Aller au contenu

Masurca

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Masurca
Masurca
Présentation
Type de missile Missile sol-air
Constructeur ECAN de Ruelle
Matra
Développement 1955-1968
Statut Retiré du service
Déploiement 1968-2009
Caractéristiques
Nombre d'étages Missile
Accélérateur
Moteurs Propergol solide
Ergols Plastolite
Masse au lancement t
Longueur 8,6 m
Diamètre 0,57 m
Envergure 1,5 m
Vitesse Mach 3
Portée Mk1 25 km
Mk2 Mod 2 40 km
Mk2 Mod 3 55 km
Altitude de croisière Mk1 18 km
Mk2 23 km
Charge utile 100 kg
Guidage Mk1 et Mk2 Mod 2 Téléguidage par alignement
Mk2 Mod 3 Autoguidage électromagnétique semi-actif
Détonation Fusée de proximité
Plateforme de lancement Suffren, Duquesne, Colbert
Pays utilisateurs
Drapeau de la France France

Le Masurca est un système de missile surface-air de moyenne portée français développé par l'ECAN de Ruelle et Matra grâce à des transferts de technologie américains. Il est en service dans la Marine nationale entre 1968 et 2009, date de son remplacement par le système de lancement vertical Sylver équipé du missile Aster 30.

Développement

[modifier | modifier le code]

Le développement du missile Masurca (pour MArine SUpersonique Ruelle Contre Avion) par l'ECAN de Ruelle commence en 1955 sous la responsabilité de l'ingénieur général de l'armement Jean Peyrat[1]. Suite à l'annulation du missile Maruca en 1958, le Masurca reprend son rôle[2].

En 1959, le missile est fortement modifié grâce à la connaissance du missile américain RIM-2 Terrier obtenue suite à la décision américaine de le vendre à la France, ce qui permet de limiter les risques pris et d'accélérer le développement du missile. La même année commence le developpement d'une nouvelle version du Masurca grâce à la connaissance du missile américain RIM-24 Tartar[1].

Les premiers essais du Masurca ont lieu au Centre des essais de la Méditerranée sur l'île du Levant[3] avec la participation dès 1959 du navire d'expérimentation Île d'Oléron[4]. Cinquante tirs sont réalisés jusqu'en 1968, année de la validation opérationnelle du missile[3]. Ce résultat est obtenu après l'implication de Matra dans la finalisation du missile en assurant sa co-maîtrise d'oeuvre avec l'ECAN de Ruelle entre 1966 et 1972[1].

Intégration

[modifier | modifier le code]

Un total de sept systèmes Masurca sont initialement prévus pour équiper six frégates antiaériennes de 4 700 tonnes et un porte-hélicoptères devant servir de croiseur-école. Cependant, la priorité accordée au programme de sous-marins nucléaires français entraîne une réduction drastique du nombre de systèmes commandés à seulement quatre pour un porte-hélicoptères et trois frégates[5], mais la troisième frégate est sacrifiée pour acheter 42 intercepteurs F-8 Crusader aux États-Unis[3].

Ainsi les deux seules Frégates Lance-Engins équipées de missiles Masurca sont la Suffren et la Duquesne qui entrent en service respectivement en 1967 et 1969. Le sytème destiné au porte-helicoptères Jeanne d'Arc est quant à lui transféré sur le croiseur Colbert pendant sa refonde de 1970[5].

Le missile Masurca est régulièrement amélioré avec l'introduction de nouvelles versions plus performantes[3] avant d'être remplacé par le missile Aster 30 équipant les systèmes de lancement vertical Sylver des nouvelles frégates de classe Horizon à partir de 2009[6].

Caractéristiques du système

[modifier | modifier le code]

Le missile Masurca a une masse de deux tonnes pour une longueur de 8,6 mètres[1], un diamètre de 57 cm et une envergure de 1,5 mètre[3]. Il est composé d'un missile et d'un accélérateur qui propulse le missile pendant cinq secondes à la vitesse de 800 m/s avant de s'en séparer grâce aux menattes explosives qui relient ces deux éléments. Le propulseur à poudre du missile prend ensuite le relais pour atteindre la vitesse terminale de Mach 3[3].

Le missile porte une charge militaire de 100 kilos efficace de 30 mètres à 23 km d'altitude avec une portée de 55 km[3] grâce à sa propulsion par un propergol solide, le plastolite[1]. La charge militaire explose grâce à une fusée de proximité située au milieu du missile et produite par TRT[7].

Système d’arme

[modifier | modifier le code]

Le bon fonctionnement du missile Masurca repose sur un important système d'armes d'une masse totale de 450 tonnes, restreignant sa capacité d'intégration à des navires de fort tonnage. Il est composé de plusieurs éléments différents :

Suffren par bâbord-arrière. En partant de l'arrière : la rampe double MASURCA, les deux radars de conduite de tir et l'énorme radôme abritant le radar de veille DRBI-23.
  • Une trappe de chargement permettant l'embarquement séparé des missiles et des accélérateurs par le pont teugue du côté tribord arrière. Un ascenseur monte ces deux éléments à la chambre relais tandis que dix missiles démontés peuvent être stockés dan une soute[1].
  • Une chambre relais permettant l'assemblage du missile et de l'accélérateur Masurca consistant à monter les empenages arières et à déplier les gouvernes afin de permettre leur stockage dans un barillet[1].
  • Une soute composée de deux barillets horizontaux accueillant chacun dix-huit missiles dont un de manoeuvre déstiné à vérifier le bon fonctionnement du système d'armes[1].
  • Une rampe double portant deux missiles Masurca. Ce système de lancement lourd de 40 tonnes, haut de 4 mètres et large de 4,45 m est orientable en site et en gisement entre +6° et +70° d'inclinaison. La vitesse de pointage vertical est de 25° par seconde alors que celle du pointage horizontal est de 40° par seconde ce qui donne la direction initiale de la cible[1].
  • Un ensemble de conduite de tir composée d'un radar de veille DRBI-23[8], de deux radars de conduite de tir DRBR-51 associé chacun à une caméra optique[9], d'un calculateur produit par IBM-France[5] et d'un système automatique de traitement des informations tactiques SENIT 1 et 2[10].

Le missile Masurca évolue au fil du temps et s'améliore notamment grâce à des transferts de technologie américains permettant d'optimiser la portée et le guidage du missile.

Masurca Mk1
Version initiale du missile utilisée pendant les tests de qualification[3] capable d'intercepter des avions allant à 800 noeuds à une distance de 25 km et à une altitude de 18 km. Le guidage du missile se fait par téléguidage d'alignement entre le missile, le but et le tireur[11].
Masurca Mk2 Mod 2
Version améliorée du missile grâce à la livraison d'un système de missiles RIM-2 Terrier par les États-Unis dont il reprend la configuration générale. Le missile atteint une portée de 40 km et un plafond de 23 km à la vitesse de Mach 3, le guidage garde le téléguidage par alignement du Mk1 amélioré grâce à l'ajout d'un calculateur numérique fournit par IBM-France. Cette version est mise en service en 1966 et est retiré du service en 1975[1].
Masurca Mk2 Mod 3
Version améliorée du missile grâce à la livraison d'un système de missiles RIM-24 Tartar par les États-Unis pour équiper les escorteurs lance-missile de classe T47, ce qui permet la conception d'un autoguidage électromagnétique semi-actif capable d'intercepter des cibles à basse altitude. Cette nouvelle version est mise en service en 1970 puis modernisé au début des années 1980[1].

Engagements

[modifier | modifier le code]

Utilisation

[modifier | modifier le code]

La Marine nationale utilise le Masurca installé sur la Suffren, la Duquesne et le Colbert pour assurer principalement la défense aérienne de la force d'action navale française et en particulier de ses porte-avions, la protection de convois composés de navires marchands étant également possible[3]. Cette capacité est renforcée par quatre escorteurs d'escadre équipés du missile RIM-24 Tartar américain[12].

L'histoire opérationelle du missile Masurca se confond alors avec celle des bâtiments qui en sont équipés mais il n'est jamais utilisé en condition de combat[3].

La caravelle Ajaccio-Nice s'abîme en mer 11 septembre 1968, une hypothèse pour expliquer le crash étant le tir d'un missile Masurca par la frégate Suffren[13].

Le 30 avril 1970, un missile Masurca s'écrase à Le Lavandou après un tir d'essais mené par l'Île d'Oléron proche de l'île du Levant. Si le missile dépourvu de charge explosive ne fait aucune victime, il endommage une dizaine de villas dont celle du beau-frère du ministre de la Défense Michel Debré et créé une polémique nationale[14].

Notes et références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c d e f g h i j et k René Carpentier, « Les missiles tactiques », sur eurosae.com, (consulté le )
  2. (en) jwh1975, « WWII German-based postwar French naval weapon projects », sur wwiiafterwwii, (consulté le )
  3. a b c d e f g h i et j Franck Dubey, « Missile anti-aérien Masurca », sur www.netmarine.net (consulté le )
  4. Vincent Groizeleau, « Plongée dans les archives : l’ancien bâtiment d’expérimentation Ile d’Oléron », sur Mer et Marine, (consulté le )
  5. a b et c Maurice Brunet, « Les missiles de la Marine de 1968 à 1970 », dans Armement et ve République : Fin des années 1950 - fin des années 1960, CNRS Éditions, coll. « Hors collection », , 235–239 p. (ISBN 978-2-271-07827-8, lire en ligne)
  6. Fabrice Wolf, « De l'Aster 15 au B1NT, l'épopée du meilleur missile antiaérien du moment », sur meta-defense.fr, (consulté le )
  7. Claude Cossé et Raymond Strauch, « La technique n’est que le fil conducteur des aventures d’une équipe qui a participé à la renommée de TRT. », sur amitrtlu.free.fr, (consulté le )
  8. Pierre Vaillant, « Radar Tutoriel - DBRI 23 » [archive du ], sur www.radartutorial.eu (consulté le )
  9. Pierre Vaillant, « Radar Tutoriel - DRBR 51 » [archive du ], sur www.radartutorial.eu (consulté le )
  10. Vincent Groizeleau, « Navires : Les frégates lance-missiles du type Suffren », sur Mer et Marine, (consulté le )
  11. Jacques Schatz, « Le système d'arme Masurca », sur imagesdefense.gouv.fr, (consulté le )
  12. Vincent Groizeleau, « Plongée dans les archives : les frégates lance-missiles Suffren et Duquesne », sur Mer et Marine, (consulté le )
  13. « VIDEO. "Affaires sensibles". Crash de la Caravelle Ajaccio-Nice : l'hypothèse de la collision avec un missile », sur Franceinfo, (consulté le )
  14. Jean-Marc Vincenti, « Au Lavandou, le 30 avril 1970, un missile s’écrasait sur la Fosette », sur Nice-Matin, (consulté le )

Bibliographie

[modifier | modifier le code]
  • Yan le Pichon, « Les Masurcas attaquent », Science et Vie, no 516,‎ , p. 53-59

Articles connexes

[modifier | modifier le code]

Liens externes

[modifier | modifier le code]