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Jean de Vienne

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Jean de Vienne
Jean de Vienne
Buste de Jean de Vienne, galerie des Batailles, château de Versailles.

Surnom Le « Du Guesclin » de la Mer
Naissance vers 1340
Dole
Décès (à ~ 55 ans)
Bataille de Nicopolis (Bulgarie)
Mort au combat
Origine Comté de Bourgogne
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Dignité d'État Amiral de France
Années de service 1358 – 1396
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes •1362 : Bataille de Brignais
•1364 : Bataille de Cocherel
•1365-1367 : Croisade d'Amédée VI de Savoie
•1374-1375 : Siège de Saint-Sauveur-le-Vicomte
•1377-1380 : Pillage des côtes anglaises
•1382 : Bataille de Roosebeke
•1385 : Bataille de L'Écluse
•1385 : Siège de Wark
•1388 : Expédition de Gueldre
•1390 : Expédition de Barbarie
•1396 : Voyage de Hongrie
Distinctions Chevalier (1362)
Chevalier de l'ordre du Collier (1365)
Amiral de France (1373)
Autres fonctions Gouverneur de Honfleur (1370)
Capitaine général du roi en Basse-Normandie (1374)
Famille Fils de Guillaume II de Vienne, Gendre de Jean d'Oiselay, Mari de Jeanne d'Oiselay, Neveu de Jean de Vienne, gouverneur de Calais
Signature de Jean de Vienne

Emblème

Jean de Vienne, né à Dole vers 1340[1],[2] et mort à la bataille de Nicopolis le , est un militaire franc-comtois au service du Royaume de France, connu pour son rôle dans la marine de guerre.

Origines familiales

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Portrait de Jean de Vienne, Galerie des Illustres du château du Beauregard (XVIIe siècle).

Issu de la lignée franc-comtoise des comtes de Vienne, Jean de Vienne est le fils de Guillaume Ier ou II de Vienne, seigneur de Roulans (vers 1305-1360), fils cadet de Jean Ier de Vienne sire de Mirebel, et de Claudine ou Marguerite de Chaudenay (vers 1315-1349). Outre Roulans[1], Jean de Vienne sera seigneur de Chevigny, et de Saint-Ursanne dans la principauté épiscopale de Bâle, acquis en 1376[3]. Son oncle et homonyme, Jean de Vienne (mort en 1351), avec lequel on l'a souvent confondu, est gouverneur et défenseur de Calais lors du siège de 1346-1347.

Le testament de son père révèle qu'il fut l'aîné d'une fratrie de huit enfants. Il eut trois frères (Guillaume, Simon et Odet) et quatre sœurs (Jeanne, Jaquette, Marguerite et Catherine). Guillaume (mort en 1407) fut archevêque de Rouen, évêque d'Autun et de Beauvais, abbé de Saint-Martin d'Autun et de Saint-Seine. Sa sœur Jeanne (morte en 1360) eut comme époux Jean III de Nant (mort en 1381) et leur fils Jean de Nant fut archevêque de Vienne puis évêque de Paris.

Tous ces personnages appartiennent à la maison de Vienne.

Début de carrière

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Jean de Vienne est signalé aux alentours d'Avallon en 1358 sous le commandement de son parent Jacques de Vienne, seigneur de Longwy, capitaine général des Guerres de Bourgogne, oncle paternel de Guillaume de Saint-Georges et Sainte-Croix. De 1358 à 1364, Jean participe à la lutte contre les grandes compagnies, bandes de combattants et de mercenaires jetées sur les routes du royaume à la suite du traité de Brétigny (1360). Il est signalé à la bataille de Brignais (1362).

Il est créé sixième chevalier de l'ordre du Collier, en 1364, par le comte de Savoie, Amédée VI[4]. Il prend part à l'une des expéditions, parfois considérée comme une croisade, organisée par le comte de Savoie[5].

Principales attaques menées sur les côtes anglaises par les escadres de Jean de Vienne (1377-1380).

Il participe également à la bataille de Cocherel, aux côtés de Bertrand du Guesclin, et qui devait déboucher sur le sacre de Charles V.

De retour en France, il prend part une nouvelle fois à la lutte contre les Compagnies avant de se lancer, aux côtés du duc d'Anjou, frère de Charles V, dans la reconquête du royaume. Ainsi, entre 1369 et 1373, il est signalé, entre autres, à Montpon-Ménestérol et Sainte-Sévère. Il prend une part active dans la libération de l'Aquitaine et de l'Anjou.

On le retrouve sur mer, en 1372, aux côtés du capitaine de galères Reynier Grimaldi.

En 1373, lors de la désastreuse chevauchée du duc de Lancastre, il réussit à surprendre un détachement anglais à proximité d'Oulchy-le-Château et parvient à capturer plusieurs chevaliers. Ce fait d'armes a certainement dû finir par convaincre le roi de sa haute valeur militaire.

En 1373, Charles V le nomme amiral de France. Il réorganise la marine, met en place un important programme de construction, créé les garde-côtes, organise des surveillances sur les côtes et délivre des licences pour la construction et vente des bateaux. Vienne pousse le roi à développer à nouveau l'outil naval français, abandonné après la désastreuse bataille de L'Écluse en 1340 qui a vu la flotte française quasiment disparaître.

Buste d'homme au front dégarni et au nez pointu portant un vêtement rouge décoré d'un aigle, de profil
Portrait par Jean-Pierre Franque, huile sur toile, 1840.

Jean de Vienne a été un des premiers stratèges à comprendre que les opérations navales, notamment amphibies, pouvaient faire fléchir l'Angleterre, de sorte qu'il conduisit plusieurs expéditions contre les côtes du sud de l'Angleterre, de 1377 à 1380, de Plymouth en passant par l'île de Wight jusqu'à Rye.

Entre 1381 et 1385, il se bat, toujours pour le roi de France, Charles V, contre les Flamands, notamment lors de la bataille de Roosebeke.


En 1385, après avoir conseillé l'opération au roi de France, le roi missionne Jean de Vienne pour mener un débarquement en Écosse avec une armée française transportée par 180 navires, dans le but de prendre à revers les Anglais et d'envahir l'Angleterre par le nord. En route, il bat une flotte anglaise qui tentait d'empêcher les Français de rejoindre l'Angleterre lors de la seconde bataille de l'Écluse. Malgré la victoire de Wark[6], après la défection des Écossais, il est contraint de faire retraite et à ré-embarquer.

Après que Charles VI eut succédé à son père Charles V sur le trône de France, la Marine connut un déclin car Charles VI ne partageait pas l'intérêt de son père.

Jean de Vienne rejoint alors la Croisade[6] du roi Sigismond de Hongrie contre l'Empire ottoman. Il est tué lors de la bataille de Nicopolis en Bulgarie. Son corps est rapatrié et inhumé dans la chapelle familiale dans l’abbatiale de l’abbaye cistercienne de Bellevaux[7] en comté de Bourgogne (actuelle Franche-Comté).

Jean de Vienne est le premier amiral français à avoir conçu et mis en œuvre une véritable stratégie navale[8].

Trois bâtiments de la Marine nationale ont porté son nom[9].

Postérité

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Jean de Vienne (les généalogies anciennes données par le Père Anselme[10] et Moréri[11] sont en partie dépassées ; Gérard Pelot a renouvelé la question[3]) épousa en Jeanne d'Oiselay (branche bâtarde des comtes de Bourgogne, issue d'Etienne, fils naturel d'Étienne II d'Auxonne), dame de Bonnencontre et probablement de Clervans/Clairvans. Ils eurent vraisemblablement trois enfants : Philippe, Pierre et Jeanne.

En 1373, Charles V le Sage le nomma amiral de France. Il réorganisa la marine, mis en place un important programme de construction, créa les garde-côtes, organisa des surveillances sur les côtes et délivra des licences pour construire et vendre des bateaux[12].

Notes et références

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  1. a et b Laurent Olivier, « Au service du prince. Jean de Vienne face aux grandes compagnies, des contreforts occidentaux du Jura aux côtes orientales de la Turquie (1364-1366) », Publications du Centre Européen d'Etudes Bourguignonnes, vol. 58,‎ (lire en ligne).
  2. « 1341 environ » d'après Encyclopædia Universalis.
  3. a et b « Jean de Vienne, p. 166-182, notamment p. 167 et 174 », sur Les derniers grands feux (?) d’une maison comtoise et bourguignonne : Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges et de Sainte-Croix, 1362-1437, volume I : thèse soutenue par Gérard Pelot en décembre 2012, Université de Franche-Comté ; en ligne sur HAL-Archives ouvertes
  4. Dino Muratore, « Les origines de l'ordre du collier de Savoie dit de l'Annonciade », Archives héraldiques suisses, no 23,‎ , p. 5-12 (lire en ligne), Dino Muratore, « Les origines de l'ordre du collier de Savoie dit de l'Annonciade [suite] », Archives héraldiques suisses, no 23,‎ , p. 59-66 (lire en ligne).
  5. René Grousset, Les Croisades, Quadrige / Presses universitaires de France (PUF), Paris, 1994.
  6. a et b Mary Cousin, Manus Deï (ISBN 9782952970501).
  7. L'église fut rasée après la Révolution française et les tombes dispersées
  8. Étienne Taillemite, dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1475.
  9. Une frégate anti sous-marine de la Marine nationale sera restée en service jusqu'en 2018.
  10. « Maison de Vienne, p. 794-813, surtout p. 808-812 », sur Histoire généalogique et chronologique de la Maison de France, t. VIII, 1733, par le Père Anselme de Ste-Marie et Honoré Caille du Fourny, chez les Libraires associés à Paris
  11. « Maison de Vienne, p. 104-109, surtout p. 106-107 », sur Grand Dictionnaire historique, t. VIII, 1740, par Louis Moréri
  12. 26 (ou 28) septembre 1396 : Mort au combat du grand Amiral de France Jean de Vienne.
  13. Thèse de l'historien Gérard Pelot, Les derniers grands feux (?) d'une maison comtoise et bourguignonne : Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges et de Sainte-Croix, 1362-1437 (2012), référencée dans l'article Ste-Croix-Guillaume en notes 8 à 13.

Bibliographie

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  • Léon Guérin, Histoire Maritime de France, Paris, 1851, p. 468 [lire en ligne].
  • Terrier de Loray, Jean de Vienne, amiral de France, Paris, 1878.
  • Bernard de Pirey Saint-Alby, Le Du Guesclin de la mer, l'amiral Jean de Vienne (1341-1396), Le Masque, (ASIN B0046PLZF4).
  • Alexandre Gauthier, Gilles Erny (Illustrations) et Robert Schwint (Préface), Jean de Vienne : Du croiseur à la corvette A.S.M., FeniXX réédition numérique (Ville de Besançon), , Kindle (ISBN 978-2307338154).
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8).
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, éditions Tallandier, , 573 p. (ISBN 2-84734-008-4).
  • H. Terrier de Loray (marquis), Jean de Vienne : Amiral de France. (1341-1396), Ulan Press, , 518 p. (ASIN B009FKFHNQ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Jacques-Donald de Certaines, Deux chefs de guerre au Moyen-Age : L'amiral Jean de Vienne et le connétable Bertrand du Guesclin, Apogée, , 176 p. (ISBN 978-2843984280).

Articles connexes

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Plusieurs bateaux de la marine française furent nommés en son honneur. Parmi d'autres, on trouve :

Liens externes

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