Studio One
Jamaica Recording and Publishing Studio Limited
| Fondation | 1963 |
|---|---|
| Fondateur | Clement « Coxsone » Dodd |
| Sous-label | Antics Disc · Blue Mountain · Bongo Man · Budget · Bugget · C And N Records · Collector's Series S.O. World · Coxson · Coxsone Records · Faze Four |
| Distributeur |
Heartbeat Records (rééditions) Soul Jazz Records (rééditions) |
| Genre | Ska, rocksteady, reggae, dub, dancehall |
| Pays d'origine | Jamaïque |
Studio One est un label discographique jamaïcain de reggae, basé à Kingston. Il est fondé en 1962 par le producteur jamaïcain Clement Seymour Dodd, dit Coxsone.
Histoire
[modifier | modifier le code]Des débuts au studio (1954–1963)
[modifier | modifier le code]Tout commence en 1954, lorsque C.S. Dodd décide de monter son propre sound system'[1]. Il y passe des disques de jazz, rhythm and blues ou boogie qu'il importe lui-même des États-Unis, puis grave ses propres productions sur des dubplates, destinés uniquement aux soirées de sound system. En effet, les productions RnB noires appréciées par le public jamaïcain deviennent de plus en plus rares aux États-Unis, éclipsées par le rock 'n' roll blanc[2].
C'est en 1959 qu'il produit ses premiers 45 tours destinés à la commercialisation, avec des artistes comme Theophilus Beckford ou Delroy Wilson. Fin 1963, Dodd fonde son propre studio d'enregistrement, le Jamaica Recording and Publishing Studio Limited, situé au 13 Brentford Road, dans le quartier de Cross Roads, dans une ancienne boîte de nuit nommée The End[3]. La construction est supervisée par Headley Jones, fabricant de sound systems. L'équipement électrique, dont l'enregistreur monopiste provenant du studio Federal, est installé par Sid Bucknor, cousin du père de Dodd[3]. Le studio passe ensuite à deux pistes, là encore en rachetant le matériel de Federal lors de ses mises à niveau successives[4]. La prise de son est assurée par Dodd lui-même, Bucknor et occasionnellement Graeme Goodall, jusqu'à l'arrivée de Sylvan Morris comme ingénieur en chef[4]. Dodd gérait alors plusieurs labels, dont D. Darling, Rolando and Powie et Muzik City. Le dernier créé, Studio One, donna rapidement son nom au studio[3].
Les musiciens de session et les Skatalites
[modifier | modifier le code]Parmi les musiciens qui enregistrent au studio figurent le tromboniste Don Drummond, les saxophonistes Tommy McCook et Roland Alphonso, le trompettiste Johnny « Dizzy » Moore, ainsi que l'organiste Jackie Mittoo. En 1964, ce groupe prend le nom de The Skatalites et devient le groupe de studio attitré de Dodd, accompagnant l'ensemble des artistes venant enregistrer[3] — un modèle qui restera en vigueur jusqu'à la fin des années 1980[2].
Rivalité avec Treasure Isle et son distinctif
[modifier | modifier le code]En 1964 selon Stolzoff[2], ou en 1965 selon Veal[4], Duke Reid ouvre à son tour le studio Treasure Isle, sur Bond Street, prolongeant dans le domaine du disque la rivalité que les deux hommes entretenaient depuis l'ère des sound systems. Des musiciens de l'époque soulignent des différences d'approche entre les deux établissements : alors que Dodd était réputé pour sa passion du jazz, le son de Studio One était considéré comme plus brut et populaire ; à l'inverse, Duke Reid, connu pour son caractère autoritaire, présidait à un son de Treasure Isle jugé plus sophistiqué sur le plan musical[4].
Production et héritage musical (années 1960–1970)
[modifier | modifier le code]Au cours des années 1960, Studio One enregistre de nombreux artistes jamaïcains : The Wailers, Ken Boothe, Marcia Griffiths, The Heptones ou encore Delroy Wilson. Dans les années 1970, le label produit notamment Johnny Osbourne, The Gladiators, Dennis Brown, Sugar Minott ou The Wailing Souls.
Les musiciens de Studio One et de Treasure Isle, issus du jazz, élaborent progressivement, au fil du ska et du rock steady, une synthèse alliant maîtrise instrumentale, chant soigné et composition rigoureuse[5]. Le label publie un grand nombre de riddims qui deviennent des références du genre, parmi lesquels le Real Rock, le Rock Fort Rock, le Declaration of Rights (1971) ou encore le Still In Love, fréquemment repris par d'autres producteurs. Chaque nouvelle génération d'artistes jamaïcains y revient[5].
Innovations techniques : dub et rhythm versions
[modifier | modifier le code]Studio One lance le concept de « discomix », versions longues des morceaux destinées aux pistes de danse. La pratique consistant à supprimer partiellement ou totalement les pistes vocales ou instrumentales lors du mixage, d'abord motivée par des raisons correctives, évolue progressivement vers une démarche créative à part entière[6]. Elle constitue l'une des premières étapes de ce qui deviendra l'un des procédés fondamentaux du dub : l'élimination sélective des pistes.
La version commerciale de cette pratique est la « rhythm version » : face B des singles 45 tours, elle reproduit le morceau en omettant la piste vocale, rendant accessible à un public plus large ce qui n'était jusqu'alors réservé qu'aux sound systems[6]. Studio One développe à partir de ce principe son célèbre mixage « Studio One Stereo », dans lequel les voix et les instruments sont strictement séparés sur les canaux gauche et droit, permettant à l'auditeur d'éliminer entièrement la piste vocale en jouant sur la balance de son appareil de lecture[6].
La question du crédit artistique
[modifier | modifier le code]Les pratiques commerciales de Dodd ont fait l'objet de nombreuses critiques : il versait aux artistes un forfait unique, sans reversement de royalties, pour des enregistrements qui se vendirent ensuite à des milliers d'exemplaires[7]. Cette pratique, commune aux débuts de l'industrie discographique jamaïcaine, poussa de nombreux artistes à éviter tout contrat exclusif et à travailler successivement avec plusieurs producteurs[7].
La question du crédit artistique est également soulevée : des rythmiques enregistrées par les musiciens de session continuent des décennies plus tard à être associées au nom de Dodd, alors qu'elles furent vraisemblablement composées par les musiciens eux-mêmes. Ainsi le Drum Song, enregistré par l'organiste Jackie Mittoo, est encore fréquemment désigné sous le nom de « Coxsone's riddim »[8]. Le producteur Clive Chin résume une opinion répandue en distinguant le producteur au sens strict du simple financier : « Them can't play music, them no know it » [« Ils ne savent pas jouer de la musique, ils n'y connaissent rien »][8].
Le label reste néanmoins à l'origine des carrières de nombreux artistes majeurs de la musique jamaïcaine, parmi lesquels Dillinger, Lone Ranger, The Wailing Souls, Michigan & Smiley, Prince Jazzbo ou Sugar Minott.
Déménagement à New York
[modifier | modifier le code]Le label ferme ses portes lorsque Dodd emménage à New York au milieu des années 1980[9]. Il continue de diriger son label depuis sa nouvelle base.
Formations
[modifier | modifier le code]Dans les années 1950, les différentes formations travaillant et enregistrant pour Coxsone Dodd sont dans un premier temps : The Joe Williams Band, The All Stars et The Blues Blasters qui sont habituellement dirigés par Cluett Johnson (basse). Le groupe, avec des musiciens comme Theophilus Beckford (piano et chant) et Roland Alphonso (saxophone), jouent essentiellement du rhythm and blues.
Dans la période de 1959 à 1963 ce seront des formations avec des hommes plus connus comme Roland And His Alley Cats ou His Upsetters, Don Drummond and his Greenlanders, Studio One Band et Monty and the Cyclones, vers 1963-1964, Tommy McCook and his Group.
Vers la fin 1964 The Skatalites (écrit Ska-Talites) et vers la fin de 1965 avec l'internement et la mort de Don Drummond émergent les Soul Brothers. Début 1967, suit un autre changement avec le rocksteady et les Soul Vendors, les Soul Defenders, The New Establishment ou les Sound Dimension. Dans le début des années 1970 les formations s'appellent The Brentford Road Disco Set et les Underground Vegetables.
Artistes
[modifier | modifier le code]- The Skatalites
- The Ethiopians
- Bob Marley and the Wailers
- Lee « Scratch » Perry
- Burning Spear
- Toots and the Maytals
- John Holt
- Horace Andy
- Ken Boothe
- Freddie McGregor
- Myrna Hague
- Dennis Brown
- Jackie Mittoo
- Gladiators
- Michigan and Smiley
- The Wailing Souls
- Dillinger
- Delroy Wilson
- Heptones
- Johnny Osbourne
- Marcia Griffiths
- Sugar Minott
- The Abyssinians
- Culture
- Soul Vendors
- Lone Ranger
- Carlton and the Shoes
- Alton Ellis
- Willi Williams
Sélection de productions
[modifier | modifier le code]Sélection de productions
[modifier | modifier le code]| Année | Artiste(s) | Titre | Genre |
|---|---|---|---|
| 1965 | The Wailing Wailers | The Wailing Wailers | Ska |
| 1968 | The Heptones | On Top | Rocksteady |
| 1968 | Delroy Wilson | Good All Over | Rocksteady |
| 1970 | Bob Andy | Bob Andy's Song Book | Rocksteady |
| 1971 | Freddie McKay | Picture on the Wall | Rocksteady |
| 1976 | Wailing Souls | The Wailing Souls | Reggae |
| 1977 | Sugar Minott | Showcase | Reggae |
| 1977 | Cedric Im Brooks | Im Flash Forward | Reggae |
| 1977 | Dub Specialist | Juk's Incorporation, Part Two | Dub |
| 1978 | Carlton & The Shoes | Love Me Forever | Rocksteady |
| 1979 | Johnny Osbourne | Truths and Rights | Reggae |
| 1979 | Freddie McGregor | Bobby Bobylon | Reggae |
| 1981 | Jennifer Lara | Studio One Presents Jennifer Lara | Reggae |
| 1982 | Wailing Souls | Soul & Power | Reggae |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Ian Thomson, The dead yard: tales of modern Jamaica, Nation Books, (ISBN 978-0-571-22761-7, lire en ligne).
- Stolzoff 2000, p. 57.
- Katz 2012.
- Veal 2013, p. 50.
- Veal 2013, p. 70.
- Veal 2013, p. 52.
- Stolzoff 2000, p. 177.
- Veal 2013, p. 48.
- ↑ (en) The Guinness Who's Who of Reggae, Guinness Publishing (UK), (ISBN 0-85112-734-7), p. 75.
Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]- David Katz (trad. Jérémie Kroubo Dagnini), Lee « Scratch » Perry : People Funny Boy, Rosières-en-Haye, Le Camion Blanc, , 990 p. (ISBN 978-2-35779-220-3)
- (en) Norman C. Stolzoff, Wake the Town and Tell the People : Dancehall Culture in Jamaica, Durham, Duke University Press, .
- (en) Michael E. Veal, Dub: Soundscapes and Shattered Songs in Jamaican Reggae, Middletown, Wesleyan University Press, (1re éd. 2007) (ISBN 978-0-8195-6572-3)
Liens externes
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- Site officiel
- Ressource relative à la musique :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :