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Ubendua

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Dans la mythologie basque, ubendua désigne la morsure qu'un génie maléfique laisse sur le corps d'une personne endormie, opérant principalement de nuit. Par extension, le terme désigne également un onguent ou une substance médicinale et parfumée, utilisée à la fois pour soigner, protéger contre les esprits et dans des pratiques rituelles[1].

Mythologie basque

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Dans la mythologie basque, ubendua est la morsure ou la marque qu'un mauvais génie laisse sur le corps d'une personne[2]. Il opère de nuit alors que ses victimes dorment. Pour se prémunir contre de tels agissements, on dit qu'il faut placer dans la chambre un missel ouvert à la page correspondant au début de l'Évangile selon saint Jean[3].

Usages traditionnels et culturels

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Type de chaudron sur feu de bois employé pour faire un onguent (ubendua).

L'ubendua ou ukendu est employé comme substance médicinale ou aromatique, souvent à base de baume, de myrrhe, d'aloès ou d'huiles parfumées. Dans la tradition basque, l'onguent servait à:

  • Soigner des blessures et maladies : application sur le corps pour guérir ou soulager les blessures, les plaies ou les maladies. Les textes anciens signalent l'usage pour les cinq plaies du Christ (Jesús-Kristen bost zauriak) ou pour bénir et parfumer le corps des fidèles.
  • Protéger contre les esprits malins : certaines formes, comme ubendua, étaient associées à des rites protecteurs, parfois combinés avec des prières ou des phrases rituelles contre les génies ou les esprits maléfiques.
  • des pratiques religieuses et sacramentelles : utilisation dans les cérémonies, notamment dans le cadre de la préparation des corps ou pour les onctions sacramentelles[4].

Les textes du XIXᵉ et XXᵉ siècle témoignent de la persistance de l'usage domestique de l'onguent, que ce soit comme remède, parfum, ou substance rituelle. On le retrouve dans les contes, les sermons et les documents ethnographiques, où il est décrit comme usaintsu, gozoa (odorant et agréable), et parfois associé à des préparations élaborées avec de l'arnica, de la menthe ou d'autres herbes locales[4].

Étymologie

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Le terme ubendua (ou ungüento, selon les variantes régionales) désigne à l'origine un onguent ou une substance médicinale et parfumée, mais il est également employé dans la tradition populaire basque pour désigner une marque ou un geste protecteur lié aux génies ou esprits malins. Le mot se retrouve sous de nombreuses formes dialectales et historiques : ubendu, ubientu, ugendu, ugentu, ujentu, ukentu, ungendu, ungenta, ungentu, unguentu, unjentu, unkentu, unkuntu, unkutu, unkute, urgentu, okendu, okentu, ongendu, etc[4].

Les variantes reflètent des différences géographiques marquées entre le nord et le sud du Pays basque, ainsi que des évolutions phonétiques et orthographiques. Certaines formes apparaissent déjà dans les textes du XVIIIᵉ siècle, tandis que d'autres se maintiennent jusqu'au XXᵉ siècle[4].

  • Textes du XVIIIᵉ siècle : mention du nord (Leiçarraga, Etcheberri de Ziburu, Harandeder) et du sud (Oteiza, Añibarro, Otaegui).
  • XIXᵉ siècle : descriptions détaillées dans les recueils de contes et documents ethnographiques (EvAN, FamInst, Arr May, Lardizabal).
  • XXᵉ siècle : usage encore attesté dans des romans, journaux et recueils ethnographiques (Aezk, JAIraz Bizia, Munita, Arti Tobera).
Variantes de "Ubendua / Ungüento"[4]
Variante Localisation / Dialecte Époque / Source attestée Commentaires
ubendua Nord du Pays basque, Aezkoa XIXᵉ s., contes et documents ethnographiques Utilisé pour l'onguent et marque protectrice contre les génies
ubendu Vallée de Añ (V) XIXᵉ s., textes ethnographiques Synonyme d'onguent
ubientu Vallée de Gipuzkoa (V-gip) XIXᵉ s., EY II 144 Variante phonétique
ugendu Guipuscoa (V-gip) XIXᵉ s., textes de Lizarraga, Echenique Employé comme onguent
ugentu Guipuscoa XIXᵉ s., Otaegui Variante phonétique locale
ujentu Guipuscoa XIXᵉ s., Uriarte, N. Etxaniz
ukentu Guipuscoa (H, G) XIXᵉ s., textes religieux et ethnographiques Variante la plus fréquente au sud
ungendu SP XIXᵉ s., Lizarraga, Echenique Souvent associé aux rituels
ungenta SP XIXᵉ s., Pouvreau Variante féminine ou adjectivée
ungentu / unguentu Guipuscoa, Navarre, SP XVIIIᵉ–XIXᵉ s., Moguel, Aguirre de Asteasu, Oteiza Forme standard pour onguent
unjentu Guipuscoa (V-gip) XIXᵉ s., textes Oteiza
unkentu / unkuntu / unkutu / unkute Soule, Gèze, Foix (S) XIXᵉ s., Belapeyre, Maister, Foix Variantes souletines ou occitanes
urgentu Guipuscoa (Gudu) XIXᵉ s., Haraneder Rare, forme archaïque
okendu / okentu Guipuscoa, Biscaye, Haut-Navarre XVIIIᵉ–XIXᵉ s., Lardizabal, Uriarte, Ostolaiz, D. Agirre Masse de "greffe" ou onguent; forme méridionale et septentrionale
ongendu Navarre XIXᵉ s., OrorbSerm Forme attestée par les documents navarrais

Notes et références

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  1. José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
  2. (es) Carlos Canales et Jesús Callejo, Duendes. Guía de los seres mágicos de España, Madrid, EDITORIAL EDAF S. A.,
  3. (es) Auñamendi Eusko Entziklopedia, « Ubendua », Eusko Ikaskuntza (consulté le )
  4. a b c d et e (eu) Euskaltzaindia, « ukendu », Euskaltzaindia (consulté le )

Bibliographie

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