Txilin

Le terme Txilin désigne en basque une cloche, clochette ou sonnaille, un instrument sonore qui joue un rôle central dans diverses fonctions de la vie quotidienne et des croyances populaires. Utilisé pour signaler des événements, marquer des moments importants ou annoncer la présence de personnes et d'animaux, le txilin est également un élément clé dans les cérémonies et pratiques magiques.
Dans les traditions basques, le son des cloches est lié à des vertus protectrices, comme contre la foudre, et à des rituels de guérison, notamment pour les maux de tête et la fécondité. Originellement associées à des croyances païennes, elles ont été intégrées dans les pratiques chrétiennes comme instruments de purification et de protection[1].
Attributions
[modifier | modifier le code]Le son des cloches est traditionnellement associé à des vertus particulières, notamment contre la foudre et la grêle. C'est pourquoi la coutume voulait que les cloches des églises et de certaines chapelles soient faites sonner lors de l'approche d'une tempête[2]. Dans plusieurs villages, il se raconte qu'un lézard qui mord une personne ne se détache pas tant que les cloches de diverses églises n'ont pas été faites sonner. Il est aussi dit que si le son des cloches dure plus longtemps que d'habitude, cela annonce une mort prochaine dans les environs.
À Ondarroa (Biscaye), si l'on introduit la tête dans l'une des cloches proches de Nuestra Señora la Antigua et qu'on la fait sonner simultanément, il est supposé que cela guérit les maux de tête[3]. Il en était de même à San Juan de Gaztelugatxe et dans les ermitages de la Vierge d'Or de Zeanuri et Zuia. Le son de la cloche de la chapelle Saint-Sauveur d'Iraty à Mendive (Basse-Navarre), aurait le pouvoir de faire fuir le Basajaun, créature mythologique, poursuivant un jeune berger qui ramène un candélabre volé dans la chapelle[4].
Les propriétés curatives liées à la fécondité humaine étaient également influencées par la magie d'Akerbeltz et de sa cloche, qui a ensuite été intégrée dans les cloches chrétiennes. Pour aider les femmes en difficulté lors de l'accouchement, la cloche de l'église de Murelaga (Biscaye) était sonnée trois fois. Cette cloche, appelée Belén, était ainsi utilisée comme un moyen d'accélérer le travail.

Les clochettes et sonnailles, de tailles et de formes variées, sont également utilisées pour identifier les animaux envoyés paître en montagne. Il est probable qu'elles aient été utilisées autrefois comme amulette (kutun) pour protéger les animaux du mauvais œil, ou Begizko. Pour christianiser cette coutume, on bénissait les cloches dans les églises, en particulier dans le sanctuaire d'Urkiola.
Il était de coutume que les mendiants et les guérisseurs aillent de ferme en ferme, offrant de l'eau magique pour le bétail, recueillie dans de grandes cloches à vache. À Kortezubi, plusieurs habitants, chacun portant une grande cloche à vache, allaient de maison en maison dans le village pour collecter des aumônes afin de soutenir le culte de saint Antoine, protecteur des animaux. Dans chaque maison, on leur présentait une cruche d'eau qu'ils versaient dans la cloche à vache et répétaient l'opération trois fois. L'eau était alors rendue « magique » et utilisée pour asperger les animaux domestiques et leur nourriture.
Étymologie
[modifier | modifier le code]Txilin signifie « clochette, sonnaille » en basque. Le suffixe a désigne l'article : txilina se traduit donc par « la clochette ». Ce terme sert de point d'entrée pour comprendre un riche vocabulaire basque lié aux cloches et aux instruments sonores à battant. Plusieurs mots désignent les idiophones à bords vibrants, comme les cloches, les sonnailles ou les grelots. Certaines racines, telles que txintxa ou txintxi, renvoient à de petites cloches ou à des objets sonores similaires. Le terme zeiñu correspond à l'idée de « signal », soulignant la fonction essentielle de la cloche dans la vie communautaire : marquer les heures, annoncer des événements ou convoquer la population. De ce mot dérivent de nombreuses expressions liées aux usages religieux et sociaux des cloches[5].
Au sens figuré, c'est une personne bavarde, qui parle beaucoup et dans un usage familier, c'est un terme enfantin pour désigner le membre viril d'un petit garçon[6].
Le mot ezkila (équivalent de « esquila » en espagnol) désigne en basque une cloche de grande dimension, contrairement à son sens castillan. Il donne naissance à un vocabulaire varié décrivant les différents types de cloches, leurs parties, ainsi que leurs fonctions liturgiques (comme les angélus du matin ou du soir) ou funéraires[5].
Les cloches jouent également un rôle pratique et symbolique : elles appellent aux assemblées (kontzelari), signalent des activités agricoles ou préviennent des tempêtes. Leurs sonorités et modes de jeu sont décrits par de nombreux termes onomatopéiques (tilin-tilin, din-dai) ou techniques (inguratu pour le mouvement de volée[7],[5]).
Enfin, un ensemble de mots exprime les nuances de timbre, d'intensité ou d'usage (cloches funèbres, carillons, petites clochettes), témoignant de l'importance culturelle et linguistique de ces instruments dans la société basque[5].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- ↑ Eric Sutter, « Code et langage des cloches », Campanologie.free.fr, (consulté le )
- ↑ (es) « Dolores de cabeza », Atlas Etnográfico de la Provincia de Bizkaia ( José Miguel de Barandiarán Ayerbe. “Las Iglesias” in Eusko Folklore. Materiales y Cuestionarios, LXIX. Vitoria: 1926, p. 33.) (consulté le )
- ↑ Olivia Gemain et Bernard Maymou, Pays basque insolite et secret (La légende du candélabre en or), Paris, Editions Jonglez, , 347 p. (ISBN 9782361954215, lire en ligne)
- (es) Jose Antonio de Donostia, Obras completas del P. Donostia : Artículos, t. II, Bilbao, La Gran Enciclopedia Vasca, (ISBN 84-248-0768-5, lire en ligne)
- ↑ (eu) Euskaltzaindia, « Txilin », Euskaltzaindia (consulté le )
- ↑ Volée de cloche, sonnerie obtenue en la faisant balancer de façon que le battant vienne frapper le bord intérieur, ce qui distingue cette sonnerie du tintement avec lequel la cloche reste immobile.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)
