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Georges Habache

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Georges Habache (ou Habash) (جورج حبش), de son nom de guerre Al-Hakim الحكيم, né le dans la ville de Lydda (actuelle Lod) et mort le à Amman (Jordanie)[1], est un militant indépendantiste palestinien, fondateur et ancien secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

Il s'engage dans la résistance palestinienne à la suite de la Nakba, puis cofonde le Mouvement nationaliste arabe en 1951, ainsi que le FPLP en 1967, organisation marxiste et nationaliste connue à l'étranger pour ses actions de lutte armée, notamment les détournements d'avions.

Opposé aux positions plus modérées du Fatah de Yasser Arafat, Habache défend une ligne révolutionnaire panarabe et maintient des relations étroites avec les mouvements de gauche internationaux. Il conserve une forte popularité en Palestine jusqu'à sa mort.

Sa jeunesse

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Georges Habache en 1951

Georges Habache est né dans la ville palestinienne de Lydda. Il est issu d'une famille de commerçants arabes de religion grecque orthodoxe. Il fait une partie de ses études secondaires à Jérusalem puis quitte la Palestine pour aller poursuivre ses études de médecine à l'université américaine de Beyrouth. De retour à Lydda pendant la guerre israélo-palestinienne de 1948, il se retrouve au milieu de Palestiniens venus y chercher refuge et il se met à porter secours aux blessés. Lui-même et sa famille sont ensuite expulsés de Lydda pendant la Nakba de 1948. Lydda est annexée par Israël et Habache ne reverra jamais sa ville natale[2].

Il reprend ses études de médecine à l'Université américaine de Beyrouth. Il fonde avec Hani al-Hindi les Phalanges du Sacrifice, un groupe voué à l'action clandestine contre les dirigeants arabes qui se montrent conciliants avec Israël.

Il est diplômé en 1951 en pédiatrie et part dans les camps de réfugiés à Amman en Jordanie pour y ouvrir une clinique. Il parle arabe, anglais, et français.

Il fonde la même année le Mouvement nationaliste arabe avec Constantin Zureik, Hani al-Hindi et Wadie Haddad. Il s'agit d'un parti socialiste, nationaliste et panarabe, fortement influencé par le nassérisme et qui a pour but l'unification du monde arabe. En 1952, il crée l'Organisation pour s'opposer à la paix avec Israël. En 1955, il publie aussi avec Wadie Haddad la revue al-Rai. Cette revue sera interdite quelques mois plus tard. La revue reparaît à Damas sous la direction d'un jeune écrivain palestinien Ghassan Kanafani qui fera son succès.

En 1957, il est impliqué avec certains cadres palestiniens de la garde républicaine jordanienne[réf. nécessaire] dans une tentative de coup d'État contre le roi Hussein de Jordanie. Au moment de la création de la République arabe unie, il s'enfuit vers Damas, mais Haddad est arrêté et condamné à trois ans de prison.

Le Front populaire de libération de la Palestine

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Yasser Arafat, Mahmoud Darwich et Georges Habache en Syrie vers 1980.

Le nassérisme est très affaibli par l'échec de l'union syro-égyptienne en 1958, et l'arrivée au pouvoir du baasisme en Syrie en 1963. En 1964, Georges Habache et son ami Haddad fondent à Beyrouth un Commandement ami régional pour la Palestine, une branche militaire du Mouvement nationaliste arabe. À la suite de la défaite égyptienne de la guerre des Six Jours en 1967, le nassérisme s'effondre. Le mouvement d'Habache fusionne alors avec le Front de libération de la Palestine d'Ahmed Jibril, pour former le Front populaire de libération de la Palestine, qui se définit comme un mouvement armé palestinien, nationaliste et marxiste. En 1968, Georges Habache est brièvement emprisonné en Syrie, mais parvient à s'échapper de prison.

Le 15 juillet 1970, Israël tente de l'assassiner en bombardant sa maison à Bsaba, au sud-est de Beyrouth. C'est la maison voisine qui fut détruite[3]. Le FPLP se rend célèbre en appliquant sa stratégie des détournements d'avions, comme à Orly en 1978. Le premier détournement revendiqué par le FPLP a lieu le , contre un avion de la compagnie israélienne El Al. Ces actions répondent à deux objectifs : faire connaître la « cause » palestinienne à l'extérieur et négocier auprès d'Israël des libérations de prisonniers politiques. Georges Habache soutient ces opérations militaires sans y participer, se consacrant avant tout aux luttes politiques auprès des réfugiés palestiniens[4].

En Jordanie, il appelle à la chute du régime hachémite jordanien, ce qui entraîne l'OLP dans les événements du Septembre noir[5]. L'organisation reste néanmoins basée à Damas et poursuit pendant plus de 20 ans sa lutte armée contre l'État d'Israël et les intérêts occidentaux. D'après le journal français Le Monde, les Israéliens accusent le FPLP d'être impliqué dans la réalisation de l'attentat qui eut lieu en 1980, à la synagogue de la rue Copernic, à Paris, et qui fit quatre morts et quarante-six blessés[6]. Au milieu des années 1970, Habache aurait participé activement à la création de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie (Asala)[7], à Beyrouth.

Relations avec les autres factions palestiniennes

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Marxiste, le FPLP de Georges Habache représente une tendance qui se distingue du Fatah de Yasser Arafat, plus à droite, cette différence étant notamment symbolisée par la couleur des keffieh qu'ils portent, les damiers étant rouges pour l'un, et noirs pour le second. En 1974, Habache constitue un « Front du refus » avec d'autres représentants de factions palestiniennes pour s'opposer à l'évolution dogmatique de l'OLP qui fait désormais de la proclamation d'un État sur une partie du territoire revendiqué sa priorité[4]. Il rejette également les rapprochements de Yasser Arafat avec les régimes jordanien et égyptien, qu'il juge trop liés aux États-Unis[4]. Il s'oppose aux Accords d'Oslo signés en 1993, estimant que ces accords marginalisent les réfugiés palestiniens, et continue de soutenir que seule la création d'un État binational attribuant des droits égaux aux populations juives et arabes est à même d'apporter une solution durable au conflit israélo-palestinien. Malgré ses divergences, il choit de rester au sein de l'OLP au nom de la préservation de l'unité nationale palestinienne[4].

Depuis les années 1980 et la popularité croissante des courants islamistes, et en particulier du Hamas, le FPLP pratique sur le terrain en particulier à Gaza une alliance militaire avec le Hamas et le Jihad islamique palestinien. Une délégation du FPLP est présente chaque année à l'anniversaire de la fondation du Hamas, tandis que le Hamas et le JIP se déplacent également pour célébrer l'anniversaire du FPLP[8],[9],[10].

En raison de ses relations étroites avec la Syrie[11], Ahmed Jibril se sépare de Georges Habache, alors en conflit avec le gouvernement baasiste de Damas. En 1968, Ahmed Jibril fonde une scission du FPLP, le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général (FPLP-CG). Ce groupe s'est fait remarquer pour ses captures de militaires israéliens pendant la guerre du Liban. Il y a plusieurs clivages : si Georges Habache et le FPLP ont montré de la solidarité avec la Syrie à plusieurs reprises (guerre du Liban, guerre civile de 2011 et attaque victorieuse de Joulani en 2024), Ahmed Jibril a toujours été beaucoup plus proche de la Syrie que Georges Habache[12]. Jibril a aussi reproché le côté marxiste verbeux voire doctrinaire du mouvement alors que le FPLP-CG ne se revendique pas du marxisme et ne produit d'ailleurs pas de textes. Il est entièrement focalisé sur l'action militaire alors que le FPLP est un véritable parti politique en plus d'être un groupe armé. Le mouvement de Jibril est d'ailleurs essentiellement présent sur le sol syrien dans les camps de réfugiés palestiniens tandis que le FPLP de Habache est essentiellement présent en Cisjordanie et à Gaza. Jibril est musulman et Habache chrétien mais cela a une faible incidence, les deux dirigeants rejetant le sectarisme religieux.

Dernières années

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En 1992, Georges Habache est victime d'une attaque cérébrale. Il est soigné en France, ce qui provoque de vives réactions dans le monde politique français[13] et déclenche une véritable affaire Habache. À cette occasion, Israël proteste contre l'accueil d'un « chef terroriste aussi cruel »[14]. À la suite de cette affaire, le secrétaire général du Quai d'Orsay, François Scheer, quelques hauts fonctionnaires et la présidente de la Croix-Rouge française, Georgina Dufoix, démissionnent. Confrontée aux attaques de la droite, la Première ministre Édith Cresson écarte le la tenue d'élections anticipées[15].

En décembre 2000, Georges Habache démissionne de son poste de secrétaire général du FPLP. Quelques mois plus tard, son remplaçant et ancien adjoint, Abou Ali Mustafa, est assassiné par l'armée israélienne. Son idéologie révolutionnaire, sa détermination et ses actions de « résistance » font de Georges Habache un nationaliste palestinien qui conserve une forte popularité dans les territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne.

Le FPLP et les mouvements de gauche perdent une grande partie de leur influence à partir des années 1990[2]. Habache déplore pour sa part la montée de l'islamisme dans le monde arabe : « Après la chute de l’URSS, les échecs des mouvements de libération nationale et de l’unité arabe, les populations ont perdu leurs idéaux, elles se sont ruées sur l’islamisme, y voyant une alternative, un nouvel espoir. Sur le plan politique, cette montée en puissance de l’islamisme constitue une régression »[16].

Le , à l'âge de 81 ans, il meurt d'une crise cardiaque dans une clinique d'Amman.

Notes et références

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  1. Andrews, Edmund L. & Kifner, John. "George Habash, Palestinian Terrorism Tactician, Dies at 82", The New York Times (27.01.08); Lucien, George. "Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la Palestine, est mort", Le Monde (26.01.08); Gresh, Alain. "Arafat-Widersacher George Habasch gestorben", Neue Zürcher Zeitung (26.01.08)
  2. a et b Gideon Levy, « Palestine-Israël. Cette biographie consacrée à George Habache montre en quoi il avait raison », sur A l'encontre,
  3. Ronen Bergman, Lève-toi et tue le premier. L'histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël , traduit par Johan-Frédéric Hel Guedj. Paris : Bernard Grasset, 2018. (ISBN 978-2-246-821-7[à vérifier : ISBN invalide]).3, p. 191.
  4. a b c et d « Biographie de GEORGES HABACHE (1924-2008) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  5. « Cent ans d’un royaume improbable : la stabilité à tout prix – II », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  6. Lucien, George. « Georges Habache, le fondateur du Front populaire de libération de la Palestine, est mort », in Le Monde, 26/01/08
  7. Gaidz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, PUF, 2002, p. 29.
  8. (en) [vidéo] « Palestinians join festival marking 55th anniversary of Popular Front in Gaza » (consulté le )
  9. « PFLP celebrates 44th anniversary », sur Middle East Monitor, (consulté le )
  10. [vidéo] « Hamas marks 35th founding anniversary with Gaza rally », AP Archive, , 2:47 min (consulté le )
  11. interview donnée à al Quds Al Arabi, c'est également un ancien officier de l'armée Syrienne, réseau voltaire. Israel Versus Jibril: The Thirty-Year War Against a Master Terrorist, Samuel M. Katz, Universal Sales & Marketing, mai 1993. (ISBN 978-1557784339)
  12. Le Monde
  13. Favier, Pierre, 1946-, La décennie Mitterrand. 4, Les déchirements (1991-1995), Ed. du Seuil, (ISBN 2-02-029374-9, 978-2-02-029374-7 et 2-02-014427-1, OCLC 41340549, lire en ligne)
  14. Pierre Haski, La mort en exil de Georges Habache, éternel rival d'Arafat, rue89, nouvelobs.com, 28 janvier 2008.
  15. INA, Assemblée nationale discours politique d'Édith Cresson, 19/20, - 07/02/1992 - 1 min 47 s
  16. Vijay Prashad, « Mahdi Amel, marxiste libanais », sur BALLAST, (consulté le )
Œuvres de collaboration
  • Avec Georges Malbrunot, Les révolutionnaires ne meurent jamais : conversations avec Georges Malbrunot, éditions Fayard, coll. « Témoignages pour l'histoire », Paris, 2008, 326 p. + 12 p. de planches illustrées, (ISBN 978-2-213-63091-5), (BNF 41193777).

Articles connexes

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