Hécatonchires
| Hécatonchires | |
| Divinités primordiales de la mythologie grecque | |
|---|---|
Briarée, appelé par Thétis, s'impose face au complot d'Héra, Athéna et Poséidon contre Zeus. Gravure sur cuivre de Tommaso Piroli d'après un dessin de John Flaxman, 1795. | |
| Caractéristiques | |
| Nom grec ancien | Ἑκατόγχειρες / Hekatónkheires |
| Fonction principale | Gardiens du Tartare |
| Lieu d'origine | Grèce antique |
| Période d'origine | Époque archaïque |
| Famille | |
| Père | Ouranos |
| Mère | Gaïa |
| Fratrie | |
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Dans la mythologie grecque, les Hécatonchires, Centimanes ou Cent-Bras sont des divinités primordiales possédant chacune cinquante têtes et cent bras.
Dans la Théogonie d'Hésiode, ils sont trois — Briarée, Cottos et Gygès —, fils d'Ouranos et de Gaïa : ils rejoignent le camp de Zeus lors de la Titanomachie, vainquent les Titans et deviennent gardiens du Tartare.
Briarée, également nommé Égéon, fait l'objet d'autres mythes, où il joue le rôle d'arbitre entre les dieux lors de disputes.
Étymologie
[modifier | modifier le code]En grec ancien, les Hécatonchires se nomment Ἑκατόγχειρες / Hekatónkheires : composé de ἑκατόν / hekatón (« cent ») et de χείρ / kheír (« main »), leur nom signifie « qui a cent mains »[1]. Ils sont désignés en latin sous le nom de Centimani — parfois francisé sous la forme de Centimanes — à l'étymologie similaire[2]. Le nom de Cent-Bras leur est parfois donné en français[3].
Si le nom d'« Hécatonchires » se retrouve chez certains mythographes, comme Paléphatos ou le Pseudo-Apollodore, pour désigner les trois personnages, ce n'est pas le cas pour les auteurs les plus anciens, tels qu'Hésiode, qui mentionne chacun d'eux par leurs noms propres, ou Homère, qui utilise ἑκατόγχειρος / ekatónkheiros comme un simple adjectif pour qualifier Briarée[4].
Briarée se nomme Βριάρεως / Briáreōs, dérivé de βριαρός / briarо́s (« fort »)[5] ; à cette racine s'ajoute peut-être ἀρή / arḗ (« malheur », « perte »), donnant alors au nom le sens de « celui qui cause de grands dommages »[6]. La variante Ὀβριάρεως / Obriáreōs se trouve également chez Hésiode[5]. Homère lui donne un second nom, Égéon, en grec ancien Αἰγαίων / Aigaíōn[7].
Les deux autres Hécatonchires hésiodiens sont Cottos et Gygès. Le premier se nomme Κόττος / Kо́ttos en grec ancien, ce qui serait un nom d'origine thrace[8]. Le dernier se nomme Γύγης / Gúgēs : la variante Γύης / Gúēs, qui apparait chez certains auteurs, serait une erreur d'après M. L. West[5]. Il s'agirait d'un nom lydien, dont le sens est rapproché de celui de πάππος / páppos (« aïeul ») par Hésychios, plutôt qu'un lien avec le mot géant, dans le sens de « né de la terre »[9].
Mythe
[modifier | modifier le code]Les trois Hécatonchires
[modifier | modifier le code]Dans la Théogonie d'Hésiode, les Hécatonchires sont des divinités primordiales, enfants de Gaïa et Ouranos, qui naissent après les douze Titans et Titanides et les trois Cyclopes[3]. Ils sont eux-mêmes au nombre de trois, se nomment Briarée, Cottos et Gygès et possèdent chacun cinquante têtes et cent bras[3]. Ils sont parfois décrits comme des Géants en raison de leur apparence[10]. Ouranos, qui hait ses enfants — peut-être en raison de leur apparence monstrueuse —, les emprisonne au plus profond de la Terre[3]. Dans un fragment d'Acousilaos, Ouranos projette les Hécatonchires dans le Tartare de peur qu'ils le dépassent un jour[11]. Le Pseudo-Apollodore ajoute à la version d'Hésiode que Cronos délivre les Hécatonchires et les Cyclopes avant de les emprisonner de nouveau[12].
Dans le récit de la Titanomachie d'Hésiode, Zeus libère les Hécatonchires, sur les conseils de Gaïa, afin qu'ils lui rendent service dans sa guerre contre son père Cronos[13]. Les Hécatonchires se joignent alors à la bataille entre les Olympiens et les Titans : grâce à leurs nombreux bras, ils accablent ces derniers de rochers, les capturent et les enferment à leur tour dans le Tartare[14]. Les Hécatonchires deviennent par la suite les gardiens du Tartare : le Pseudo-Apollodore raconte en effet que, pour les délivrer, Zeus tue Campé, la précédente gardienne des lieux[14]. Les Hécatonchires construisent également le palais de Zeus[15][réf. à confirmer].
Selon la version évhémériste du mythe, rapportée par Paléphatos, les Hécatonchires seraient les citoyens d'une ville de Macédoine venus en aide aux habitants d'Olympie lors d'une guerre[16].
Briarée ou Égéon
[modifier | modifier le code]Briarée, l'un des trois Hécatonchires hésiodiens, apparait seul dans d'autres mythes[7],[10]. Dans la Théogonie d'Hésiode, Poséidon lui offre la main de sa fille, Cymopolée, personnage inconnu par ailleurs[14].
L'Hécatonchire apparait dans l'Iliade : d'après Homère, il se nomme Briarée pour les dieux et Égéon pour les hommes[7]. Dans l'épopée, Héra, Athéna et Poséidon conspirent contre Zeus et tentent de l'enchaîner : Thétis fait alors appel à Briarée, qui effraye les trois conspirateurs[17]. Cette histoire n'apparait ailleurs et peut s'expliquer dans le contexte du poème comme une tentative des trois divinités de forcer Zeus à prendre leur partie — celui des Achéens — lors de la guerre de Troie[17].
Dans un fragment de la Titanomachie, une épopée perdue, Égéon est le fils de Gaïa et Pontos et combat du côté des Titans : la question se pose de savoir si l'auteur du texte considère, comme Homère, que Briarée et Égéon sont le même personnage et, le cas échéant, s'il s'agit d'une variante du mythe d'Hésiode[18].
Pausanias rapporte une légende selon laquelle Hélios et Poséidon se seraient disputés pour la possession de Corinthe : Briarée les aurait réconciliés en donnant au premier l'Acrocorinthe et au second l'isthme de Corinthe[19].
Les différents liens que Briarée entretien avec le monde marin dans les différentes versions du mythe en font peut-être une divinité marine, comme le suggère Zénodote dans une scholie à l'Iliade[5].
Représentations
[modifier | modifier le code]Les Hécatonchires ne semblent pas avoir été représentés dans l'art antique en raison de leur apparence monstrueuse[20]. Des historiens de l'art ont tenté sans succès d'en voir des représentations sur des pièces de monnaie ou dans des scènes de Gigantomachie peintes sur céramique[20].
Deux œuvres — un sarcophage romain conservé à la villa Borghèse et deux peintures murales de Pompéi déposées au musée archéologique national de Naples — mises en parallèle pourraient être des représentations de Briarée ou Égéon, sous une apparence anthropomorphe, portant respectivement Léto vers Délos et Io en Égypte[20].
Postérité et réception
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Littérature
[modifier | modifier le code]Dans la Divine Comédie de Dante Alighieri, l'auteur et personnage principal mentionne à plusieurs reprises Briarée lors de sa descente en Enfer, en faisant une créature démoniaque proche de Satan, tout comme de nombreux autres créatures mythologiques[21]. Virgile dresse ainsi un parallèle entre Briarée et Éphialtès, le premier étant décrit comme plus effrayant[22]. Par la suite, les deux pèlerins se retrouvent face à deux sculptures de Satan et de Briarée, tous les deux considérés comme des anges déchus[23]. Enfin, arrivé au bord du Cocyte, Dante rencontre le monstre aux cent mains[23].
John Milton reprend dans Le Paradis perdu la figure de Briarée, ainsi que d'autres créatures mythologiques, et la compare lui aussi à Satan[24]. S'il tire ces références mythologiques de textes antiques, comme la Théogonie d'Hésiode ou les Métamorphoses d'Ovide, mais aussi d'auteurs modernes, comme Natalis Comes, il est surtout influencé par la vision que Dante donne de Briarée[25].
Sciences
[modifier | modifier le code]Le satellite naturel de Saturne Égéon, découvert le , est nommé en référence au second nom de Briarée, Égéon[26].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Pellizer 2013, « Ecatonchiri », p. 120.
- ↑ Nünlist 2005, § 1.
- Gantz 2004, p. 31.
- ↑ West 1966, p. 209.
- West 1966, p. 210.
- ↑ Pellizer 2013, « Briareo », p. 68.
- Grimal 1994, « Aegeon », p. 14.
- ↑ West 1966, p. 209-210.
- ↑ Pellizer 2013, « Gige », p. 176.
- Nünlist 2005, § 3.
- ↑ Gantz 2004, p. 33.
- ↑ Gantz 2004, p. 18.
- ↑ Gantz 2004, p. 87.
- Gantz 2004, p. 88.
- ↑ Annie Collognat-Barès, Complétement mytho. Dieux et déesses de la mythologie, Paris, Le Livre de poche jeunesse, , 255 p.
- ↑ Grimal 1994, « Hécatonchires », p. 176.
- Gantz 2004, p. 110-111.
- ↑ Gantz 2004, p. 16-17.
- ↑ Tümpel 1897, col. 834.
- Simon 1988, p. 482.
- ↑ Butler 1988, p. 357-358.
- ↑ Butler 1988, p. 357.
- Butler 1988, p. 358.
- ↑ Butler 1988, p. 356.
- ↑ Butler 1988, p. 356-357.
- ↑ (en) « Aegaeon », sur NASA Science (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Sources antiques
[modifier | modifier le code]- Pseudo-Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 1).
- Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne] (passim).
- Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (I, 396-406).
- Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (II, 1 et 4).
- Palaiphatos, Histoires incroyables [détail des éditions] (lire en ligne) (XX).
- Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 287 ; X, 565).
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) George F. Butler, « Giants and Fallen Angels in Dante and Milton: The Commedia and the Gigantomachy in Paradise Lost », Modern Philology, vol. 95, no 3, , p. 352-363 (lire en ligne, consulté le ).
- Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Belin, [détail de l’édition].
- Pierre Grimal (préf. Charles Picard), Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, , 12e éd. (1re éd. 1951), 574 p. (ISBN 2-13-044446-6).
- (en) René Nünlist, « Hekatoncheires », sur Brill's New Pauly Online, (consulté le ).
- (it) Ezio Pellizer et al., Dizionario Etimologico della Mitologia Greca, , 367 p. (lire en ligne).
- (de) Erika Simon, « Hekatoncheires », dans Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, vol. IV, Zurich, Munich et Düsseldorf, Artemis Verlag, (ISBN 3-7608-8751-1, lire en ligne), p. 481-482.
- (de) Karl Tümpel, « Briareos », dans Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, vol. III-1, Stuttgart, Metzler, (lire sur Wikisource), col. 833-835.
- (en + grc) M. L. West, Hesiod. Theogony. Edited with Prolegomena and Commentary, Oxford, Clarendon Press, , 460 p. (lire en ligne).
Liens externes
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- Ressource relative à la bande dessinée :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :