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Rauda Morcos

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Rauda Morcos (روضة مرقص ; ראודה מורקוס) est une poétesse lesbienne israélienne palestinienne et militante LGBTIQ.

En 2003, elle a été outée comme lesbienne par un journal national israélien, ce qui a entraîné son licenciement, des agressions physiques et des dommages sur sa voiture. Elle a ensuite aidé d'autres femmes à créer Aswat en Israël, le premier groupe palestinien dédié au soutien aux lesbiennes, qu'elle a initialement dirigé.

Morcos est citée dans plusieurs ouvrages universitaires et articles sur le militantisme queer, la situation des personnes LGBTIQ en Israël et Palestine et sur le féminisme arabe contemporain[1],[2],[3].

Elle nait dans le nord d'Israël et vit à Haïfa[4],[5]. Elle a été publiquement « outée » en 2003 à la suite d’un entretien avec un quotidien israélien. Malgré sa demande de ne pas aborder son orientation sexuelle, le journaliste a titré le mot « lesbienne » en première page et a accompagné l’article d’une photo d’elle. Cette révélation a eu d’importantes conséquences dans la société palestinienne en Israël, alors perçue comme profondément homophobe, et a exposé Morcos à différentes formes de harcèlement, d’agressions physiques et de vandalisme. Elle a également perdu son emploi mais a refusé de renier publiquement son identité[6].

En 2006, elle reçoit le prix Felipa De Souza de l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission, qui salue sa contribution à la défense des droits LGBTIQ[6].

Elle agit aujourd’hui comme organisatrice régionale pour la région MENA et travaille également en freelance avec l’ONG Hivos (Pays-Bas).

Rauda Morcos est également poétesse. Ses écrits abordent des thèmes autour du désir, de la résistance et des identités plurielles, contribuant à l’expression littéraire arabe queer[7].

Son témoignage et ses analyses sont régulièrement sollicités, aussi bien dans les médias spécialisés que lors de conférences internationales[8].

En 2003, Morcos est interviewée par Yedioth Ahronoth à propos de sa poésie ; le journal révèle dans cette interview qu'elle est lesbienne, alors que, selon Morcos, le journaliste avait promis de ne pas révéler cette information[9],[10].

Cet outing a de graves conséquences : elle perd son emploi d'éducatrice jeunesse[11], reçoit des menaces de mort[4], sa voiture est endommagée et elle est physiquement agressée[9].

Militantisme

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Morcos travaille comme conseillère régionale auprès d'organisations telles que l'Astraea Lesbian Foundation for Justice, le Coalition of Women for Peace, le Global Fund for Women, Human Rights Watch et Mama Cash. Depuis 2012, elle travaille en freelance pour Hivos, une organisation néerlandaise d'aide au développement, et poursuit des études de droit au Centre académique Carmel à Haïfa[9].

Morcos fonde avec d'autres femmes l'association Aswat (es) (« Voix ») en Israël en 2003 en tant qu'organisation soutenant les femmes lesbiennes, bisexuelles, intersexes, queer, trans et en questionnement ; cette association est la seule spécifiquement dédiée aux lesbiennes arabes dans la région[11],[5],[12]. Aswat est basé à Haïfa et est le premier groupe régional à offrir son soutien aux lesbiennes palestiniennes[9]. Aswat est co-dirigée par Ghadir Shafie (en) depuis 2008.

Le Mouvement islamique lance un boycott contre Aswat et appelle à l'annulation de sa première conférence en 2007[13] ; de plus, il proclame une fatwa contre Morcos[14]. Cela n'empêche pas la tenue de la conférence à Haïfa, à laquelle participent 350 personnes[4].

La Commission internationale des droits humains des gays et des lesbiennes décerne à Morcos le prix Felipa de Souza en 2006, en reconnaissance de son travail avec Aswat. Elle devient ainsi la première personne arabe à recevoir ce prix[15].

Positionnement

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Rauda Morcos attribue son engagement social et politique à son environnement familial, notamment à l’exemple de sa grand-mère qui a vécu la Nakba, sans jamais inciter explicitement ses proches à la résistance, mais en leur transmettant une conscience politique. Elle explique que, dès son enfance, il était interdit de brandir le drapeau palestinien ou même de prononcer le mot « Palestine » à l’école, preuve de la répression identitaire dans l’État d’Israël. Son militantisme s’affirme également par son refus des normes patriarcales pesant sur les femmes palestiniennes comme se marier, avoir des enfants et taire sa différence[6].

Elle dénonce les liens entre la répression israélienne contre les Palestiniens et celle des homosexuels, critiquant le mouvement israélien de défense des droits LGBT pour son manque d'implication dans la défense des Palestiniens[16].

Elle dénonce également l’utilisation par Israël de sa rhétorique LGBTQ+ comme « pinkwashing » pour masquer les violations des droits des Palestiniens : si la loi israélienne est en théorie progressiste, sa mise en application ne l’est pas, et l’homophobie, la transphobie, et le racisme persistent. Elle s’est opposée, au nom d’Aswat et d’autres organisations arabes, à l’organisation de l’EuroPride à Jérusalem pendant la guerre au Liban, dénonçant l’instrumentalisation du discours LGBTIQ à des fins politiques[6].

Morcos insiste sur la construction sociale aliénante des personnes palestiniennes et queer. Selon elle, ces identités marginalisées convergent dans une même lutte contre l’oppression. Elle milite avant tout pour les droits humains, et estime que la défense des personnes handicapées, les droits des femmes et la cause palestinienne sont intimement liés. Si elle déclare ne pas se reconnaître dans le nationalisme, elle juge néanmoins ces catégories nécessaires pour résister collectivement[6].

Elle critique une partie des ONG LGBTIQ occidentales pour leur approche « missionnaire », souvent inadaptée aux spécificités culturelles locales et parfois contre-productive. Elle reconnaît néanmoins le rôle crucial de la coopération internationale, tout en revendiquant le droit des militant·es arabes à inventer leurs propres stratégies et langages, sans se contenter de la copie occidentale[6].

Rauda Morcos insiste sur l’importance de lier luttes queer et lutte contre l’occupation israélienne et affirme que la reconnaissance des minorités sexuelles contribue à l’unité nationale. Aswat s’est positionné contre l’occupation et a été sollicité par d’autres groupes dans des actions collectives. Pour Morcos, une société palestinienne inclusive et queer-friendly est possible si ses citoyen·nes « queers » en font la demande et s’engagent publiquement[6].


Publications poétiques

En 2003, un de ses poèmes abordant l’exil, l’identité et la condition de femme lesbienne palestinienne a été publié et cité dans diverses études et articles universitaires. Le texte commence par « Departing a city, a house, a bed, a roof… » et exprime la thématique du déplacement et de la marginalisation. Ses poèmes figurent dans plusieurs anthologies féministes et queer, notamment autour de la poésie arabe contemporaine. Par exemple, l’anthologie « Min Fami: Arab Feminist Reflections on Identity, Space and Resistance » (Inanna Publications, 2025)[17],[18].

Rauda Morcos a également présenté ses poèmes lors de lectures publiques, comme à Toronto en septembre 2004 à la Toronto Women’s Bookstore[19].

Références

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  1. « Queer politics, Palestine and Palestinian lesbian activism in Israel - Europe Solidaire Sans Frontières », sur www.europe-solidaire.org (consulté le )
  2. « Samar Habib, "Politique queer, Palestine et activisme lesbien palestinien en Israël" - 4EDU », sur www.4edu.info (consulté le )
  3. Valérie Pouzol, « De l’Eden gay au front pionnier : Construction de la « frontière » dans les luttes et discours militants LGBTQ en Israël et en Palestine (1988-2012) », dans Israël/Palestine, l'illusion de la séparation, Presses universitaires de Provence, coll. « Sociétés contemporaines », , 219–234 p. (ISBN 979-10-365-4215-2, lire en ligne)
  4. a b et c (en) Vanessa Baird, The No-Nonsense Guide to Sexual Diversity, New Internationalist, , eBook (ISBN 978-1-906523-64-0, lire en ligne)
  5. a et b Luongo, « Pinkwashing’s Complicated Context », Gay City News,
  6. a b c d e f et g « Wayback Machine » [archive du ], sur alraidajournal.lau.edu.lb (consulté le )
  7. « Les Mots du désir », sur calameo.com (consulté le )
  8. [vidéo] « Rauda Morcos: A Queer Palestinian Voice Exile, Poetry, and Political Resistance :Hamid Oqabi », Hamid Oqabi, , 27:49 min (consulté le )
  9. a b c et d Habib et Moujaes, « Between Patriarchy and Occupation: Rauda Morcos and Palestinian Lesbian Activism for Bodily Rights », Al-Raida Journal,‎ 2012–2013, p. 58–64 (DOI 10.32380/alrj.v0i0.92, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  10. (en-GB) « Coming out in Arabic », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  11. a et b (en-US) « Sexuality and the National Struggle: Being Palestinian and Gay in Israel | MR Online », sur mronline.org, (consulté le )
  12. « היכל הקהילה 2015: 40 המשפיעים בתולדות הקהילה », mako,‎
  13. « I'm still alive », New Internationalist,
  14. Konrad, « 'A queer cry for freedom': Meet the LGBTQ Palestinians demanding liberation », +972 Magazine,
  15. (en) « A Celebration of Courage: Rauda Morcos, Founder of ASWAT, the First Palestinian Lesbian Group, Receives Felipa Award » [archive du ], OutRight Action International, (consulté le )
  16. (en) David A. Gerstner, Routledge International Encyclopedia of Queer Culture, Routledge, (ISBN 978-0-415-30651-5, lire en ligne), p. 314
  17. (en-US) « Min Fami: Arab Feminist Reflections on Identity, Space and Resistance », sur Inanna Publications, (consulté le )
  18. « reading », sur pocketbook.de (consulté le )
  19. (en-CA) « 'A language no one else is speaking' | Xtra Magazine », (consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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