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Oneztarri

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Biface du Paléolithique inférieur.

En basque, le terme oneztarri (« pierre de foudre ») est issu de la combinaison des mots oneztu (« éclair ») et arri (« pierre »). Il désigne un objet associé à la croyance selon laquelle la foudre consiste en une pierre projetée depuis les nuages orageux[1]. Ces objets, souvent des haches ou éclats lithiques, sont traditionnellement considérés comme des talismans protégeant le foyer contre les effets néfastes de la foudre. Selon les régions, l'oneztarri peut être interprété comme un éclat de silex (suarri), une hache en pierre polie (hache néolithique), ou encore une hache en bronze ou en acier. La tradition populaire attribue à ces pierres ou haches la capacité de représenter le « rayon » protecteur et de symboliser la foudre elle-même, perçue comme un fragment de pierre ou un morceau de silex lancé par le génie de la tempête[2].

Haches préhistoriques (bifaces du Paléolithique et hache polie du Néolithique)

Caractéristiques

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Les noms oneztarri mais aussi ozminarri, oxmearri, ozpinarri, tximixtarri, ozkar, oñaztar et inhar, entendus dans d'autres régions, semblent répondre à un ancien mythe largement diffusé dans les pays européens. Selon ce mythe, la foudre est une pierre particulière qui, lorsqu'elle tombe sur terre, s'y introduit jusqu'à une profondeur de sept stades. Ensuite, elle remonte progressivement année après année pour, finalement, affleurer le sol au bout de sept ans[3]. Elle possède alors le pouvoir de protéger des mauvais esprits la maison auprès de laquelle elle se trouve. Ces esprits ou Aidegaxto représentent la foudre elle-même ou l'être surnaturel qui lui est associé. Ce mythe est en relation avec le thème indo-européen du marteau de Thor et avec celui des flèches de Jupiter. Cette croyance est à l'origine du nom oñeztarri, "pierre de foudre", donné à la foudre dans la région de Gernika[2].

Le génie jeteur de foudre est Aidegaxto ; comme Mari ou Odei, il revêt une forme de nuage orageux. On tente de l'apaiser ou de le dominer à l'aide de procédés naturels, magiques ou religieux[3]. La foudre et l'éclair sont attribués à Mari ou à ses mandataires[2].

Ainsi, pour éviter que la foudre ne tombe sur une maison, dans certains endroits, on a pour habitude de poser sur le seuil de la porte principale une hache dont le fil est dirigé vers le haut, ou bien une faucille à la pointe d'un bâton planté à l'entrée de cette maison. On met aussi aux portes des fleurs de chardon, des branches de frêne et d'aubépine, ou bien des croix de laurier et de saule, bénies le jour des Rameaux[4]. Des branches d'aubépine et de noisetier sont également placées aux fenêtres des maisons. On met des croix de cire aux portes et aux fenêtres. On sort une croix sur la fenêtre et on brûle des chandelles bénies. On brûle des herbes bénies, des feuilles de laurier, des fleurs de la Saint Jean[3]. On jette par la fenêtre de l'eau bénite et du sel. On sonne les cloches de l'église. On met sur sa tête ou dans une poche, de l'aubépine ou des piquants de cette plante ainsi que des feuilles de laurier, etc. Mais comme la hache néolithique est peu connue, on utilise aujourd'hui la hache d'acier comme protection contre la foudre[2].

On avait également recours à la prière. Le curé faisait une conjuration en lançant en l'air une de ses chaussures. Cette dernière disparaît avec la nuée qui s'éloigne[5].

On rapporte qu'un natif d'Ipiñizar (Zeanuri) en Biscaye, entourait son poignet gauche d'une plante dite uztai belar[6] (Rumex crispus, l'herbe de l'arc-en-ciel, uztargi désignant l'arc-en-ciel) et, de la main droite, il indiquait à la nuée la route à suivre[3].

Notes et références

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  1. José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
  2. a b c et d (eu) Auñamendi Eusko Entziklopedia, « Oneztarri », Donostia-San Sebastián, Eusko Ikaskuntza (consulté le )
  3. a b c et d José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
  4. (en) Perennial Pyrenees, « Folklore – Perennial Pyrenees », France, Perennial Pyrenees (consulté le )
  5. Dans les Pyrénées françaises et les vallées alpines, des prêtres étaient parfois sollicités pour organiser des processions ou incantations contre les tempêtes et la foudre : jets d'eau bénite vers les nuages, récitation de litanies, et autres rites de conjuration étaient pratiqués dans un contexte chrétien populaire pour protéger les villages. Le site des patrimoines du Pays des Vallées des Gaves, « Les superstitions », France, Patrimoines Lourdes‑Gavarnie (consulté le )
  6. (es) La Bayru, « Hiztegia – hierba del arco iris », Euskadi, La Bayru (consulté le )

Bibliographie

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