Dramuscules
| Format |
Dix courtes pièces de théâtre. |
|---|---|
| Langue |
allemand |
| Auteur | |
| Traduction | |
| Date de création |
1978 - 1987 |
| Date de parution |
1988 et 1990 |
| Pays |
Les Dramuscules (en allemand Dramolette) sont une série de dix courtes pièces de théâtre de l'écrivain et dramaturge autrichien Thomas Bernhard.
Publiées et jouées de façons dispersées, elles ont été rassemblées en en deux recueils : Le déjeuner allemand («Der deutsche Mittagstisch »), paru en 1988, et Claus Peymann s'achète un pantalon et déjeune avec moi (de)(« Claus Peymann kauft sich eine Hose und geht mit mir essen»), paru en 1990.
En France, la plupart sont éditées en 1991 aux éditions de l'Arche, sous le titre Dramuscules.
Historique
[modifier | modifier le code]Écriture, créations et publication
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Le déjeuner allemand
[modifier | modifier le code]Thomas Bernhard écrit les sept dramuscules rassemblés sous le titre Le déjeuner allemand entre la fin 1978 et l'été 1981[1]. Publiées de façon dispersée dans les journaux[2], ces petites pièces de théâtre sont toutes écrites rapidement, Bernhard lui-même notant avoir rédigée celle donnant son titre au recueil en dix sept minutes[1]. Une édition de Tout ou rien est prévue dès 1981 par Suhrkamp Verlag, cependant, le directeur, Siegfried Unseld (de), renonce à la publication après la lecture du texte, car la pièce s'attaque à trois personnalités politiques allemandes de premier plan : le président fédéral Karl Carstens, le chancelier fédéral Helmut Schmidt et le ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher; tous trois personnages de la pièce, à qui Bernhard fait déclarer qu'ils sont nationaux-socialistes du fond du cœur[1]. Conscient que la décision s'apparente à une forme de censure, Unseld envoie le texte à Jürgen Becker, Martin Walser et Max Frisch, qui approuvent sa décision[1]. Bernhard et Unseld se rencontrent finalement le 7 août 1981, et Bernhard accepte rapidement de renoncer à la publication[1].
Ces sept dramuscules sont créés au Burgtheater, la première a lieu le 23 octobre 1987[1]. Avec plus de 250 représentations, Le déjeuner allemand devient la production du Burgtheater la plus jouée de tous les temps[1]. Le recueil Le déjeuner allemand est finalement publié l'année suivante, en novembre 1988, quelques mois avant la mort de Bernhard[2].
Claus Peymann s'achète un pantalon et va déjeuner avec moi
[modifier | modifier le code]Bernhard écrit les deux dramuscules Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater et Claus Peymann s'achète un pantalon et va déjeuner avec moi à la demande du metteur en scène Claus Peymann et de son dramaturge Hermann Beil (de), à l'occasion du départ de Peymann du Schauspielhaus Bochum pour prendre la tête du Burgtheater[1],[3]. Le premier est créé à Bochum dans le cadre du spectacle d'adieu de Peymann intitulé Tschüs Bochum, avec Martin Schwab (de) dans le rôle de Peymann et Kirsten Dene dans celui de la couturière; et publié dans Die Zeit en 1986[1],[3]. Le deuxième, dans lequel Bernhard se met lui-même en scène en train de discuter avec son ami Peymann, est publié dans la revue Theater heute la même année[1]. Bernhard clôt la trilogie en publiant dans Die Zeit le 11 septembre 1987 Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese[1],[3].

Ces trois dramuscules sont publiés à titre posthume en 1990 par Suhrkamp Verlag dans un recueil intitulé Claus Peymann s'achète un pantalon et va déjeuner avec moi[1].
Après la mort de Bernhard, en raison de ses dispositions testamentaires interdisant en Autriche la représentation de la quasi-totalité de ses pièces, les trois dramuscules sur Peymann sont créés ensemble à Rome en 1990, dans une traduction italienne[1]. En 1996, Peymann et Beil bravent l'interdiction en jouant par surprise, chacun interprétant son propre rôle, Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese, à l'occasion de la 100ème représentation du Faiseur de Théâtre (l'une des quatre seules pièces de Bernhard encore autorisées légalement)[4]. En 1998, l'interdiction est levée et Peymann ouvre sa dernière saison en tant que directeur de l'institution, avant son départ au Berliner Ensemble, en programmant les trois Dramuscules le mettant en scène[4]. Le spectacle, mis en scène par Philip Tiedemann (de), élève de Peymann, est soigneusement gardé secret jusqu'à la première sous le nom de Première n°205[4]. Il s'agit de la première nouvelle mise en scène d'une œuvre de Bernhard en Autriche depuis la mort de l'auteur[4].
Réception
[modifier | modifier le code]Dans la presse, les réactions à la création du Déjeuner allemand à Bochum en 1981 sont mitigées. Certains journalistes se plaignent de la monotonie et de la longueur des scènes, ou encore trouvent leur humour vulgaire[1]. Lors du spectacle de 1987, les critiques sont plus nuancées, mais pas tout à fait convaincues[1]. En 1998, la représentation des « Dramuscules Peymann » est bien plus triomphale, et les critiques euphoriques[1]. Le metteur en scène Jean-Louis Martinelli, qui assiste à l'une des représentations, salue la performance des acteurs, notamment Kirsten Dene, mais note une forme de connivence entre le public et la scène, liée à la « digestion de l'œuvre de Bernhard par le public très guindé du Burgtheater ». Selon lui, le public du Burgtheater a fini par s'habituer aux provocations de Bernhard et s'en amuse, faisant prendre au spectacle un tour potache[5].
De nos jours, le chercheur Hannes Schweiger note que les Dramuscules, même s'ils occupent une place en marge de l'œuvre de Bernhard, et ont suscité moins de littérature scientifique que le reste de son travail, comptent parmi ses créations les plus populaires auprès du public littéraire et théâtral[1].
Analyse
[modifier | modifier le code]Ces pièces courtes, bien qu'occupant une place à part dans l'œuvre de Bernhard, peuvent être considérées comme un concentré de ses 18 pièces « majeures », selon le spécialiste autrichien de littérature Wendelin Schmidt-Dengler (de)[1]. Ce dernier propose de voir en Bernhard un maître de la forme courte et rapproche les Dramuscules des recueils en prose L'imitateur et Événements[1].
Bernhard avait déjà expérimenté les formes courtes dans les années 1950 pour de premières pièces et un livret d'opéra[1]. Ce choix des formes brèves s'inscrit également dans une vogue de sketches et de mini drames liés à la vie quotidienne durant les années 1970 - 1980[1]. Les Dramuscules ont souvent été assimilés à des divertissements de cabarets[1],[6]. Ce lien est direct pour la pièce Tout ou rien, née d'une discussion entre Bernhard et le directeur de cabaret Martin Flossmann (de), au cours de laquelle les deux hommes se moquèrent d'un mauvais sketch censé être une parodie d'émission de télévision[1]. Cette forme satirique permet à Bernhard de trouver un ton juste pour aborder le sujet du nazisme[6].
Les Dramuscules abordent les mêmes thématiques que les pièces longues[1]. Dans le recueil Le déjeuner allemand, on retrouve les sujets récurrents de Bernhard : l'influence persistante de l'idéologie nationale-socialiste en Allemagne et en Autriche après 1945, la soi-disant dénazification et le débat sur la prescription des crimes nazis, la violence verbale se transformant en violence physique, la xénophobie, le catholicisme et le sectarisme[1]. Le tout est situé dans un échantillon de population de Haute-Bavière, ou chez des représentants de la justice ou de la classe politique, qui, pris dans leur intimité, peuvent se permettre de dire ouvertement ce qu'ils doivent garder secret en public[1]. On peut d'ailleurs noter qu'Un Mort, Le Mois de Marie et Match sont écrits en dialecte, ce qui est inhabituel dans la production de l'auteur[1].
Dans les « Dramuscules Peymann », les mêmes thématiques sont présentes, mais Bernhard mélange fiction et réalité : les personnages réels du dramaturge, du metteur en scène et de l'auteur deviennent eux-mêmes des personnages bernardhiens[1]. Enfin, dans plusieurs des pièces, la nourriture et la boisson, ingrédients importants du théâtre de Bernhard, ont un rôle essentiel[1].
En France
[modifier | modifier le code]En France, les pièces du recueil sur Claus Peymann ont été montées par Jean-Louis Martinelli au Théâtre national de Strasbourg en 1997[7]. Trois des Dramuscules ont été montés au Studio-Théâtre de la Comédie Française en 2005[8]. En 2007, le collectif flamand tg STAN joue “Sauve qui peut”, pas mal comme titre au Festival d'automne, à partir des pièces Acquittement , Glaces, Le Mois de Marie et Un Mort[9]. Catherine Hiegel a également monté trois Dramuscules en 2016, avec Catherine Salviat et Judith Magre[10],[11].
Liste des pièces et éditions françaises
[modifier | modifier le code]Les dix pièces courtes
[modifier | modifier le code]- Le Déjeuner allemand (1988), recueil comprenant :
- Un Mort (A Doda)
- Le Mois de Marie (Maiandacht)
- Match (Match)
- Acquittement (Freispruch)
- Glaces (Eis)
- Le Déjeuner allemand (Deutsche Mittagstisch)
- Tout ou rien (Alles oder Nichts)
- Claus Peymann s'achète un pantalon et va déjeuner avec moi (1990), recueil comprenant :
- Claus Peymann s'achète un pantalon et va déjeuner avec moi
- Claus Peymann quitte Bochum et va à Vienne comme directeur du Burgtheater
- Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese
En français
[modifier | modifier le code]En français, les éditions de L'Arche ont d'abord publié la pièce Claus Peymann et Hermann Beil sur la Sulzwiese dans le recueil Événements paru en 1988. Les autres pièces ont été groupées et sont parues en 1991 sous le titre Dramuscules. L'édition la plus récente de ce recueil ne contient plus les pièces sur Claus Peymann. Les traductions françaises sont de Claude Porcell.
Bibliographie
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: documents utilisés comme source pour la rédaction de cet article
Sur les Dramuscules :
- Louis Huguet, « Hantise de l'échec, surévaluation du Moi. à propos d'une 'dramolette' de Thomas Bernhard. », Journal of European Studies, vol. 23, , p. 427-460
- Jean-Louis Martinelli, « Un clown sur de simples tréteaux (entretien avec Barbara Hutt) », dans Pierre Chabert et Barbara Hutt, Thomas Bernhard, Minerve, (ISBN 2869310978), p. 378-383.

- (de) Stefan Krammer, « »In jeder Suppe findet ihr die Nazis«. Überlegungen zu Thomas Bernhards Kurzdramen. », dans Thomas Bernhard Jahrbuch 2007/08, (ISBN 9783205777878), p. 87-101.

- (de) Eleonora Ringler-Pascu, « Thomas Bernhards Dramolette. Ein Verwirrspiel zwischen Wirklichkeit und Fiktion. », dans Attila Bombitz et Martin Huber, »Ist es eine Komödie? Ist es eine Tragödie?« Ein Symposium zum Werk Thomas Bernhards, Vienne, , p. 133–145
- Catherine Grall, « « Trouver sa fin dans sa clôture » : « Le Mois de Marie », dramuscule de Thomas Bernhard » », dans Marie Dollé et Nicole Jacques-Lefèvre, Bêtise et idiotie, du XIXe au XXIe siècle, CSLF de l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense,
- (de) Hannes Schweiger, « Dramolette », dans Martin Huber (dir.), Manfred Mittermayer (dir.), Bernhard-Handbuch, Stuttgart, J.B. Metzler, (ISBN 978-3-476-02076-5, lire en ligne), p. 266–269.

Sur Thomas Bernhard :
- Hélène Francoual, « Thomas Bernhard : Vie et œuvre, 1931-1989 », dans Thomas Bernhard : Récits 1971-1982, , p. 851 à 939.

- Adrien Bessire, « Refuser pour mieux passer. Le théâtre de Thomas Bernhard : 10 ans d’interdiction en Autriche (1989-1998) », Les Chantiers de la Création, vol. 5, (lire en ligne).

Références
[modifier | modifier le code]- Schweiger 2018.
- Francoual 2007, p. 937.
- Francoual 2007, p. 934-935.
- Bessire 2012.
- ↑ Martinelli 2002.
- Krammer 2008.
- ↑ « Jean-Louis Martinelli met en scène le théâtre universel de Thomas Bernhard », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « En trois "dramuscules", Thomas Bernhard règle son compte à l'Autriche », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « tg STAN - “Sauve qui peut”, pas mal comme titre | Festival d'Automne », sur www.festival-automne.com (consulté le )
- ↑ Stéphane Capron, « Judith Magre : une horrible bonne femme dans Dramuscules », sur France Inter, (consulté le )
- ↑ Armelle Héliot, « Les Dramuscules féroces de Thomas Bernhard », sur Le Figaro, (consulté le )