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Marcel Ophuls

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Marcel Ophuls
Nom de naissance Hans Marcel Oppenheimer
Surnom Marcel Wall
Naissance
Francfort-sur-le-Main
(Hesse, Allemagne)
Nationalité Américaine
française
Décès (à 97 ans)
Lucq-de-Béarn
(Pyrénées-Atlantiques, France)
Profession réalisateur
scénariste
documentariste
Films notables Le Chagrin et la Pitié
L'Empreinte de la justice
Hôtel Terminus
Veillées d'armes

Marcel Ophuls (en allemand : Marcel Ophüls[a]) est un réalisateur, scénariste et documentariste franco-américain d'origine allemande, né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Lucq-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques).

Fils du réalisateur Max Ophuls (1902-1957), il a effectué l'essentiel de sa carrière en France, étant surtout connu pour ses documentaires sur la Seconde Guerre mondiale tournés au sein de l'ORTF. En écornant le mythe gaullien d’un pays rassemblé contre l’occupant allemand[1], Le Chagrin et la Pitié, film-somme qu'il réalise en 1969, fait date dans l'histoire du cinéma documentaire autant qu'il marque l'opinion française et internationale[2].

Hans Marcel Oppenheimer naît à Francfort-sur-le-Main sous la république de Weimar. Son père est le réalisateur allemand Maximillian Oppenheimer dit Max Ophuls (1902-1957), sa mère l'actrice allemande Hildegard Wall (1894-1980)[3],[4].

De confession juive, la famille se réfugie en France en 1933, après l'incendie du Reichstag et est naturalisée en juin 1938[5]. Son père francise alors la graphie de son pseudonyme en abandonnant le tréma (Umlaut) qu'il juge trop « germanique », souhaitant tourner la page avec le pays qu'il a fui[b]. Marcel fera de même lorsqu'il entamera sa carrière dans les années 1950[c] après avoir utilisé celui de Marcel Wall, d'après le patronyme de sa mère.

Après la défaite de 1940, la famille fuit à nouveau vers la Suisse, l'Italie et le Portugal avant de gagner les États-Unis. Installé à Hollywood, Max Ophuls y est ignoré par les studios et doit attendre 1946 pour tourner à nouveau.

De son côté, Marcel effectue ses études secondaires à la Hollywood High School puis à l'Occidental College de Los Angeles. Après avoir servi brièvement comme GI au Japon en 1946 avec le théâtre aux armées, il intègre l'université de Berkeley. Il obtient la nationalité américaine en 1950[6].

Après l'échec de l'aventure hollywoodienne, la famille rentre en France en 1950. Marcel Ophuls entame des études de philosophie qu'il abandonne rapidement pour assister de grands noms de la réalisation comme John Huston, Julien Duvivier et son père, avant de débuter lui-même assez discrètement dans la réalisation dans la mouvance de la Nouvelle Vague. Jean de Baroncelli, qui avait jugé sans enthousiasme son sketch de L'Amour à vingt ans, « un peu pâlot, mais où on décelait, à défaut d'une forte personnalité, des qualités certaines d'exécution », voit dans Peau de banane « une aimable comédie, absolument dépourvue de prétention », tout en remarquant que « d'un film à l'autre, le talent de Marcel Ophuls ne s'en est pas moins étoffé[7]. »

Son film suivant, Faites vos jeux, mesdames avec Eddie Constantine, est un échec critique et commercial, le contraignant à travailler pour la télévision. Il réalise des reportages et du journalisme subjectif pour l'ORTF en 1966, notamment l'émission Zoom, et forme en son sein un groupe qui s'efforce, selon ses termes, d'« essayer de briser la censure gaulliste » et « surtout les bondieuseries »[8]. En 1967, il réalise deux émissions consacrées aux accords de Munich, puis quitte l'ORTF après Mai 68.

Après quelques téléfilms et comédies « sans prétention »[7], il change radicalement de voie et de dimension en 1969, avec Le Chagrin et la Pitié : ce documentaire d'investigation sur l'occupation allemande à Clermont-Ferrand et sur le régime de Vichy, entre 1940 et 1944, dénonce ce que l'on appelle alors le « mythe résistancialiste ». L'historien Pierre Laborie a critiqué la lecture de ce documentaire dans son essai Le Chagrin et le Venin.

C'est une véritable bombe pour les milieux tant cinématographiques que politiques. Encensé à l'étranger, le film est censuré par l'ORTF et n'est diffusé à la télévision qu'après l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981[9]. Il est nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film documentaire.

Marcel Ophuls poursuit son œuvre sans toujours rencontrer le succès. Plusieurs de ses films, comme L'Empreinte de la justice et November Days ne bénéficient pas, en leur temps, d'une sortie dans les salles françaises, malgré leurs sélections dans des festivals internationaux. S'il obtient, en 1989, l'Oscar du meilleur film documentaire pour Hôtel Terminus : Klaus Barbie, sa vie et son temps (produit aux États-Unis), son film suivant, Veillées d'armes : Histoire du journalisme en temps de guerre, enregistre un grand succès critique mais peu d'entrées en salles.

Marcel Ophuls meurt le à son domicile de Lucq-de-Béarn à l'âge de 97 ans[2],[10], douze ans après le tournage de son dernier film, Un voyageur, encore inédit en salles.

Ses obsèques se déroulent dans la plus stricte intimité le , suivie par sa crémation à Labastide-Monréjeau[11].

Vie privée et engagements personnels

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Marcel Ophuls épouse en 1956 Regine Ackermann, avec laquelle il restera marié jusqu'à sa mort et aura trois filles[12]. Dans un entretien en 1988, il confie que bien que sa femme ait été élevée dans les jeunesses hitlériennes et le frère de celle-ci ait fait partie de la division blindée Hermann-Göring, il ne croyait pas à la « responsabilité collective »[6].

Il était membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Filmographie

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En tant que réalisateur

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Télévision

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sous le pseudonyme de Marcel Wall
  • 1957 : Der Punkt auf dem i (« Les Points sur les i »), moyen métrage
  • 1957 : Die Ballade vom Groschen (« La Ballade d'un sou »), court métrage
  • 1958 : Standpunkte (« Points de vue »), court métrage
  • 1958 : Darf ich mitspielen? (« Puis-je jouer ? »), d'après la pièce de Marcel Achard, Voulez-vous jouer avec moâ ??
  • 1958 : Das Pflichtmacht (« Le Devoir »), moyen métrage
sous le pseudonyme de Marcel Ophuls
  • 1967 : Munich ou la Paix pour cent ans, documentaire (172 min.)[14]
  • 1970 : Clavigo, téléfilm co-réalisé avec Fritz Kortner
  • 1970 : À la recherche de mon Amérique (Auf des Suche nach meinem Amerika), mini-série
  • 1970 : La Moisson de My Laï, documentaire (43 min.)
  • 1970 : Zwei ganze Tage (« Deux jours entiers »), téléfilm d'après la pièce de Sacha Guitry, Faisons un rêve
  • 1976 : L'Empreinte de la justice (The Memory of Justice), documentaire[d] (278 min.)
  • 1980 : Kortnergeschichten (« Les Histoires de Kortner »), documentaire (47 min.)
  • 1982 : Festspiele (« Festival »), téléfilm
  • 1982 : Yorktown : Le Sens d'une victoire, documentaire (86 min.)
  • 1990 : November Days, documentaire [e] (129 min.)

En tant que scénariste

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Télévision

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sous le pseudonyme de Marcel Wall
sous le pseudonyme de Marcel Ophuls
  • 1967 : Munich ou la Paix pour cent ans, documentaire (172 min.)[14]
  • 1967 : Till Eulenspiegel, mini-série de Martin Frič
  • 1970 : À la recherche de mon Amérique (Auf des Suche nach meinem Amerika), mini-série
  • 1970 : La Moisson de My Laï, documentaire (43 min.)
  • 1970 : Zwei ganze Tage, téléfilm d'après la pièce de Sacha Guitry, Faisons un rêve
  • 1972 : À ceux qui perdent (A Sense of Loss), documentaire (135 min.)[13]
  • 1976 : L'Empreinte de la justice, documentaire (278 min.)
  • 1980 : Kortnergeschichten (« Les Histoires de Kortner »), documentaire (47 min.)
  • 1982 : Festspiele (Festival), téléfilm
  • 1982 : Yorktown : Le Sens d'une victoire, documentaire (86 min.)
  • 1990 : November Days, documentaire [e] (129 min.)

En tant qu'acteur

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Distinctions

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Récompenses

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Nominations

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Publications

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En 2012, une rétrospective lui est consacrée la même année à la Cinémathèque française.

Notes et références

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  1. Le père du réalisateur supprima à son arrivée en France le tréma (Umlaut) de leur pseudonyme, originellement orthographié Ophüls selon l'usage germanique pour des questions de prononciation. C'est donc cette graphie qui s'applique dans les pays francophones.
  2. « C'est le moment de régler, une fois pour toute, la question du tréma. […] Mais l'exemple du principal intéressé, que ce chapeau incongru, complaisamment surajouté par certains de ses compatriotes voulant se donner des airs de germanistes distingués, mettait fort en colère (au point qu'il le fit effacer du générique du Plaisir : la trace en est encore perceptible), nous servira de caution ultime et - osons-nous espérer - irréfutable. » Cf. Claude Beylie, Max Ophuls, coll. « Cinéma d'aujourd'hui », Seghers, 1963, p. 11 ; rééd. Lherminier, 1984 ( (ISBN 2862440272)).
  3. « Marcel Ophuls insistait : pas d’umlaut (de tréma) sur son nom ! Fils du cinéaste juif allemand Max Ophüls, il avait fui l’Allemagne nazie avec ses parents, pour se faire naturaliser français en 1938, avant d’être contraint à un nouvel exil pour Hollywood. Ce souci d’orthographe, adoptant le choix de son père à son arrivée en France, gardait l’empreinte d’une Histoire agitée. » in Gaël Lépingle, « Le chagrin sans pitié : hommage à Marcel Ophuls », Cahiers du cinéma,‎ (lire en ligne).
  4. Sorti en salles dans certains pays.
  5. a et b Initialement produit pour la télévision britannique pour la série Inside Story, épisode November Days: Voices and Choices (12.6), il a bénéficié d'une sortie en salles en 1991.

Références

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  1. Isabelle Poitte , « Le Chagrin et la Pitié : la France de Vichy dynamitée : l’onde de choc salutaire d’une œuvre censurée », telerama.fr, 7 avril 2024.
  2. a et b Jacques Mandelbaum, « Marcel Ophuls, auteur du Chagrin et la Pitié, maître du documentaire malgré lui, est mort », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  3. « Hilde Wall » (présentation), sur l'Internet Movie Database.
  4. « Marcel Ophüls : “Le documentaire est un genre étriqué” », Les Inrocks,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. « Oppenheimer (Max) et Wall (Lina-Hildegard-Wally) », Journal officiel de la République française du 5 juin 1938, p. 6386.
  6. a et b (en) James M. Markham, « Marcel Ophuls on Barbie: Reopening Wounds of War  », The New York Times,‎ , p. 223, 229 (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  7. a et b « Peau de banane », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. [vidéo] « Le Chagrin et la Pitié : la France de Vichy dynamitée », Joseph Beauregard, , Arte.
  9. François Ekchajzer, « Marcel Ophuls : “Je n’aime pas me servir d’une caméra comme d’une arme” », Télérama,‎ (lire en ligne).
  10. AFP, « Décès à 97 ans du documentariste français Marcel Ophüls », sur Ici Radio-Canada, (consulté le ).
  11. Avis de décès sur larepubliquedespyrenees.fr.
  12. (en) Jonathan Kandell, «  Marcel Ophuls, Myth-Shattering War Documentarian, Is Dead at 97 », The New York Times,‎ (ISSN 1553-8095, lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  13. a et b « À ceux qui perdent » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database.
  14. a et b « Munich ou La Paix pour cent ans » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database.
  15. (de) « Marcel Ophuls - Von 1984 bis 1989 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin (West), Sektion Film- und Medienkunst. Seit 1998 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Film- und Medienkunst » sur le site de l'Akademie der Künste.

Bibliographie

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Filmographie

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Liens externes

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