Woira
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Woira est un lion d'Afrique né vers 1786 au Sénégal et mort en 1796 à Paris. Il est célèbre pour avoir été le premier lion présenté à la ménagerie du Jardin des plantes de Paris, et pour son amitié avec un chien. Ils restent aujourd'hui parmi les animaux qui ont fait les temps forts du parc. Une statue les représentant est installée à l'entrée du Jardin, rue Geoffroy-Saint-Hilaire.
Biographie
[modifier | modifier le code]À la fin de l'année 1787, le lionceau Woira est capturé au Sénégal et vendu à M. Pelletan, directeur de la Compagnie d'Afrique. Il estime alors son âge à trois ou quatre mois. Woira grandit dans son domaine, au milieu d'autres animaux. La chienne de M. Pelletan, de racebraque, donne naissance à deux chiots. Woira se lie d'amitié avec un des chiots, et ils deviennent inséparables[1],[2].
« Leur attachement devint mutuel ; ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre : la nuit, surtout, ils couchaient toujours ensemble, le Chien dans les pattes du Lion, et appuyé sur son ventre. »[2]
Après un accident avec un enfant, le propriétaire décide d'envoyer le lion à la ménagerie royale de Versailles. Il a alors quatorze mois. En septembre 1788, Woira et le chien sont débarqués au Havre. Il rejoint Versailles à pied, simplement tenu en laisse.
Survient la Révolution française. La ménagerie est saccagée.
En 1792, l'intendant du Jardin des plantes, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, visite la ménagerie de Versailles. Il observe les derniers animaux du jardin zoologique : un couagga installé en 1784, un bubale installé en 1783, un « pigeon huppé de l'île de Banda » (goura de Victoria ?) installé en 1787, un rhinocéros installé en 1771, et le lion Woira, avec son compagnon le chien[3].
« Dès qu[e le chien] nous aperçut, il vint avec le lion à la grille, nous faisant fête de la tête et de la queue. Pour le lion, il se promenait gravement le long de ses barreaux cotre lesquels il frottait sa tête énorme. L'air sérieux de ce terrible despote, et l'air caressant de son ami, m'inspirèrent pour tous deux le plus tendre intérêt. Jamais je n’avais vu tant de générosité dans un lion, et tant d’amabilité dans un chien. Celui-ci sembla deviner que sa familiarité avec le roi des animaux était le principal objet de notre curiosité. Cherchant à nous complaire dans sa captivité, dès que nous lui eûmes adressé quelques paroles d’affection, il se jeta d’un air gai sur la crinière du lion, et lui mordit en jouant les oreilles. Le lion, se prêtant à ses jeux, baissa la tête et fit entendre de sourds rugissements. »[3]

En avril 1794, Woira est envoyé à la ménagerie du Jardin des plantes, nouvellement créée. Il est décrit par le premier bibliothécaire du Muséum, Georges Toscan, dans la nouvelle revue républicaine, La Décade philosophique, politique et littéraire[4]. Le chien, mal nourrit, meurt d'épuisement.
« Depuis quelque temps, le chien couchait sur une banquette de sa loge, le dos appuyé contre un mur humide : il contracta une galle dont on s'aperçu trop tard pour lui porter remède ; il mourut. Le lion, privé de son ami, l’appelait sans cesse par de sombres rugissements ; bientôt il tomba dans une profonde tristesse ; tout le dégoûtait ; ses forces et sa voix s’affaiblissaient par degrés. Dans la crainte qu'il ne succombât, on voulut donner le change à sa douleur, en lui présentant un autre chien ; on en chercha un qui, par sa taille et sa couleur, ressemblait à son ami. Quand on crut l'avoir trouvé, ce chien fut amené d'avord devant les barreaux de la loge. Le lion le fixe d'un œil étincelant ; la fureur éclate sur toute sa face, il pousse un rugissement effroyable ; et les pattes tendues, les griffes déployées, il est prêt à s'élancer. À cette passion subite et violente, on croit avoir trompé l'instinct de l'animal, et que, dans sa fureur, il ne veut se jeter que sur celui qui retient son chien bien aimé. On n'hésite plus de le lui abandonner : à peine est-il entré dans la loge, que le lion l'étrangle... Après ce malheureux essai, il eût été inutile de songer à de nouvelles tentatives. En effet, ce n'était pas un chien qu'il regrettait : c'était un ami. »[2]

En juillet 1796, le lion qui meurt « des suites de la mauvaise nourriture à laquelle on fut forcé de le réduire dans ce temps de disette générale. »[5],[6],[2].
Statue
[modifier | modifier le code]En 1857, le sculpteur Henri-Alfred Jacquemart présente au Salon de Paris un plâtre représentant l'histoire de Woira. L'État commande une épreuve en bronze, réalisé par le fondeur Victor Thiébaut, et acheté le 17 octobre 1857 sur intervention de l'impératrice Eugénie[7].
- Lion protégeant un chien
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Gravure dans L'Illustration, 1857.
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En 2016.
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En 2012.
La statue est installée dans les années 1860 à gauche du bassin-grotte du Jardin des plantes, une fontaine murale créé par Charles Rohault de Fleury qui soutient le réservoir d'eau du grand labyrinthe. La fontaine prend alors le nom de Fontaine aux lions. Symétriquement, à droite, est installée une autre statue de lion par Jacquemart, créée en 1854 pour le Louvre, Lion flairant un cadavre[8]. Les deux statues sont restaurées en 2021[9],[10].
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Stéphane Audeguy, Histoire du lion Personne, Le Seuil, coll. « Fiction & Cie », , 220 p. (EAN 9782021331783)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Stars d'hier et d'aujourd'hui à la Ménagerie | MNHN », sur www.mnhn.fr, (consulté le )
- Georges Toscan, L’Ami de la nature, ou choix d’observations sur divers objets de la nature et de l’art, Paris, Crapelet, (lire en ligne), p. 41-47
- Jacques Bernardin de Saint-Pierre, Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au jardin national des plantes de Paris, Paris, Didot, , 10-11 p. (lire en ligne)
- ↑ Georges Toscan, « Histoire du lion et du chien », La Décade philosophique, vol. 3, , p. 129-199 (lire en ligne)
- ↑ Alexandre M, « Connaissez-vous l’incroyable histoire (vraie) du lion de la fontaine du Jardin des Plantes ? », sur Paris ZigZag | Insolite & Secret, (consulté le )
- ↑ Richard W. Burkhardt, « La voix du gardien du lion, ou les significations multiples des animaux de la ménagerie du Muséum d'Histoire Naturelle: », Annales historiques de la Révolution française, vol. n° 377, no 3, , p. 145–173 (ISSN 0003-4436, DOI 10.3917/ahrf.377.0145, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Françoise Serre, Les statues du Jardin des plantes, Paris, Museum national d'histoire naturelle, , 61 p. (ISBN 978-2-85653-665-0), p. 28-29
- ↑ « Lion flairant un cadavre (1854 | MNHN », sur www.mnhn.fr (consulté le )
- ↑ « Lion protégeant un chien (1857 | MNHN », sur www.mnhn.fr (consulté le )
- ↑ Christophe Levent, « À la chasse aux statues du Jardin des plantes », sur Le Parisien, (consulté le )
Voir aussi
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