modifier | modifier le code]La déesse est attestée par sept inscriptions votives, toutes dédiées à la Dea Augusta Andarta et datées de la période entre 150 et 200 de notre ère[8]. Ces inscriptions ont été retrouvées à Die ou près de Die (Drôme), dans le territoires des Voconces. Elles associent la déesse avec des aspects de la Victoire, comme l’indique l’épithète Augusta[9]. Les universitaires considèrent généralement que le toponyme Die, attesté sous la forme Dea Augusta[10] puis sous la forme tardive Civitas Dea Vocontiorum en 333[11] dérive du nom Dea Augusta tiré de la déesse tutélaire[9],[12]. La Table de Peutinger indique Dea Vocontiorum (début du IIIe siècle), tout comme l’itinéraire Hiérosolymitain, en 333. À la fin du IIIe siècle, on trouve encore Colonia Dea Augusta Vocontiorum[13]. Le nom de la ville est Diá en occitan vivaro-alpin. Seul resta le nom de Dea puis Diá, utilisés dans le langage courant pour désigner la déesse jusqu'à sa transposition en français Die.
Son culte émerge à la fin du Ier siècle et se diffuse autour de la ville à la fin du IIe siècle, ce qui a pu (ou non) influencer sur le transfert de la capitale des Voconces à Die[14]. En 1912, Henri Graillot a proposé l'hypothèse qu’Andarta ait hypostasié avec la déesse mère Cybèle. Benoît Rossignol, cependant, estime qu’Andarta et la Déesse Mère ont coexisté dans le panthéon officiel de Die sans fusionner ni se déplacer l’une l’autre, en accord avec les dynamiques d’une religion polythéiste[7].
En 1899, Camille Jullian propose d’identifier treize lieux de culte gallo-romains consacrés à la déesse romaine Victoire à des lieux de culte indigènes consacrés à Andarta : Nîmes, Volx, Embrun, Gap, Le Pègue, Aoste des Allobroges, La Bâtie-Montsaléon, Châtelard, Villeneuve et Saint-Genix[15]. Une inscription à Andarta a aussi été retrouvée à Luc-en-Diois, capitale religieuse des Voconces[16]. À Die, cinq inscriptions ont été retrouvées faisant référence à cette déesse, ainsi que plusieurs à Sainte-Croix, Aurel, Le Cheylard près de Saillans[17],[18].
À Die, il est possible que la déesse Andarta ait reçu un culte officiel de la cité[19]. Des jeux avec venationes (combats avec bêtes sauvages) étaient organisés en son honneur : plusieurs postes de magistrats y étaient consacrés à Die, en faisant une ville au caractère très religieux[20]. Le culte entretenait également tout un groupe de prêtres, sévirs augustaux, pontifes, flamines, flaminiques, etc.[17].
Outre des traits toponymiques indéniables, Andarta surpasse sa caractérisation locale par des ramifications à d'autres concepts symboliques forts de la religion celte. Ainsi, comme le rappelle Juan Manuel Gordillo Martín dans son analyse de Dion Cassius, Boudicca según Dión Cassio[21] : « La déesse Andarta était vénérée par la tribu des Vocontii, vivant au sud-est de la Gaule ; ce qui est intéressant, avec cette déité gauloise, c'est que l'une de ses invocations se retrouvait dans la figure de Catubodua, dont le sens celte « corbeau de bataille » nous renvoie directement à la légende divine de Badb et à la trinité portée par Morrigan[22]. »
Vers la fin du IIe siècle, le culte de la déesse Andarta se confond peu à peu avec celui de Cybèle[23], attesté le long de la vallée du Rhône jusqu’à Lyon par de nombreux monuments épigraphiques, essentiellement des autels tauroboliques.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Religion celtique
- Artio
- Culte de l'ours
- Ours dans la culture
- Chasse à l'ours
- Montreurs d'ours (Ercé)
- March Malaen
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise: Une approche linguistique du vieux-celtique continental, Errance, (ISBN 9782877723695)
- R. Carré, « Les cultes voconces », DHA, no 4, 1978, p. 124 (sur la place d’Andarta)
- P. M. Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris : Presses universitaires de France, 1961, p. 57 (rapprochement Andarta/Andrasté)
- James MacKillop, A dictionary of Celtic mythology, Oxford University Press, (ISBN 0-19-860967-1)
- Bernhard Maier, Dictionary of Celtic Religion and Culture, Boydell & Brewer, (ISBN 978-0-85115-660-6)
- Jacques Planchon, « De Luc à Die : le chassé-croisé des capitales voconces », Supplément à la Revue archéologique du centre de la France, vol. 25, no 1, , p. 233–245
- Blanca María Prósper, « The Venetic Inscription from Monte Manicola and Three termini publici from Padua: A Reappraisal », Journal of Indo-European Studies, vol. 46, no 1 & 2, , p. 1–61
- Bernard Rémy, « Les cultores dans la cité des Voconces de Die », Revue archéologique de Narbonnaise, vol. 43, no 1, , p. 93–108 (DOI 10.3406/ran.2010.1801)
- Benoît Rossignol, « Autour du culte de la Mère des dieux dans la vallée du Rhône », Revue du Vivarais, vol. CXXV-1, no 829,
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Andarta » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Michel Pastoureau, L'Ours : Histoire d'un roi déchu, Le Seuil, (ISBN 978-2-02-021542-8), p. 75-76.
- Maier 1997, p. 16.
- MacKillop 1998, p. 14.
- Delamarre 2003, p. 55–56.
- ↑ Prósper 2018, p. 12.
- ↑ Blanca María Prósper, « The venetic inscription from Monte Manicola and three termini publici from Padua: A reappraisal », Journal of Indo-European Studies, vol. 46, no 1-2, Institute for the Study of Man, 2018, p. 12.
- Rossignol 2022, p. 18–19.
- ↑ Rémy 2010, p. 96.
- Planchon 2004, p. 237.
- ↑ André Pelletier, « Die », Galliæ Civitates, 1993 (numéro thématique : « La Civilisation gallo-romaine de A à Z »), p. 82.
- ↑ Planchon 2004, p. 234.
- ↑ Camille Jullian, Frédéric Mistral, « Sainte Victoire », Revue des études anciennes, 1899, no 1, p. 49.
- ↑ Jacques Planchon, « De Luc à Die : le chassé-croisé des capitales voconces », supplément à la Revue archéologique du centre de la France, numéro thématique : « Capitales éphémères. Des capitales de cité perdent leur statut dans l’Antiquité tardive », 2004, no 25, p. 234. Il écrit page 237 que « tout le monde s’accorde à penser que Die tient son nom d’une déesse topique, Dea Augusta Andarta, qui serait à la fois une déesse de Victoire [...] et une grande ourse (ande artio) ».
- ↑ Planchon, op. cit., p. 237-238.
- ↑ C. Jullian, op. cit., p. 48.
- ↑ « Inscription 1173 », Revue épigraphique, 1896, no 83, p. 432-433.
- M. Allmer, « Les dieux de la Gaule. I. - Dieux de la Gaule celtique - Inscriptions 1077 », Revue épigraphique, 1894, no 76, p. 326-327.
- ↑ Récapitulatif des inscriptions à Andarta dans le Diois dans Bernard Rémy, « La dénomination des Voconces septentrionaux] », Revue archéologique de Narbonnaise, 2017, no 50, p. 399-451.
- ↑ Benoit Rossignol, « Chroniques épigraphiques », Revue archéologique de Narbonnaise, 2019, no 52, p. 323.
- ↑ Les magistrats sont le curator muneris publici ad Deam Augustam et le venatorum Deensium et qui ministerio arenario fungunt. M. Allmer, « Les dieux celtiques d’après les inscriptions du Midi de la France », Revue épigraphique, 1887, no 43, p. 263. Voir aussi référence suivante pour d’autres postes.
- ↑ (es) Carmen Alfaro Giner, Manel García Sánchez, Mónica Alamar LaParra et Seminario de Estudios sobre la Mujer en la Antigüedad, Actas del tercer y cuarto Seminarios de Estudios sobre la Mujer en la Antigüedad (Valencia, 28-30 abril, 1999 y 12-14 abril, 2000), Valence, SEMA, , 202 p. (ISBN 84-370-5241-6 et 978-84-370-5241-0, OCLC 51647966, lire en ligne), « Boudicca según Dión Cassio », p. 88 :
« Andarta fue una diosa de los galos vocontii, que habitaban en el sudeste de la Galia ; lo curioso de la divinidad gala es que una de sus advocaciones fue Catubodua, que significa en celta tanto como « cuervo en el combate » , y que nos lleva de nuevo, y directamente a la diosa legendaria Badb y a la trinidad del Morrigan. »
- ↑ Juan Manuel Gordillo Martín, Boudicca según Dión Cassio, in Actas del III y IV Seminarios de Estudios sobre la Mujer en la Antigüedad, (Valence : Université de Valence, 1999-2000), p. 88.
- ↑ Bruno Fornasier, Les Fragments architecturaux des arcs triomphaux en Gaule romaine, thèse de doctorat, Presses universitaires de Franche-Comté, coll. « Annales littéraires », 2003, p. 170 et 193.

