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Dajaniya

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Fort romain Dajaniya
Plan du
Période d'activité
fin du IIIe siècle au début du VIe siècle
Localité moderne
Unité présente
?
Dimension du fort
102,20 × 99,75 m (=1,02 ha)
Province romaine
Statut de la localité
Coordonnées
Géolocalisation sur la carte : Jordanie
(Voir situation sur carte : Jordanie)

Dajaniya est un ancien fort romain de l'Antiquité tardive dont le site archéologique se trouve sur le territoire de Ma'an (Gouvernorat de Ma'an, en Jordanie[1],[2].

Il se trouve entre les forts de Abu Hutana (de) (au nord-est) et El-Mutrab (au sud). Ce poste militaire de première ligne du système de protection de la frontière du Limes Arabicus dans la province romaine d'Arabie[3] fut intégré à la nouvelle province de Palaestina Salutaris (de)[4] à la fin de l'Antiquité tardive à la suite des réformes administratives de l'empereur Dioclétien.

Limes Arabicus en Jordanie

Les Romains contrôlaient les mouvements tribaux aux avant-postes de l'empire, notamment le long des principales routes migratoires, car les commandants des frontières locales étaient conscients du caractère cyclique de la vie nomade[5]. Les tribus nomades avaient tendance à suivre les chemins et sentiers naturels, en particulier les oueds, raison pour laquelle des postes militaires y furent établis, les unités stationnées en permanence assurant également la surveillance par des patrouilles montées[6].

Recherches archéologiques

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Le site fut étudié lors d'une expédition menée par l'historien autrichien Alfred von Domaszewski (1856-1927) et le philologue germano-américain Rudolf Ernst Brünnow (1858-1917)[7]. L'enseignant et orientaliste allemand Peter Thomsen (1875-1954) a joué un rôle déterminant dans la première classification topographique de Dayaniya au sein du réseau routier romain et de ses bornes milliaires, avec sa publication de 1917[8]. Ce n'est qu'en 1935 et 1940 que de nouvelles fouilles furent entreprises sur le site du fort, menées par l'archéologue biblique américain Nelson Glueck (1900-1971), puis en 1985-86 par l'archéologue britannique Philip Freeman[9]. Il fut suivi par l' archéologue romain provincial australien David Leslie Kennedy[10], ainsi que par l'archéologue aérien britannique Derrick Riley (en) (1915-1993)[11]. L’archéologue américain Samuel Thomas Parker (1950-2021) a apporté une contribution significative à l’étude moderne du Limes Arabicus de l’Antiquité tardive, incluant aussi les fouilles à Dajaniya[12],[13]. En 2018, une documentation des vestiges architecturaux du fort a été effectuée par numérisation laser et photogrammétrie de proximité, sous la direction de l'archéologue polonais Jaroslaw Bodzek de l'Université Jagellonne de Cracovie, en coopération avec l'Université AGH de Cracovie[14].

Description

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Le mur d'enceinte

Les vestiges du fort romain de Dayaniya sont situés sur une légère élévation, sur un affleurement basaltique protégé des inondations, formé au Pléistocène, à environ 4,60 km au nord-nord-est de l'agglomération d'Al-Husseiniyeh[15].

Dajaniya était située sur un tronçon de la Via Traiana Nova, qui s'avançait jusqu'à la frontière romaine. La Via Traiana Nova s'étendait sur environ 13 km kilomètres vers l'ouest. Cette route fut construite par la Legio III Cyrenaica, entre 107 et , afin de sécuriser les territoires nouvellement acquis après l'annexion du royaume nabatéen sous l'empereur Trajan (98-117)[16].

La fortificationa la forme d'un parallélogramme légèrement irrégulier de 1,02 ha, orientée précisément selon les points cardinaux, le fort dispose de quatre tours d'angle situées respectivement au nord, au sud, à l'est et à l'ouest. Les remparts offrent une vue dégagée dans toutes les directions[17].

La poterne du mur sud-ouest

La maçonnerie elle-même, d'une épaisseur moyenne de 2,25 m, est composée d'assises irrégulières et se compose de pierres de taille, de moellons et de pierres des champs. Sa construction suit le modèle romain connu et se compose de deux murs extérieurs, dont l'intérieur est constitué de moellons liés par du mortier. Selon von Domaszewski et Brünnow, le chemin de ronde se situait à une hauteur de 4,70 m, ce qui suggère que la hauteur totale de la courtine, créneaux compris, était d'environ 5 m. 14 tours rectangulaires sont réparties le long de l'enceinte, dont une à chaque angle. On suppose que les tours, construites à intervalles de 22,50 à 25 m, s'avançaient d'environ 2,35 m par rapport à l'enceinte[18]. Dayaniya possédait deux portes opposées, construites au centre des courtines nord-ouest et sud-ouest. On trouve une poterne plus petite dans le mur sud-ouest, encore couverte par une arche en plein cintre intacte.

L'intérieur

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Suivant les courtines et les tours, s'étendaient des ensembles de pièces composées d'une ou deux chambres. Il y aurait eu jusqu'à 58 de ces pièces dans cette zone, bien que l'état d'effondrement actuel puisse dissimuler d'autres structures [19]. La via principalis, d'une largeur maximale de 13,70 m, traverse l'intérieur de la fortification et relie les deux portes principales. Le bâtiment du quartier général de plan rectangulaire (Principia), mesure 25,60 × 23,30 m et son entrée donnait sur la via principalis. Au nord-ouest, à l'intérieur du fort, sous la route principale du camp, se trouvait une citerne rectangulaire bien conservée mesurant 13,80 × 5,55 m, qui avait à l'origine un toit.

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Références

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(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Kastell Dajaniya » (voir la liste des auteurs).
  1. (de) « Kastell Dajanaiy », sur de.aroundus.com
  2. (en) « Dajaniya », sur artu-dtu.archeo.uj.edu.pl.
  3. (en)Samuel Thomas Parker, The Limes Arabicus Project: the 1980 Campaign, Annual of the Department of Antiquities of Jordan, no25, 1981.p. 171-178.
  4. (en) Kenneth C. Gutwein, Third Palestine. A Regional Study in Byzantine Urbanization. University Press of America, Washington D.C. 1981, (ISBN 0-8191-1908-3).
  5. (en) « Roman Forts on the Arabian Frontier », sur Karak Ressources Project (consulté le ).
  6. (en) Samuel Thomas Parker, Romans and Saracens. A History of the Arabian Frontier. (=Dissertation Series/American Schools of Oriental Research 6), Eisenbrauns, Winona Lake 1986, (ISBN 0-89757-106-1).
  7. (de) Alfred von Domaszewski, Rudolf Ernst Brünnow, Die Provincia Arabia auf Grund zweier in den Jahren 1897 und 1898 unternommenen Reisen und der Berichte früherer Reisender beschrieben. Band 2: Der äussere Limes und die Römerstrassen von el-Maan bis Boṣra. Trübner, Straßburg 1905, p. 8-13
  8. (de) Peter Thomsen, Die Römischen Meilensteine der Provinzen Syria, Arabia und Palaestina, in Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins 40,1–2, 1917, p. 1–103.
  9. (en) Philip Freeman, Recent work on a Roman fort in South Jordan, in Hermann Vetters, Manfred Kandler: Akten Des 14. Internationalen Limeskongresses 1986 in Carnuntum (=Der römische Limes in Österreich 36), Vienne 1990, p. 179–191.
  10. (en) David Leslie Kennedy, Derrick Newton Riley, Rome's Desert Frontier from the Air. Batsford, London 1990, (ISBN 0292770456).
  11. (en) Kennedy, D. L.; Riley, D. N. (1990)., Rome's desert frontier from the air. London: Batsford. (ISBN 978-0-203-48103-5).
  12. (en) Samuel Thomas Parker, The Roman Frontier in Central Jordan. Interim Report on the Limes Arabicus Project 1980–1985 2 (=BAR International Series 340), Oxford 1987.
  13. (en) Victoria L. Godwin, The castellum of Da'janiya (Area T), in Samuel Thomas Parker : The Roman Frontier in Central Jordan. Final Report on the Limes Arabicus Project, 1980–1989. Band 1 (= Dumbarton Oaks Studies 40), Washington, D.C., 2006, (ISBN 978-0-88402-298-5), p. 275–287.
  14. (en) Jaroslaw Bodzek, Kamil Kopij, Lukasz Miszk, Pawel Cwiąkala u. a.: Results of ‘Archaeological Study of Dajaniya & Tuwaneh’ (ArTu:DTu) 2018 survey of Dajaniya (Ma’an-Husseiniyeh), Southern Jordan, in Piotr Kolodziejczyk : Discovering Edom. Polish archaeological activity in southern Jordan. Krakau 2019, (ISBN 978-83-952339-4-4), p. 51–67.
  15. (en) Jaroslaw Bodzek, Kamil Kopij, Lukasz Miszk, Pawel Cwiąkala u. a.: Results of ‘Archaeological Study of Dajaniya & Tuwaneh’ (ArTu:DTu) 2018 survey of Dajaniya (Ma’an-Husseiniyeh), Southern Jordan, in Piotr Kolodziejczyk: Discovering Edom. Polish archaeological activity in southern Jordan. Krakau 2019, (ISBN 978-83-952339-4-4), p. 51–67.
  16. (de) Hans-Peter Kuhnen, Wüstengrenze des Imperium Romanum – Die Schicksalsgrenze Roms im Orient von Augustus bis Heraclius, in Hans-Peter Kuhnen: Wüstengrenze des Imperium Romanum. Der römische Limes in Israel und Jordanien. Nünnerich-Asmus, Mainz 2018, (ISBN 978-3-96176-010-7), p. 1–116.
  17. (en) John Rucker, A Diocletianic Roman Castellum of the ‘Limes Arabicus’ in its local context: A final report of the 2001 D'janiya survey. University of Missouri-Columbia, Columbia 2007, p. 37–39.
  18. (en) Shelagh Gregory, Roman Military Architecture on the Eastern Frontier. Band 2, Hakkert, Amsterdam 1996, (ISBN 902561048X), p. 378-379.
  19. (en) Derek A. Welsby, Qasr al-Uwainid and Da’ajaniya: Two Roman Military Sites of Jordan, in Levant 30, 1998,p. 195–198.

Bibliographie

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  • (en) David Leslie Kennedy, The Roman Army in Jordan. Council for British Research in the Levant, Henry Ling, London 2004, (ISBN 0-9539102-1-0), p. 184–186.
  • (en) George Macrae Findlater, Limes Arabicus, via militaris and Resource Control in southern Jordan, inn Philip Freeman, Julian Bennett, Zbigniew T. Fiema, Birgitta Hoffmann : Limes XVIII. Proceedings of the XVIIIth International Congress of Roman Frontier Studiesheld in Amman, Jordan (2000). Band 1 BAR Publishing (=BAR International Series 1084, I), Oxford 2002, (ISBN 1-84171-465-8), p. 137–152.
  • (en) Zbigniew T. Fiema, The military presence in the countryside of Petra in the C6th, in Philip Freeman, Julian Bennett, Zbigniew T. Fiema, Birgitta Hoffmann : Limes XVIII. Proceedings of the XVIIIth International Congress of Roman Frontier Studiesheld in Amman, Jordan (2000). Band 1 BAR Publishing (=BAR International Series 1084, I), Oxford 2002, (ISBN 1-84171-465-8), p. 121–136.
  • (en) George Macrae Findlater, Imperial control in Roman and Byzantine Arabia. A landscape interpretation of archaeological evidence in southern Jordan. The University of Edinburgh, 2003.

Articles connexes

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Liens externes

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