Aller au contenu

Le Froid

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Une mise en quarantaine

Le Froid
Une mise en quarantaine
Image illustrative de l’article Le Froid
Le sanatorium de Grafenhof, en 2025.

Auteur Thomas Bernhard
Pays Drapeau de l'Autriche Autriche
Genre Roman autobiographique
Version originale
Langue allemand
Titre Die Kälte. Eine Isolation
Éditeur Residenz Verlag
Lieu de parution Salzbourg
Date de parution
ISBN 978-3-701-70269-5
Version française
Traducteur Albert Kohn
Éditeur éditions Gallimard
Collection Du monde entier
Date de parution
Nombre de pages 136
ISBN 978-2070263585
Chronologie

Le Froid sous-titré Une mise en quarantaine (titre original : Die Kälte) est un roman autobiographique de l'écrivain autrichien Thomas Bernhard, terminé le 6 mai 1980 et publié en 1981. Il s'agit du quatrième volet de la série de cinq œuvres autobiographiques écrites par Bernhard entre 1975 et 1982, aux côtés de L'Origine, La Cave, Le Souffle et Un enfant. L'œuvre est publiée en français le aux éditions Gallimard.

Après le récit de son anéantissement par l'école (L'Origine), et la description de sa découverte du monde réel à l'adolescence (La Cave), Bernhard aborde dans Le Souffle de premiers ennuis de santé, qui lui font frôler la mort. Il est confronté dans Le Froid à une nouvelle catastrophe : à peine rendu à la vie ordinaire, il apprend qu'il est poitrinaire et doit à nouveau se faire interner. Envoyé au sanatorium de Grafenhof, dont l'atmosphère tient du couvent et de la colonie pénitentiaire, il y décrit son quotidien, soulignant le grotesque de médecins qu'il considère comme sadiques ou incompétents, disposant des malades à leur guise, et de ces derniers, épuisés, passant leurs journées à cracher du plus qu'ils le peuvent pour vider leurs poumons malades. Appelé au laboratoire, on lui apprend qu'il a été déclaré contagieux à la suite d'une erreur d'analyse, et le laisse sortir. Mais deux jour plus tard, on l'informe qu'il est bel et bien atteint d'une tuberculose à caverne, et contagieux. Rappelé à Grafenhof, on tente de lui poser un pneumothorax, mais l'opération échoue car le médecin chargé de l'insuffler l'abandonne trop longtemps pour parler avec sa cuisinière du menu de son déjeuner. Bernhard doit alors subir un pneumopéritoine, intervention inédite à laquelle il doit servir de cobaye, mais est horrifié d'apprendre que le médecin chargé de l'opération est celui qui, quelques années plus tôt, a tué son grand-père à la suite d'une erreur médicale (épisode relaté dans Le Souffle)[1].

Durant son séjour à Grafenhof, il lit Verlaine, Trakl, Baudelaire. Mais le grand évènement est la lecture des Démons de Dostoïevski, qui font sur lui un effet « monstrueusement gigantesque ». À la suite de cette découverte, il se met à noter sur des fiches ses impressions, le gigantesque et le monstrueux, pour s'en souvenir, reprenant la méthode de son grand-père, qui prenait en permanence des notes sur ses lectures (historiquement, l'utilisation de ces fiches des années 1950 se devine dans la forme de certains des ouvrages en prose des années 1960, notamment Gel, Amras ou Perturbation)[2].

Bernhard, qui chantait déjà dans diverses chorales d'églises de Salzbourg, s'inscrit dans la chorale du sanatorium, qui joue toujours la même messes de Schubert, afin de se faire bien voir des religieuses. Il rend également visite en secret à la femme qui tient l'orgue du village[3]. Enfin, grâce à la fréquentation de Rudolf Brändle, compagnon d'infortune possédant une solide culture musicale, il peut reprendre des cours de chant, et envisager à nouveau la carrière de musicien dans laquelle il souhaitait se lancer avant son hospitalisation[2].

Enfin, après divers épisodes douloureux, il parvient à quitter Grafenhof, et peut à nouveau vivre selon sa volonté, en tournant le dos à la maladie[1].

Le Froid constitue le quatrième tome de l'autobiographie de Thomas Bernhard[4], venant après Le Souffle et avant Un enfant. Il raconte, à la première personne, les dix-neuvième et vingtième années de la vie du narrateur, c'est-à-dire les années 1949 à 1951 de la vie de Bernhard. Durant cette période, Bernhard est interné à deux reprises au sanatorium de Grafenhof, près de St. Veit im Pongau, actuelle Landesklinik Sankt Veit im Pongau (de). Ces années sont marquées par la mort de sa mère, Herta Fabjan, mais aussi par les rencontres de Rudolf Brändle, jeune chef d'orchestre sortant du Mozarteum, qui devient dans le roman le personnage du musicien, et surtout d'Hedwig Stavianicek, qui devient sa compagne de vie et mécène[5],[6].

Écriture et publication

[modifier | modifier le code]

Selon le tapuscrit, Bernhard achève l'écriture de ce roman le 6 mai 1980, environ deux ans après la publication de la troisième partie de son autobiographie, Le Souffle, lors d'un séjour chez Hedwig Stavianicek à Lovran, en ex-Yougoslavie (actuelle Croatie). Le texte est publié début 1981 par Residenz Verlag (de) à Salzbourg, tiré à 7 000 exemplaires. Siegfried Unseld (de) avait auparavant tenté de se procurer le récit pour ses éditions Suhrkamp, sans succès[6].

Le roman est publiée en français le aux éditions Gallimard.

Influences et analyse

[modifier | modifier le code]

Le Froid est influencé par la pensée de Novalis, dont Benrnhard place une citation en épigraphe[5],[6]. Le titre et le sous titre du roman sont même une référence directe au fragment n°602 du philosophe. Bernhard est marqué par l'idée de la maladie comme stimulation pour la pensée, ainsi que par la théorie que chaque maladie a une cause psychosomatique, qui est également une opinion héritée de son grand-père et mentor, l'écrivain Johannes Freumbilcher[6].

Le thème du froid se retrouve dans d'autres endroits de l'œuvre de Thomas Bernhard, notamment dans son premier roman, Gel, et dans le discours écrit à l'occasion de la réception du Prix de littérature de la Ville libre hanséatique de Brême qui lui est remis pour celui-ci, Le froid augmente avec la clarté[6].

Références

[modifier | modifier le code]
  1. a et b Jean-Louis de Rambures, « Thomas Bernhard au sana », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. a et b Hans Höller, Thomas Bernhard : une vie, L'Arche, , 224 p. (ISBN 9782851813411), p. 59-62
  3. Louis Huguet, « Un homme, un destin », dans Gemma Salem, Thomas Bernhard et les siens, La table ronde, , 224 p. (ISBN 2710328305), p. 97-98
  4. (de) Rainald Goetz, « Rainald Goetz über Thomas Bernhard: »Die Kälte« », Der Spiegel,‎ (ISSN 2195-1349, lire en ligne, consulté le )
  5. a et b (de) Manfred Mittermayer et Uwe Betz, Internationale Thomas Bernhard Gesellschaft, « Die Kälte. Eine Isolation (1981) » (consulté le )
  6. a b c d et e (de) Antje Arnold, « 33 Die Kälte. Eine Isolation », dans Bernhard-Handbuch: Leben – Werk – Wirkung, J.B. Metzler, , 183–187 p. (ISBN 978-3-476-05292-6, DOI 10.1007/978-3-476-05292-6_35, lire en ligne)

Liens externes

[modifier | modifier le code]