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Akatziri

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Les Akatziri (en grec ancien : Ἀκατζίροι ; en latin : Acatiri)[1], également désignés sous les formes Akatzirs ou Acatiri, est un peuple nomade évoluant dans les régions septentrionales de la mer Noire à l’époque du Haut Moyen Âge. L’étendue de leur influence territoriale demeure imprécise, bien qu’une partie de la péninsule de Crimée, notamment la cité de Cherson, semble être passée sous leur domination au cours du VIᵉ siècle[2],[3]. L’historien Jordanès (actif vers 551), dans ses écrits, les présente comme une puissance notable de la steppe. Leur économie, exclusivement pastorale et cynégétique, exclut toute pratique agricole sédentaire ; ils tirent leur subsistance de l’élevage extensif du bétail et de la chasse[1]. Leur appartenance ethnolinguistique reste indéterminée et sujette à débat parmi les sources anciennes. Au Vᵉ siècle, l’historien byzantin Priscus les qualifie de « Scythes », mais les range également, dans un contexte politique et militaire, parmi les groupes désignés comme Huns (notamment sous la forme Akatiri Hunni)[1]. Cette association nominale a parfois conduit à des rapprochements, jugés hasardeux, avec les Agathyrses, peuple cité par Hérodote[3],[4]. Toutefois, selon les travaux de l’historien modern E. A. Thompson, toute conjecture établissant un lien direct entre les Agathyrses antiques et les Akatziri médiévaux doit être catégoriquement rejetée, faute de preuves tangibles[5].

Sous le règne de l’empereur d’Orient Théodose II, la diplomatie byzantine s'emploie à fragiliser l'hégémonie hunnique en tentant de dissocier les Akatziri de la confédération dirigée par Attila[6]. Entre 402 et 450, le pouvoir constantinopolitain dépêche une ambassade auprès de cette nation, dont l'organisation segmentaire, structurée en une multitude de chefferies claniques, offre un terrain propice à la subversion[7]. Cette manœuvre vise à susciter des dissensions intestines pour affaiblir l'allié des Huns, mais elle précipite en réalité un conflit armé[3]. En 447 ou 448, les forces d'Attila mènent une expédition punitive victorieuse contre les Akatziri afin de réaffirmer leur suzeraineté[8]. L'historien Priscus rapporte qu'en 448 ou 449, le dignitaire Onégèse, secondé par le fils aîné du monarque hun, se rend chez ce peuple, qu'il qualifie de scythique, pour parfaire son intégration au sein de l'empire nomade[8]. La stratégie de Théodose II, fondée sur l'octroi de subsides et de présents prestigieux, échoue en raison d'une méconnaissance des préséances locales : la répartition des dons, opérée sans égard pour la hiérarchie des dignitaires, suscite l'ire de Karadach[9]. Ce dernier, s'estimant lésé dans sa dignité, dénonce la trahison de ses pairs à Attila et sollicite son intervention. En guise de rétorsion, le souverain hun soumet l'ensemble de la confédération akatziri, à l'exception du clan de Karadach qui conserve son assise territoriale originelle[9]. La souveraineté sur ce nouveau protectorat est alors dévolue à Ellac, fils aîné d'Attila. Selon l'analyse de l'historien Denis Sinor, les Akatziri perdent leur identité politique au cours de la décennie 460, date à laquelle ils sont absorbés par l'ethnie des Saragours[10].

Dirigeants Akatziri

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  • Karadach, a régné jusqu'en 448[11]

Descendants possibles

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L'historiographie avance plusieurs hypothèses quant à l'appartenance ethnolinguistique des Akatziri. Une première conjecture les rattache au rameau turcique, en proposant un lien étymologique entre leur ethnonyme et le syntagme turc ağaç eri (signifiant « bûcheron »)[3], ou encore avec l’expression Aq Qazir, pouvant désigner des « Khazars blancs »[14]. L’orientaliste Peter B. Golden souligne néanmoins qu’aucune de ces propositions ne s’appuie sur des éléments probants au-delà d’une vague similitude phonétique. Une seconde interprétation, qui ferait des Akatziri les ancêtres directs des Khazars, ne repose pas davantage sur des preuves archéologiques ou textuelles substantielles[15]. L’historien Omeljan Pritsak établit pour sa part une corrélation entre les Ak-Katzirs (reconstitués à partir du grec Άκατζίροι) et l’appellation « Khazar ». Il avance cependant que cette dénomination politique provient principalement de la conquête, par les Turcs occidentaux de la dynastie Ashina, du territoire jadis habité par les Akatziri. Cette prise de contrôle intervient après la perte de leurs possessions orientales au profit de la dynastie chinoise des Tang[16],[17].

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Akatziri » (voir la liste des auteurs).
  1. a b et c Robert Gordon Latham, Opuscula. Essays Chiefly Philological and Ethnographical, William & Norgate, , 176(lire en ligne)
  2. Thompson 1948, p. 95.
  3. a b c d et e Sinor 1990, p. 191.
  4. Atwood 2012, p. 48.
  5. Blockley 1992, p. 73.
  6. Blockley 1992, p. 65.
  7. Given 2015, p. 55.
  8. a b et c Sinor 1997, p. 336.
  9. a et b Given 2015, p. 56.
  10. Blockley 1992, p. 140.
  11. a et b Otto J. Maenchen-Helfen et Max Knight (dir.), The World of the Huns Studies in Their History and Culture, University of California Press, (ISBN 9780520357204, lire en ligne), p. 272
  12. Given 2015, p. 154.
  13. Peter Heather, The Fall of the Roman Empire: A New History of Rome and the Barbarians, Oxford University Press, (ISBN 9780195325416, lire en ligne), p. 469
  14. Henning 1952, p. 502-506.
  15. Golden 2011, p. 136.
  16. Kevin Alan Brook, The Jews of Khazaria, Rowman & Littlefield Publishers, , 10– (ISBN 978-1-4422-0302-0, lire en ligne)
  17. Pritsak 1978, p. 261.
  1. a et b It isn't confirmed that Ellac's brothers ruled the Akatziri after Ellac's demise at the Battle of Nedao (454). Dengizich co-ruled the Hunnic empire with his younger brother Ernak until his demise in 469, while the latter, who outlived him, continued to rule parts of the empire thereafter, probably living in the Dobruja region.[12],[13] According to Sinor the Akatziri were absorbed by the Saragurs in the 460s.[3]
  • R. C. Blockley, East Roman Foreign Policy: Formation and Conduct from Diocletian to Anastasius, Cairns, (ISBN 978-0-905205-83-0, lire en ligne)
  • John P. Given, The Fragmentary History of Priscus: Attila, the Huns and the Roman Empire, AD 430–476, Arx Publishing, (ISBN 9781935228141, lire en ligne)
  • Henning, « A Farewell to the Khagan of the Aq-Aqatärān », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 14, no 3,‎ , p. 501–522 (DOI 10.1017/S0041977X00088480, S2CID 163066705)
  • Pritsak, « The Khazar Kingdom's Conversion to Judaism », Harvard Ukrainian Studies, vol. II.3,‎ , p. 261–281 (lire en ligne)
  • Denis Sinor, The Cambridge History of Early Inner Asia, Cambridge University Press, , 191– (ISBN 978-0-521-24304-9, lire en ligne)
  • Denis Sinor, Studies in Medieval Inner Asia, Ashgate, (ISBN 978-0-86078-632-0, lire en ligne)
  • Peter B. Golden, Studies on the Peoples and Cultures of the Eurasian Steppes,
  • E. A. Thompson, A History of Attila and the Huns, Oxford, Clarendon Press, (ISBN 978-0-837-17640-6, lire en ligne)Atwood notes that Jordanes describes how the Crimean city of Cherson, "where the avaricious traders bring in the goods of Asia", was under the control of the Akatziri Huns in the sixth century. 
  • Christopher P. Atwood, Dubitando: Studies in History and Culture in Honor of Donald Ostrowski, Cambridge University Press, , 27–52 p. (ISBN 978-0-8-9357-404-8), « Huns and Xiōngnú: New Thoughts on an Old Problem »